8 octobre 2021 5 08 /10 /octobre /2021 10:03

Un article dans le numéro 45 de Ski Rando Magazine paru début octobre 2021, avec une sélection de parcours au-dessus de Ceillac dans le Queyras, dont la mémorable traversée des Veyres et son cadre géologique exceptionnel :

https://www.skirandomag.com/numero45

Ci-dessous le début du texte, la suite dans le magazine :

Dans l’imaginaire du montagnard, le Queyras est fait de sommets arrondis, dont les alpages accueillent vaches l’été et skieurs de randonnée l’hiver, les uns goûtant sa poudreuse, les autres broutant son herbe. Tout le Queyras ? Non ! Une vallée peuplée d’irréductibles aiguilles résiste aux prairies envahissantes, celle de Ceillac !
Son camouflage est parfait : même route d’accès vertigineuse par le verrou des gorges du Guil, même village pittoresque fait de maisons anciennes et d’églises classées, au-dessus mélézin et alpages façon carte postale, le tout sous un ciel bleu 400 jours par an comme le clament les brochures de l’office du tourisme. Même la toponymie locale semble avoir été choisie par ce dernier : les principaux torrents portent les doux noms de Cristillan et de Mélezet, laissant imaginer des eaux cristallines sous un couvert de mélèzes.

Et pourtant, à l’ouest du Mélezet justement, les pics de la Font Sancte opposent aux alpages certifiés queyrassins de l’est leurs grandes murailles de calcaire et leurs aiguilles dentelées ; on passe ici du domaine du pastoralisme à celui de l’alpinisme ! La FFME (Fédération française des Marmottes Emancipées) a d’ailleurs voulu siffler la fin de partie, s’élevant contre une discrimination à la couleur des dents et la mise en danger de la sécurité alimentaire des rongeurs d’alpages, exigeant donc la démolition de ces rochers stériles, mais le CAF (Chamois des Alpes Françaises) s’est insurgé contre cette remise en cause de ces reliefs d’intérêt patrimonial pour tous les capridés, que leurs dents soient blanches ou jaunes.
    
Sus au communautarisme et aux digressions oiseuses, cette vallée de Ceillac conjugue donc montagnes aux formes douces et sommets rocheux altiers, si bien que marmottes ou capridés, skieurs de grandes courbes sur les pâturages ou skieurs de petites courbes dans les couloirs, y trouveront leur bonheur. La vallée offre un terrain de jeu hivernal éclectique : un grand domaine de ski nordique qui couvre les deux vallées du Cristillan et du Mélezet, et au Mélezet justement, un domaine de ski alpin, petit mais de qualité avec une dénivelée de 800 mètres sur des pentes nord gages de neige froide et abondante, et des cascades de glace parmi les plus belles de France. Y’a pas de loup (enfin si, mais pas dans le texte), c’est ici de la peau de phoque pour tous les goûts et les niveaux, skieurs de randonnée ou skieurs-alpinistes, skieurs de 5.x et skieurs de 2.y, pour des dénivelées de 1200 à 2400 m.

[...]

randos en vrac autour de Ceillac
8 octobre 2021 5 08 /10 /octobre /2021 09:14

L'article complet ci-dessous, sur les raids à skis de cette haute vallée des Ecrins parmi les plus sauvages des Alpes françaises !

16 juin 2021 3 16 /06 /juin /2021 17:25

Un article à paraître fin d'année dans Ski Rando Magazine, une sélection d'itinéraires dans les vallées du Mélezet et du Cristillan autour de Ceillac, des randos d'initiation sur alpages aux couloirs du cirque de la Font Sancte et à la splendide boucle alpine autour des Veyres !

https://www.skirandomag.com/

autour de Ceillac dans Ski Rando Magazine
16 mai 2021 7 16 /05 /mai /2021 17:59

Pour illustrer les conditions avalancheuses actuelles, 2 photos prises à quelques jours d'intervalle du front du glacier inférieur de la Condamine à 2400 m : la première le 8 mai lors d'une des rares journées de beau temps de ce printemps 2021, la seconde quelques jours plus tard, après les grosses chutes de neige du lundi (jusqu'à 1 mètre) puis les purges avalancheuses correspondantes. L'épaisseur du dépôt d'une avalanche pourtant en fin de course approche les 10 à 15 mètres par endroits... 

le front du glacier inférieur avant et après l'avalanche, avec un cadrage proche entre les 2 premières photos, la troisième donnant l'échelle. Le trait rouge sur la première photo montre la limite supérieure du dépôt de neige des avalanches.
le front du glacier inférieur avant et après l'avalanche, avec un cadrage proche entre les 2 premières photos, la troisième donnant l'échelle. Le trait rouge sur la première photo montre la limite supérieure du dépôt de neige des avalanches.
le front du glacier inférieur avant et après l'avalanche, avec un cadrage proche entre les 2 premières photos, la troisième donnant l'échelle. Le trait rouge sur la première photo montre la limite supérieure du dépôt de neige des avalanches.

le front du glacier inférieur avant et après l'avalanche, avec un cadrage proche entre les 2 premières photos, la troisième donnant l'échelle. Le trait rouge sur la première photo montre la limite supérieure du dépôt de neige des avalanches.

9 mai 2021 7 09 /05 /mai /2021 19:12

Le 9 mai 2021

Itinéraire : brèche de Philippe en traversée sud-nord, montée par le sentier du ministre, la cabane du Pis et les Mourats, descente par le couloir nord de la brèche de Philippe puis le mal-nommé ravin (plutôt vallon) de la Condamine
Sommet : 2900 m
Dénivelée : 1350 m
Difficulté : 4.2 E2 dans le couloir nord de la brèche de Philippe, environ 200 m à 45°

Après les très bonnes conditions de la veille, c’est la douche froide ce matin, ou plutôt la douche chaude, puisque le thermomètre de la voiture affiche déjà 7°C au petit matin, sous un ciel couvert et une neige aussi molle que la veille au soir.
La montée versant sud de la brèche Philippe, à pieds jusqu’à la cabane du Pis, se fera effectivement sur une neige non regelé puis à peine en surface au-dessus de 2400 m, une fine croûte qui casse parfois sous les skis et toujours sous les crampons, le tout sur les plans de glissement et les boules des purges de la veille. Les conditions de neige rendront donc cette ascension un peu pénible, sur des pentes raides exposées sud-ouest et coupées de barres rocheuses sur le bas, une exposition qui fait apprécier la couverture nuageuse du jour, permettant d’éviter de nouvelles coulées de réchauffement.
Une fois la brèche passée, et nonobstant une première dizaine de mètres en neige dure, on pourra heureusement profiter d’une neige presque poudreuse dans les 200 mètres de couloir en versant nord, assez raides pour la cotation. Plus bas c’est évidemment la neige mouillée en profondeur qui prend le relais, une « soupe » non collante et donc relativement skiante, avant qu’on ne puisse rejoindre la vieille neige ocre de sable saharien à 2100 m. Cette neige de névé, portante malgré l’absence de tout regel, permettra de finir la descente et cette virée de 2 jours sur de belles impressions.
Au final une belle boucle un peu engagée, et surtout délicate à la montée sur ces pentes raides et chaudes suspendues.

illumination aurorale

illumination aurorale

portage sous la cabane du Pis
portage sous la cabane du Pis

portage sous la cabane du Pis

arrivée à la brèche de Philippe par son couloir sud
arrivée à la brèche de Philippe par son couloir sud
arrivée à la brèche de Philippe par son couloir sud

arrivée à la brèche de Philippe par son couloir sud

éclaircie du jour dans le couloir nord
éclaircie du jour dans le couloir nord

éclaircie du jour dans le couloir nord

devant le front du glacier inférieur de la Condamine (la barre de séracs du petit glacier situé sous la brèche de Philippe en versant nord a elle complètement fondu depuis ma dernière visite en 2009)
devant le front du glacier inférieur de la Condamine (la barre de séracs du petit glacier situé sous la brèche de Philippe en versant nord a elle complètement fondu depuis ma dernière visite en 2009)

devant le front du glacier inférieur de la Condamine (la barre de séracs du petit glacier situé sous la brèche de Philippe en versant nord a elle complètement fondu depuis ma dernière visite en 2009)

le glacier supérieur de la Condamine suspendu au-dessus

le glacier supérieur de la Condamine suspendu au-dessus

trace blanches sur neige ocre dans le vallon de la Condamine
trace blanches sur neige ocre dans le vallon de la Condamine

trace blanches sur neige ocre dans le vallon de la Condamine

9 mai 2021 7 09 /05 /mai /2021 19:09

Le 8 mai 2021

Itinéraire : couloir nord du Berchon de Chauvetane en aller-retour depuis le Gioberney
Sommet : 2850 m
Dénivelée : 1200 m
Difficulté : 5.1 E2, 45° étroits sur 250 m, un peu plus raide sur la fin qui a tendance à goulotter


Première journée d’un week-end de ski de randonnée dans le Valgaudemar, une vallée des Ecrins déjà lieu de très nombreuses sorties en peau, mais où (au moins) autant restent à faire ! On choisit comme camp de base le Gioberney, ses névés en guise de restes d’avalanches, ses pelouses d’herbe verte sous le cirque de cascades, sa fontaine collée au chalet-hôtel, ses vues panoramiques sur le versant nord Chabournéou-Sirac coloré de rose matin et soir ! Bref, un lieu de bivouac commode et esthétique, au pied du vallon ouest de la Condamine encore enneigé rive droite jusqu’à près de 1700 m à la cabane du Gioberney. 
Après une nuit bien fraîche, -1°C au départ à 7h, on chaussera donc vite ce samedi dans le vallon sur une neige lisse et bien regelée qui augure du meilleur une fois sa surface adoucie par le soleil.
Heureusement, même sans cuisson solaire, la neige se fait plus meuble à mesure que la pente se redresse sous le Berchon de Chauvetane, et la progression se fera finalement à pieds sur les derniers 200 mètres, une montée qui s’apparentera sur la fin à du terrassement et de la guerre de tranchée dans environ 1 mètre de neige fraîche mais déjà densifiée. On signera d’ailleurs l’armistice une vingtaine de mètres sous la brèche, lessivés et surtout retardés par cette séance impromptue de BTP, sous la menace du soleil qui commence à percer le voile nuageux du matin.
La descente du couloir sera bonne sans être excellente, dominée par le soulagement de ne pas nous enfoncer jusqu’à la poitrine ! La pente sera accentuée sur les premières dizaines de mètres par l’encaissement du couloir et le début de formation d’une goulotte, obligeant à skier les contrepentes plus raides. Plus bas, comme prévu, la neige d’hiver laisse la place à celle de printemps, une excellente moquette lisse et soyeuse en surface. On interrompra la séance de virages à mi-descente devant le mur de glace de la langue terminale du glacier inférieur de la Condamine, une superbe curiosité glaciologique avec ce grand arc de cercle de glace stratifiée et plissée décorée de stalactites de regel. Dur de s’extraire d’un tel spectacle, mais il faut se résoudre à terminer la descente avant l’heure de la soupe (!), mission accomplie et sourires jusqu’au casque au déchaussage, devant la planche faisant office de passerelle sur le torrent au niveau de la cabane du Gioberney.
Une belle course en bonnes conditions pour cette reprise du ski après 5 semaines d’arrêt forcé, mais ce ne sera pas la même le lendemain…

les restes de l'avalanche sur la route du Gioberney et le bivouac
les restes de l'avalanche sur la route du Gioberney et le bivouac

les restes de l'avalanche sur la route du Gioberney et le bivouac

sous le glacier de la Condamine, le couloir nord à droite sous le gendarme rocheux
sous le glacier de la Condamine, le couloir nord à droite sous le gendarme rocheux

sous le glacier de la Condamine, le couloir nord à droite sous le gendarme rocheux

la trace (éreintante) dans le couloir
la trace (éreintante) dans le couloir
la trace (éreintante) dans le couloir
la trace (éreintante) dans le couloir
la trace (éreintante) dans le couloir

la trace (éreintante) dans le couloir

à la descente, du mètre de neige fraîche (dense) aux 5 cm du bas
à la descente, du mètre de neige fraîche (dense) aux 5 cm du bas
à la descente, du mètre de neige fraîche (dense) aux 5 cm du bas
à la descente, du mètre de neige fraîche (dense) aux 5 cm du bas
à la descente, du mètre de neige fraîche (dense) aux 5 cm du bas
à la descente, du mètre de neige fraîche (dense) aux 5 cm du bas
à la descente, du mètre de neige fraîche (dense) aux 5 cm du bas
à la descente, du mètre de neige fraîche (dense) aux 5 cm du bas
à la descente, du mètre de neige fraîche (dense) aux 5 cm du bas
à la descente, du mètre de neige fraîche (dense) aux 5 cm du bas

à la descente, du mètre de neige fraîche (dense) aux 5 cm du bas

devant le mur de glace de la langue terminale du glacier inférieur de la Condamine
devant le mur de glace de la langue terminale du glacier inférieur de la Condamine
devant le mur de glace de la langue terminale du glacier inférieur de la Condamine
devant le mur de glace de la langue terminale du glacier inférieur de la Condamine
devant le mur de glace de la langue terminale du glacier inférieur de la Condamine
devant le mur de glace de la langue terminale du glacier inférieur de la Condamine
devant le mur de glace de la langue terminale du glacier inférieur de la Condamine
devant le mur de glace de la langue terminale du glacier inférieur de la Condamine
devant le mur de glace de la langue terminale du glacier inférieur de la Condamine

devant le mur de glace de la langue terminale du glacier inférieur de la Condamine

moquette parfaite sous le mur de glace
moquette parfaite sous le mur de glace
moquette parfaite sous le mur de glace
moquette parfaite sous le mur de glace

moquette parfaite sous le mur de glace

les skieurs dans le couloir nord de la crête de Chauvetane

les skieurs dans le couloir nord de la crête de Chauvetane

sur la "passerelle" de la cabane du Gioberney

sur la "passerelle" de la cabane du Gioberney

arrivée bucolique au Gioberney, entre crocus et cascades
arrivée bucolique au Gioberney, entre crocus et cascades

arrivée bucolique au Gioberney, entre crocus et cascades

berchon de Chauvetane
17 avril 2021 6 17 /04 /avril /2021 16:04

Ci-dessous le texte de l'article paru dans le numéro 43 de Ski Rando Magazine, pour les topos détaillés et photos se référer au magazine, dans sa version papier ou numérique :

https://www.skirandomag.com/2020/11/10/ubaye-devoluy-queyras-ski-plaisir-dans-les-couloirs-du-sud/

Loin des métropoles nord-alpines et des classiques de Belledonne ou des Aravis tracées plus vite que ne tombe la neige, les Alpes du Sud regorgent encore d’itinéraires confidentiels, particulièrement dans les massifs périphériques du Dévoluy, du Queyras ou de l’Ubaye. 
Cet article présente une sélection toute personnelle de couloirs dans les Alpes du Sud - hors massif du Pelvoux - itinéraires choisis pour leur esthétisme et sauvagerie mais aussi accessibilité : la dénivelée totale associée et la pente n’excédant pas respectivement 1300 mètres et 45° sur de très courtes sections. Ce sont toutes des lignes bien skiantes à la découverte d’une superbe géologie, peu ou pas fréquentées et qui méritent donc un coup de projecteur dans leur anonymat actuel. 

C’en en promenant l’été sur les sentiers et falaises et en explorant sur les écrans cartes, vues aériennes et autres photos que j’ai eu envie de découvrir ces joyaux plus ou moins cachés ; le plaisir est d’ailleurs tant dans la découverte sur le terrain les yeux écarquillés loin des « pistes battues » que dans la recherche par elle-même, et la joie de dessiner mentalement son itinéraire et d’imaginer ce qu’il laissera admirer.

Les couloirs de neige s’apprécient d’ailleurs mieux confidentiels entre « happy few ». Leur étroitesse s’accommode mal de nombreuses traces : une poignée ou même un zeste de skieurs peuvent suffire à ravager un couloir, vite troué de traces de chaussures et zébré de traces de carres.  
Nonobstant ce bémol lié à la fréquentation, le ski de couloir est peut-être ce que je préfère dans le ski de randonnée, avec les pentes parfois raides et l’ambiance mi-rocheuse mi-neigeuse qui place l’activité aux confins du ski et de l’alpinisme, mais aussi de l’escalade si près du rocher, voire du canyonisme avec les encaissements et les jeux de lumières qui vont avec. La neige sublime ces itinéraires souvent ingrats voire dangereux en conditions estivales, et il est infiniment plus agréable, sûr et rapide de parcourir ces couloirs en neige à skis qu’en caillasse à pieds !

Il m’importe de démystifier le ski de couloir : par bonnes conditions (neige meuble et stable) la descente est facile et sans risques, les éventuelles chutes s’enraient de suite et n’auront d’autre conséquence qu’un cratère disgracieux dans la neige. Nul besoin d’être un free-rideur de l’extrême et d’enchaîner tout-droits et saltos en descendant ces belles lignes : un peu de mollets et de cuisse, quelques picots en métal sous les chaussures et au bout d’un bâton et une maîtrise du virage sauté suffiront pour en profiter, sans la peur mais avec le plaisir. La descente pourra toujours se faire dans la pire des neiges en virages sautés, beaucoup moins élégants mais aussi beaucoup plus faciles que du carving ou de la godille ! Le ski de couloir, en tout cas dans la cotation 4 comme tous les itinéraires présentés dans cet article, est à la portée de beaucoup, et pas qu’aux fous du piquet et/ou collants-pipettes, bien loin de l’escalade où haut niveau rime avec esclavage à la résine et aux poutres. 
Par contre il importe de bien pratiquer… la distanciation sociale à la descente dans ces espaces … confinés ! Point de paranoïa sanitaire, le skieur aval devra juste veiller à se mettre hors de trajectoire d’une éventuelle chute du skieur amont lors de ses pauses dans le couloir.

Les itinéraires seront décrits de l’ouest vers l’est, soit du Dévoluy vers l’Ubaye en passant par le Queyras. On y évolue dans une grande diversité de rocher, du calcaire blanc du Dévoluy à la cargneule hérissée d’aiguilles du col de l’Izoard, du bonheur autant pour le skieur que le géologue ou le simple esthète…

Les Dolomites de la Jarjatte

On commence ce tour des couloirs à la frontière des Alpes du Nord, dans le massif occidental du Dévoluy. Le cirque de la Jarjatte sis au-dessus du village éponyme offre une ambiance Dolomites avec sa demi-couronne crénelée de sommets calcaires, de la Tête de Vachères à celle de Garnesier, le tout à quelques dizaines de kilomètres de Gap et de Grenoble, mais sans la foule des Dolomites. C’est un petit coin des Préalpes calcaires relativement méconnu et préservé, seuls les téléskis de la petite station de la Jarjatte équipant les flancs de ces montagnes. Les deux couloirs proposés s’atteignent justement depuis la station ; ils offrent des lignes sauvages dans une géologie insolite et esthétique, entre des dalles relevées de calcaire blanc. 
Le couloir nord de l’épaule nord du Roc de Garnesier (… ouf !), trop fin pour être discernable sur la carte IGN, invisible du village et des sommets environnants, débouchant sur un collu suspendu et non pas un sommet, reste d’ailleurs à ma connaissance oublié de presque tous les topos papier ou Internet. 
Il s’accède pourtant vite et facilement depuis la station, et offre une ambiance exceptionnelle par son encaissement. Suivant la taille du portefeuille et de l’entraînement, on pourra utiliser soit les téléskis soit les mollets pour rejoindre le haut de la station. Une courte approche dans les épicéas amène à l’entrée de la ligne sous une forêt d’aiguilles de calcaire. On remonte alors un couloir rectiligne dont les parois déversantes se resserrent, jusqu’à presque se fermer à mi-hauteur. Passée cette simili-arche naturelle, le couloir s’élargit entre une lame de calcaire lisse et blanc à droite et une haute paroi à gauche, avec des jeux de lumière qui rappellent ceux des canyons, une ambiance splendide qui se prolonge à la sortie du couloir sur une selle neigeuse suspendue en face ouest du Roc de Garnesier, face au Vercors et au-dessus d’un impressionnant gendarme de calcaire.
Pour les stakhanovistes du virage sauté, ce couloir peut s’enchaîner avec le couloir ouest de l’Aiguille, moins raide et moins long mais aussi esthétique, avec sa ligne droite de neige tracée entre des murs de calcaire parfaitement lisse.


Les couloirs de la Casse Déserte
Les cyclistes connaissent bien la Casse Déserte, ces grands éboulis parsemés d’aiguilles versant sud du col de l’Izoard, qu’ils ont tout loisir d’observer durant leurs derniers kilomètres de souffrances ! Hormis les skieurs de fond qui remontent la route fermée, les montagnards connaissent curieusement beaucoup moins ce secteur : le rocher pourr… euh fracturé des lieux n’incite pas à s’aventurer près de ces chicots rongés par le gel et la pluie, et d’ailleurs entourés d’éboulis qui en disent long sur leur solidité. Ni randonneurs ni grimpeurs, et au final personne l’été entre ces monolithes de cargneule, pourtant tout près de la Casse pas si Déserte peuplée de touristes et d’engins motorisés d’autant plus bruyants qu’ils ont moins de roues. L’hiver est en fait de loin la meilleure saison pour excursionner dans ce décor presque fantasmagorique de falaises compactes de cargneule jaunâtre et d’aiguilles de conglomérat dressées telles des pénitents, dont le gel atténue pour quelques mois la fragilité.
Cerise sur le gâteau glacé, des couloirs dessinés pour le ski, invisibles du bas, s’insinuent entre ces aiguilles de cargneule, en sortant sur d’étroites crêtes neigeuses, au milieu de forêts d’aiguilles coiffées de chapeaux de neige. On pense à du land art revisité par Gaudi, une Sagrada Familia de l’ouest-Queyras, une armée de pénitents gelés pour les hauts-alpins, ou à des hoodoos made in France pour les amateurs de l’Ouest américain. Ces couloirs jamais très raides peuvent s’enchaîner à loisir tant que la montre et les jambes le permettent, et il vous sera aussi difficile de vous résoudre à la dernière descente que de renoncer à votre doudou quelques décennies plus tôt !


Le calcaire de l’Ubaye
La haute Ubaye est un petit paradis du ski de couloirs ; on y trouve d’ailleurs de nombreuses et belles lignes dûment topographiées et relativement classiques, même si l’éloignement de ce massif le préserve de la sur-fréquentation. Je vais décrire ici deux couloirs aussi confidentiels qu’insolites dans les deux principales vallées de l’Ubaye : le couloir sud-est de la conque de Panestrel perché loin au-dessus de l’Ubaye et, afin que rime se fasse, le couloir sud de l’arête de la Portiolette au-dessus de l’Ubayette.
Mon premier s’atteint par un itinéraire tournant au départ du vallon des Houerts, délicat en partie basse dans une forêt raide et dense puis remontant les longs faux-plats du vallon des Houerts sous les grandes falaises du Sommet Rouge, avant de bifurquer à droite vers le vallon suspendu de la Conque de Panestrel. Après ces longs préliminaires, on peut enfin se projeter dans la gorge profonde ([sic]) du couloir entre les dalles redressées de marbre et de calcaire. Le couloir plonge depuis le point 3018 vers les méandres du torrent des Houerts 700 mètres plus bas. On y skie au milieu de pinacles gris et beiges parfois dressés en feuillets verticaux dans une géologie aussi insolite qu'esthétique. C’est beau et long, jamais très raide ni étroit, de quoi avoir des étoiles dans les yeux en plus de l’acide lactique dans les cuisses !
La courte remontée au col du Sanglier, bien mal-nommé en l'occurrence puisqu'il permet d'éviter la bartasse du bas du vallon des Houerts, permet de basculer sur le vallon de Panestrel plus skiant que celui des Houerts, particulièrement si l’on prend le grand couloir ouest situé juste au sud du point coté 2385.

Le couloir sud de droite de l’arête de la Portiolette, dit aussi « couloir des aiguilles » est d’approche plus commode au-dessus de l’Ubayette : un long vallon certes, mais beaucoup moins que les Houerts, pour parvenir sous la grande face sud de l’arête de la Portiolette, striée de différents couloirs dont celui de gauche (en montant) est sans doute le plus beau. Il se glisse entre les tours et les feuillets verticaux de calcaire, l’un de ces minarets de calcaire rive gauche prenant même la forme d’un clocher à bulbe, quand esthétisme rime avec syncrétisme ! Un pèlerinage en crampons et à skis s’impose dans ces cathédrales de calcaire relativement faciles d’accès et dont l’approche ne relève donc pas du chemin de croix…


Période    
Ces itinéraires peuvent s’envisager par enneigement stabilisé, couramment donc dès les chutes de neige permettant d’aplanir les couloirs et d’éviter les requins, mais pas trop tard en saison pour éviter les goulottes, donc quelque part entre décembre et fin avril, à affiner suivant l’altitude et l’orientation des itinéraires. A noter que les calcaires et cargneules déliquescents dominant respectivement les itinéraires décrits dans le Dévoluy et le Queyras ont une fâcheuse tendance à s’ébouler par redoux et dégel, si bien que ces parcours sont à privilégier par températures froides et pas trop longtemps après les dernières chutes de neige. Autant dire que les meilleures conditions ne se rencontrent pas si souvent ; il faudra donc être à l’affût des bulletins nivo-météorologiques et faire preuve d’opportunisme.

Matériel
Ici encore plus qu’ailleurs le port du masq… euh du casque est obligatoire, il protégera votre tête – sûrement bien faite mais en tout mal renforcée - des chutes de pierres et des chutes… tout court, sur neige dure et/ou caillou. Indépendamment du matériel habituel de sécurité, crampons et un piolet devront décorer le sac mais également les chaussures et la main dès que l’état de la neige l’exige.


Cartes
Les cartes IGN/Top 25 des massifs concernés et/ou Iphigénie par exemple pour les geeks qui ne jurent que par le 0 papier.

28 mars 2021 7 28 /03 /mars /2021 18:14

Le 28 mars 2021

Itinéraire : les Borels – Méollion – rive gauche du torrent – lac de Cédéra – point coté 2886 en aller-retour
Sommet : 2900 m 
Difficulté : 3.1
Dénivelée: 1700m (1300-2000-1950-2900-1950-2000-1300)

Pour la dernière journée de cette virée à skis on choisit la montagne de Cédéra dans le Champoléon, un coing à l’écart des classiques pour retrouver un peu de la sauvagitude des Alpes du Sud après notre incursion en Oisans près de la métropole grenobloise. Passé le hameau abandonné et en ruines de Méollion on ne croisera effectivement personne.

L’approche consiste à rejoindre le bas du versant sud-est de Cédéra à 1950 m, et s’avère bien longue, encore plus lorsqu’elle est faite intégralement en portage des skis vu l’enneigement faible de ce début de printemps 2021 dans les Alpes du Sud. Par contre ce long vallon qu’on remonte s’avère absolument superbe, d’abord sur les restes d’un sentier muletier pavé rejoignant un village abandonné perché sur un adret suspendu, puis en amont à travers névés et crocus, le tout dans la « géojolie » atypique et esthétique du versant sud de Cédéra : grandes dalles et aiguilles de grès du Champsaur ou de calcaire.


Vu la chaleur du jour, on s’empressera une fois les skis chaussés de rejoindre au plus vite le sommet de la montagne de Cédéra à près de 2900m. La montée directe et efficace dans les pentes raides sous le lac de Cédéra se fera à plus de 700 m/h, avant que les pentes ne se couchent un peu pour le plus grand soulagement de mon cœur et de mes poumons…

Malgré les 13h, la descente se fera encore de bonnes conditions, petite couche de fraîche sur fond dur, neige de printemps à point ou rarement un peu trop cuite… et donc non portante, puis vieille neige salie de poussière saharienne proche du névé… et donc portante. On parviendra moyennant quelques déchaussages, rechaussages, bartassages dans le mélézin, les chaos de blocs ou les restes d’avalanches de fonte, à rejoindre (principalement) à skis rive gauche du torrent la cote 1700m, juste en amont du village de Méollion.

Une dernière sortie sur de la bonne neige de printemps qui clôt en beauté cette semaine de ski, après la bonne poudreuse des 3 premiers jours, et qui ramène en douceur de l’hiver vers le printemps provençal et ses tapis d’iris ou d’orchidées !

cascade et plan incliné au départ

cascade et plan incliné au départ

sur le sentier muletier menant aux ruines de Méollion
sur le sentier muletier menant aux ruines de Méollion

sur le sentier muletier menant aux ruines de Méollion

il manque quelques troncs

il manque quelques troncs

sous les aiguilles et sur les avalanches du versant sud de Cédéra
sous les aiguilles et sur les avalanches du versant sud de Cédéra

sous les aiguilles et sur les avalanches du versant sud de Cédéra

dans la montée finale versant sud-est
dans la montée finale versant sud-est

dans la montée finale versant sud-est

panormiques sommitaux du Vieux Chaillol au Sirac, en passant par les lacs de Crupillouse
panormiques sommitaux du Vieux Chaillol au Sirac, en passant par les lacs de Crupillouse

panormiques sommitaux du Vieux Chaillol au Sirac, en passant par les lacs de Crupillouse

à la descente à skis
à la descente à skis
à la descente à skis
à la descente à skis
à la descente à skis
à la descente à skis
à la descente à skis
à la descente à skis
à la descente à skis
à la descente à skis

à la descente à skis

fin de descente à skis sous la géojolie des lieux
fin de descente à skis sous la géojolie des lieux

fin de descente à skis sous la géojolie des lieux

crocus à Méollion

crocus à Méollion

les falaises de grès stratifié rive gauche du bas vallon de Méollion

les falaises de grès stratifié rive gauche du bas vallon de Méollion

28 mars 2021 7 28 /03 /mars /2021 18:10

Le 28 mars 2021

Itinéraire : couloir ouest du col situé entre les points cotés 2351 et 2362 au sud du Pic Pierroux, en aller-retour depuis le bout de la piste de la cabane de l’Aup
Sommet : 2300 m
Dénivelée : 850 m (1500-2050-2000-2300-1500)
Difficulté : 4.3/5.1 avec environ 300 mètres de couloir. Pente moyenne un peu inférieure à 45°, mais 3 ressauts plus raides et étroits, dont un sec en bas du couloir, obligeant à le passer à pieds


Il est 10h ce samedi, on remonte à pieds un éboulis instable sec sous quelques centimètres de poudreuse tombés durant la nuit, la visibilité se limite aux vagues silhouettes menaçantes des falaises délitées qui nous dominent de plusieurs centaines de mètres, les chamois entraperçus dans les éclaircies sur les crêtes se demandent autant que nous ce que font ces bipèdes ici, et on songe à descendre à pieds vers la piste boueuse remontée en voiture une heure plus tôt pour abréger cette virée à skis glauque au possible. 
2 heures plus tard nous voilà en bas d’un magnifique couloir du Nord-Dévoluy, le sourire jusqu’au casque ! Après une ascension évidemment intégralement en crampons, dans puis au-dessus de la mer de nuages dont la marée évolue entre 2000 et 2100 mètres, on remonte un couloir parfois bien raide et étroit qui louvoie via deux ressauts bien marqués jusqu’aux rochers givrés de la crête sommitale, face au Valgaudemar qui émerge. La descente sera très précautionneuse sur une neige changeante, de la vieille neige parfois très dure recouverte de quelques centimètres de poudreuse de la nuit, et j’en ferai d’ailleurs une partie en crampons, même si contre toute attente le soleil aura réussi à adoucir un peu la surface des ressauts. L’ambiance restera splendide au-dessus de la mer cotonneuse, face à l’Obiou, avec les lignes de fuite de la pente qui se perdent dans les nuages, et le ski pas si mal grâce au dégel de la couche dure et aux quelques centimètres de fraîche. Il faudra malgré tout remettre les crampons pour le court passage de mixte déneigé à la base du couloir, avant de plonger à nouveau dans la mer de nuages. Les névés des fonds de thalwegs permettent de rejoindre la voiture à 50 mètres de dénivelée près en jouant à saute-névés, bien loin du gros portage craint à la descente, comme quoi la journée aura été décidément riche en bonnes surprises !
Un beau couloir au final, délicat dans les conditions du jour, à la superbe ambiance magnifiée par la mer de nuages, et un peu d’aventures dans cette ligne référencée dans nul topo papier ou Internet, le plaisir donc de l’exploration et de la découverte, le tout évidemment dans une solitude absolue si ce n’est la poignée de chamois et les deux biches croisé.e.s durant la journée, parfois de très près !

sous la combe ouest du Pic Pierroux

sous la combe ouest du Pic Pierroux

jeux de nuages et de chamois autour des crêtes
jeux de nuages et de chamois autour des crêtes
jeux de nuages et de chamois autour des crêtes

jeux de nuages et de chamois autour des crêtes

dans la montée du couloir ouest, en traversant la mer de nuages
dans la montée du couloir ouest, en traversant la mer de nuages
dans la montée du couloir ouest, en traversant la mer de nuages
dans la montée du couloir ouest, en traversant la mer de nuages
dans la montée du couloir ouest, en traversant la mer de nuages
dans la montée du couloir ouest, en traversant la mer de nuages

dans la montée du couloir ouest, en traversant la mer de nuages

sur l'arête nord du point coté 2362
sur l'arête nord du point coté 2362

sur l'arête nord du point coté 2362

trouée sous le Valgaudemar

trouée sous le Valgaudemar

à la descente, partiellement en crampons pour moi
à la descente, partiellement en crampons pour moi
à la descente, partiellement en crampons pour moi
à la descente, partiellement en crampons pour moi
à la descente, partiellement en crampons pour moi
à la descente, partiellement en crampons pour moi
à la descente, partiellement en crampons pour moi
à la descente, partiellement en crampons pour moi
à la descente, partiellement en crampons pour moi

à la descente, partiellement en crampons pour moi

dans le ressaut mixte à la base du couloir

dans le ressaut mixte à la base du couloir

de nouveau sous les nuages
de nouveau sous les nuages
de nouveau sous les nuages

de nouveau sous les nuages

retour sur les névés de fonds de thalwegs

retour sur les névés de fonds de thalwegs

18 mars 2021 4 18 /03 /mars /2021 12:00

Un article du numéro d'avril/mai 2021 de Skirando magazine sur les raids du Valgaudemar, exhaustif je pense pour ceux de la haute vallée avec au menu les tours des Rouies, du Says, du Jocelme, du Sirac et de l'Aiguille de Morges. Des itinéraires tous sauvages, souvent engagés et parfois exposés, du vrai ski-alpinisme dans l'une des vallées les plus sauvages des Ecrins.

https://www.skirandomag.com/numero44 

les raids du Valgaudemar dans Skirando Magazine

Rechercher