Ci-dessous le texte (hors topos) de l'article sur le ski dans les Abruzzes paru dans le numéro 62 de décembre 2025 de Ski Rando Magazine :
https://www.skirandomag.com/les-couloirs-des-abruzzes/
Si l’on va en Italie, c’est pour y arpenter les montagnes au nord, petits ou Grands Paradis alpins, et les grandes villes d’art plus au sud, Florence, Sienne ou autres Rome... Et pourtant, tout près de la capitale impériale aux sept collines, au centre de la Botte italienne, il est des myriades de montagnes plus élevées et alpines, où les skieurs peuvent également venir en pèlerinage, vers des couloirs sertis dans le calcaire blanc offrant la vue merS, qu’elle soit Tyrrhénienne à l’ouest ou Adriatique à l’est.
La chaîne des Apennins, épine dorsale ou plutôt tibia de la Botte italienne, culmine en effet au Corno Grande dans le massif du Gran Sasso, un sommet calcaire élancé qui domine de près de 3000 mètres la mer Adriatique quelques dizaines de kilomètres à l'est, le tout à seulement 100 km à vol d’oiseau de Rome. Les Abruzzes se constituent autour de ce chaînon d'un ensemble de montagnes bien individualisées plantées entre les plaines agricoles et les villages médiévaux.
Ces zones sauvages protégées par plusieurs parcs nationaux depuis plus d’un siècle ont su protéger et conserver une faune souvent éteinte ailleurs en Europe occidentale, ours entre autres, et loups… qui d’ailleurs ont recolonisé le reste de l’Europe depuis ce massif où ils n’avaient jamais disparu. J’ai ainsi eu la chance d’observer la même journée aigle et loup à skis, puis un porc-épic sur la route quelques heures plus tard, en randonnée pédestre estivale une harde d’une centaine de biches, de belles croix sur un carnet de naturaliste d’Europe occidentale où de telles rencontrent relèvent plus de l’exceptionnel que de l’ordinaire… Si vous ne croiserez pas forcément d’ours au détour d’une combe, vous pourrez toujours faire ici le tour d’un village médiéval le soir, dans cette région patrimonialement très riche comme le reste du pays, mais à l’écart des plus gros flux touristiques, l’occasion d’admirer une église baroque entre primi et secondi piatti... Si vous venez en avion - ou en train pour les plus soucieux de leur bilan carbone, Rome devra évidemment figurer sur votre itinéraire et pas uniquement en tant qu’aéroport ou gare ; si vous arrivez en voiture votre trajet vous amènera près de Sienne et de ses sources chaudes qu’il serait criminel de ne pas explorer en maillot de bain.
Malgré la latitude méridionale l'enneigement de ce massif s’avère souvent généreux, au point d'y provoquer parfois de sérieuses crues avalancheuses, comme en janvier 2017 où le souffle d'une avalanche a rasé l'hôtel Rigopiano en tuant la majorité de sa cinquantaine d’occupant.e.s, la coulée de neige le plus meurtrière depuis au moins 10 ans en Europe. Le versant nord du Corno Grande comporte encore une relique glaciaire parfois considérée comme la plus méridionale d'Europe - si l’on exclut les Alpes albanaises : le Ghiacciaio del Calderone. Les tempêtes d'ouest fréquentes sur cette barrière montagneuse coincée entre deux mers plâtrent les falaises sommitales comme rarement dans les Alpes ; le skieur qui traîne ses spatules vers le Grand Sasso passera alors des allures arctiques de l'immense plateau du Campo Imperatore au givrage patagonien des faces ouest.
Cet article va donc vous présenter une sélection toute personnelle de courses dans les Abruzzes, classiques faciles ou couloirs plus confidentiels, avec deux topos à ma connaissance inédits pour des courses que j’aurai l’impudence de qualifier d’exceptionnelles : des itinérances dans des chaos dolomitiques de montagne à travers des forêts labyrinthiques d’aiguilles de calcaire, du ski aussi esthétique que ludique. Un crux de plaisir en guide de dolci après les forêts de bouleaux comme primi piatti puis les couloirs étroits serpentant sous du calcaire blanc en guise de secondi. Restera à sélectionner le bon restaurant et la bonne heure de descente pour déguster aussi bien les canelloni que les canali (couloir en italien) … al dente. Si vous cauchemardez en vous rappelant vos cubes de fromage marron sucré des îles Lofoten, la bière sous scellés de Tromso, les galettes de pomme de terre luisantes de graisse à 30 euros de l’Oberland, la bouteille d’eau à 10 euros du Mont Rose ou la Margherita au Ketchup à 20 euros de Chamonix, vous pourrez ici espérer des soirées véritablement gastronomiques, à vous remplir le ventre sans vider votre petit cochon.
Les itinéraires sont classés ci-dessous de l’ouest vers l’est, des montagnes dominant la plaine du Latium qui borde la Tyrrhénienne vers le far east du massif de la Majella, et ont été parcourus entre autres lors de deux semaines de ski, l’une au début du printemps 2018, l’autre à la fin de l’hiver 2025.
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