18 novembre 2025 2 18 /11 /novembre /2025 13:08

Un article sur le ski dans les Abruzzes paru dans le numéro 62 de décembre 2025 de Ski Rando Magazine, au menu canali sertis dans le calcaire blanc sous les skis la journée et cannellonni dans l’assiette dans les villages médiévaux le soir. En exclusivité à ma connaissance les topos des exceptionnelles courses dans les chaos dolomitiques des faces est du Prena et sud de l'Infornace, et en bonus la photo d’un éphèbe ([sic]) à moitié nu et dans une pose langoureuse en dernière page !
https://www.skirandomag.com/numero62/

https://www.skirandomag.com/les-couloirs-des-abruzzes/

les Abruzzes dans Ski Rando Magazine, canali et cannelloni
les Abruzzes dans Ski Rando Magazine, canali et cannelloni
les Abruzzes dans Ski Rando Magazine, canali et cannelloni
18 novembre 2025 2 18 /11 /novembre /2025 13:04

Ci-dessous le liminaire de l’article sur le ski en Haute-Ubaye paru dans le numéro 62 de décembre 2025 de Ski Rando Magazine :

https://www.skirandomag.com/numero62/

https://www.skirandomag.com/haute-ubaye-sur-les-3000-des-basses-alpes/

A vous qui préférez la poudre qu’on fait voler à la trafolée qui fait voler, la compagnie des chamois et autres quadrupèdes à celle des bipèdes en collectives de trente, à vous qui préférez partir de chalets en bois et lauzes plutôt que d’une barre de béton en studios all inclusive, à vous qui aimez le silence feutré du vent et de la neige, à vous qui aimez autant le ski carving dans les alpages que le ski sauting dans les couloirs, mettez le cap sur la Haute Ubaye, ce massif blotti dans un (re)coin des Alpes du Sud, à l’écart des grand flux touristiques et des stations de ski tentaculaires. Ici vous jouirez du (fatigant !) privilège de déflorer les cinquante cm du dernier retour d’est, loin des classiques des Aravis ou de Belledonne zébrées plus vite que ne tombent les flocons.
Ici, aux confins orientaux des Alpes de Haute-Provence, vous vous fondrez dans une montagne par endroits intemporelle, encore en séculaires hameaux de bois et de pierre, parmi patrimoine religieux, sous la forme d’églises classées du onzième siècle (celle de Maurin juste en aval de Maljasset par exemple), ou séculier sous la forme de forts ou batteries militaires du dix-neuvième, éparpillés à quelques kilomètres de la frontière italienne. Dans ces « Basses Alpes », ancienne appellation du département jusqu’en 1970, vous ne cocherez certes pas les ou plutôt LE (son antécime ouest a une prominence plutôt limitée…) 4000 du département voisin des « Hautes Alpes » juste au nord ; les glaciers se limiteront à des reliques (parmi les plus méridionales des Alpes tout de même) en versant nord des Aiguilles de Chambeyron, qui plus est en voie de transformation en glacier rocheux, mais vous profiterez d’une ambiance pré-méditerranéenne autour du culmen de la Haute-Provence : grandes pinèdes sous un ciel immuablement bleu par ces flux de nord-ouest qui enchaînent si souvent les skieurs savoyards sur leur canapé.
[…]

la Haute-Ubaye dans Ski Rando Magazine, sur les 3000 des Basses-Alpes
la Haute-Ubaye dans Ski Rando Magazine, sur les 3000 des Basses-Alpes
la Haute-Ubaye dans Ski Rando Magazine, sur les 3000 des Basses-Alpes
18 novembre 2025 2 18 /11 /novembre /2025 13:01

Parution aux Editions du Chemin des Crêtes de la troisième édition du guide des "plus belles falaises de France", avec une petite contribution photographique pour le Queyras et la voie "danse avec les loups", belle et atypique avec ses 300 mètres de dalle lisse et sa sortie sur une arête aérienne à plus de 3000 mètres.

https://www.chemindescretes.fr/escalade/89-escalade-en-france.html

 

escalade en France, les plus beaux sites, troisième édition
16 novembre 2025 7 16 /11 /novembre /2025 18:21

Ci-dessous le liminaire de l’article paru dans le numéro 61 de Ski Rando Magazine (donc sans les topos), un peu de prose ampoulée et pas drôle !

https://www.skirandomag.com/vercors-la-barriere-est-de-pas-en-pas/

Du Vercors on connaît son plateau, son relief karstique, ses grottes, aménagées pour le tourisme ou non, bref tous les attributs d’un massif calcaire de moyenne montagne qu’on imagine parcouru surtout de skieurs nordiques et de spéléologues. Et pourtant l’extrémité orientale de ce massif présente une barrière de falaises exposée vers le levant longue d’une… trentaine de kilomètres, et fendue d’innombrables couloirs qui débouchent sur des Pas au toponyme typiquement… vertacomicorien (vous voilà enrichi d’un nouveau mot en mesure de vous faire briller en société alpine !). Une ceinture de parois qui peut rappeler - dans une version XXL - celle de Chartreuse un peu plus au nord, mais ici sans les problématiques de terrain privé et d’interdictions d’accès promulguées par un marquis plus porté sur la chasse que sur le ski de randonnée…

On trouve donc à travers cette barrière est une concentration de couloirs skiables parmi la plus importante des Alpes, et ce à quelques dizaines de kilomètres tout au plus au sud de la métropole grenobloise. Entre les grands piliers de calcaire, qui se gravissent par des grandes voies d’escalade justement classiques, se nichent donc de nombreuses « couennes » en ski de rando, des couloirs généralement courts qui peuvent se parcourir à la demi-journée, tous différents par leur ampleur et leur inclinaison, mais semblables par leur orientation générale à l’est et leur faible altitude, qui réserve leur parcours à l’hiver. On ne sera donc pas surpris d’y croiser des ingénieurs de la tech grenobloise en goguette en after ou plutôt before work.

Plutôt le matin, car seuls les lève-tôt partis avant l’aurore profiteront dans ces versants est des couleurs de l’aube, des grandes parois sommitales qui rosissent, puis de l’éclairage qui descend peu à peu lécher les sapinières, s’immiscer entre les branches jusqu’à atteindre vos lunettes de soleil. Ces délicats jeux de lumière vous feront sans doute sacrifier vos velléités de battre votre record de vitesse verticale, mieux vaut garder de belles images sur le capteur et dans le cervelet que de l’acide lactique dans les mollets…

Toutes ces courses gardent la même typologie : départ sur des pistes à travers champs puis forêts ; dès la tree line franchie on profite de terrains plus ouverts sous la forme de grandes pentes puis de couloirs, la difficulté consistant donc à s’orienter sans visibilité dans la forêt, votre salut pouvant se trouver dans votre application de géolocalisation, les traces de vos prédécesseurs… ou votre bonne vieille boussole. Vous trouverez dans la partie supérieure des itinéraires un terrain de jeux plus alpin que l’altitude généralement inférieure à 2000 mètres pourrait le laisser penser, des couloirs souvent tortueux et étroits entre de hautes parois de rocher gris. Dans ce crescendo de pentes aux allures dolomitiques, de difficulté et de beauté, des champs et pistes forestières du bas aux étroits couloirs enserrés entre les parois calcaires du haut, « qui va piano va sano » : n’oubliez pas de garder du souffle en haut de la montée pour mieux l’avoir coupé par la beauté des couloirs !

Je vais donc décrire ici une sélection de couloirs fichés dans cette barrière est, parmi ceux que j’ai déjà eu la chance de parcourir, du sud vers le nord, des Rochers du Parquet aux Arêtes du Gerbier, une sélection très loin de l’exhaustivité vu la générosité est-vertacomicorienne en matière de couloirs. Cet échantillon se limite à des courses de niveau 4.X, des couloirs donc low cost, pas trop raides (jamais plus de 45°, et encore sur de courtes portions), pas trop longs, d’approche rapide, sans excès d’adrénaline et d’acide lactique, mais pas low quality, des couloirs tous « faciles » mais éminemment esthétiques. A savoir que certains des couloirs de la barrière est n’ont été skiés pour la première fois que fort récemment, que peut-être d’autres attendent encore de l’être, comme quoi la proximité de la capitale des Alpes n’interdit pas de laisser planer en ces lieux un petit parfum d’aventure.

2 octobre 2025 4 02 /10 /octobre /2025 09:55

Ci-dessous le texte (sans les topos...) de l'article "croisière dorée dans le Mercantour", ou les raids à ski de randonnée autour des lacs de Rabuons et de Vens en Haute-Tinée, paru dans le numéro 60 de Ski Rando Magazine :

Croisière dorée dans le Mercantour

Près de la Côte d’Azur et de sa faune fortunée et m’as-tu vu, des palais surdimensionnés de bord de mer, des V12 biturbo débridé jantes diamant, se trouvent une montagne restée à l’état sauvage, une faune plus farouche, de modestes abris blottis au bord des lacs d’altitude et le glissement des carres sur la neige en guide de crissements de pneus. Vous ne pouvez pas frimer en Ferrari (que vous n’avez pas encore) les cheveux au vent (que vous n’avez bientôt plus) sur les routes de la French Riviera, mais vous pouvez rejoindre ici en peaux une résidence secondaire au bord de l’eau, vue lac, puis, plus haut, votre Clapier, vue mer ! Plutôt que de dépenser son livret A en croisière sur la Côte, mieux vaut se dépenser à skis sur les côtes du nord du Mercantour, en croisière de lac en lac, en navigation la journée dans les combes et couloirs, en escale le soir dans les ports refuges de bord de lac, le tout sous le granite doré par le lichen caractéristique du massif.
Les cartes donnent à rêver dans ces montagnes de la Haute-Tinée d’innombrables vallons suspendus, cirques glaciaires et lacs d’altitude sertis de refuges, le tout sous des sommets titillant les 3000 mètres, loin des métropoles maralpines et de leurs stations de ski. Mais l’accès depuis la vallée de la Tinée s’avère bien ingrat de par des points de départ bas en fond de vallée et la remontée d’adrets raides et vite déneigés - s’ils daignent même s’enneiger, le tout garantissant un portage long et rendu encore plus pénible par le poids d’un sac de raid. Heureusement, votre salut de skieur et non pas de sherpa skis sur le dos se trouve de l’autre côté de la frontière italienne, là où de longs vallons exposés au nord permettent de profiter d’un enneigement plus conséquent et d’un portage restreint voire absent. Cet accès certes détourné mais commode permet de profiter d’une tranquillité seulement troublée par quelques inconscient.e.s qui ont osé braver la frontière, de vallons plus riches en quadrupèdes qu’en bipèdes, et de refuges … infiniment moins fréquentés qu’en été. Ceux de de Vens et de Rabuons, posés sur les rives des lacs éponymes, constituent autant de camps de base ou d’étapes facilitant la logistique pour des combinaisons à imaginer sur la carte, dont vous trouverez quelques échantillons en fin de cet article.

Dans un monde où l’effort physique devient plus l’exception que la règle, relier ces abris à la seule force de vos mollets permet de renouer avec son corps et de pleinement savourer cet effort choisi, consenti et même librement recherché, qui récompense tant les sens : la splendeur austère et virginale de la montagne hivernale, la glisse sur un substrat soyeux et pulvérulent et la paix fusionnelle ressentie dans cette nature pour une fois non anthropisée. En ville les trottinettes électriques vous épargnent la corvée de marche ;  en montagne les télé-bidules vous propulsent vous et vos skis en une poignée de minutes là où il en fallait auparavant plusieurs centaines ; au volant les boîtes automatiques et caméras de recul vous soulagent le bras droit et le cou ; à la maison les réseaux sociaux vous permettent de socialiser sans vous déplacer, et de vous rallier à un avis sans réfléchir ;  la domotique vous épargnera bientôt la lourde ([sic]) gestion de la maison, et bientôt l’Intelligence Artificielle pourra étendre au cerveau ce qui a déjà été mis en place pour nos muscles : du repos et du remplacement déshumanisant par la machine… Dommage pour le sentiment d’accomplissement qui va avec l’effort productif consenti mais pas le clic sur un clavier, mais il est encore temps de résister à ce nouveau monde déshumanisant façon « Wall-E » et à cette technologie envahissante façon dystopie : direction les chemins de traverse du ski de randonnée sur la rive gauche de la Haute-Tinée, où il vous faudra (encore) faire couler l’acide lactique dans vos jambes, faute de remontée mécanique ou de skis à propulsion électrique.
Vous pourrez ici jouer au ringard réactionnaire et vous retirer quelques jours hors de la civilisation, vous nourrir de soupes en poudre et de pâtes à cuisson rapide, mais surtout d'aubes et de crépuscules, de lacs aux rivages de neige fracturés de crevasses, de couloirs qui fendent les falaises de gneiss dorées de lichen, de bouquetins et chamois qui vous regardent de haut, de sommets qui flamboient au crépuscule pour laisser la scène à la voie lactée, au temps du skieur seulement rythmé par le soleil, la lumière et les températures.

C’est en avril 2017 que j’ai pu (enfin) poser mes skis sur ces sommets retirés de Haute-Tinée, après un guet nivo-météorologique de plusieurs saisons rendu nécessaire par la sécheresse de ce massif en l’absence de retour d’est. Durant cet hiver majoritairement anticyclonique et très sec sur la plupart des massifs alpins, c’est vers la frontière italienne qu’il faut (se re)tourner ses skis, et c’est donc tout naturellement que nous commençons la remontée du vallon de Forneris un samedi matin depuis le village de Primavera, situé à un peu plus de 1500 m une dizaine de kilomètres sous le col de Larche (appelé della Maddalena sitôt la frontière passée) côté italien. C’est une vallée peu inclinée et donc longue comme un jour sans pastas, mais qui permet avec des mollets d’Acier de rejoindre le Col du Fer, porte d’entrée frontalière et septentrionale vers les bassins supérieures des lacs de Vens, mais aussi de Ténibre ou de Rabuons… les citer tous ici vous donnerait la migraine ! Les Aiguilles de Tortisse permettent une belle escale avant la descente vers le refuge de Vens, avec leurs monolithes et arche de cargneule qui décorent l’alpage, des chicots de roche jaune et grise qu’il vaut mieux effleurer à skis que grimper à pieds. On peut ensuite rejoindre le refuge de Vens et, bardé de quelques kilos en moins - si l’envie s’en fait encore ressentir - partir léger mais un peu moins frais vers l’un des sommets ou des couloirs qui dominent le lac de Vens. Le couloir nord-ouest de la Cîme de Fourchas constitue l’un des objectifs envisageables à la demi-journée ou même au quart-de-journée : après seulement une petite heure de montée on se retrouve en haut d’une pente raide de 400 mètres de haut, dont la partie médiane encaissée entre des monolithes de gneiss couvert de lichens dorés offre une très belle ambiance. On retournera donc au refuge la tête pleine de belles images… et les tympans bientôt saturés d’accents chantants avec la surprise d’y trouver un groupe de … 25 ([sic]) skieurs du Club Alpin Italien !
Le lendemain, la foule du refuge sera oubliée sitôt sa porte fermée, et on retrouvera avec plaisir notre bulle solitaire de pensées dans la montée à la brèche Borgonio. Vu l’heure matinale, c’est une neige encore dure qui nous attend dans la descente vers les lacs de Ténibre, autres représentants de la constellation de lacs de haute altitude de la Haute Tinée. Le parcours en montagnes russes made in Italy se poursuivra dans la montée au Pas de la Lauze, toujours sans la moindre trace et la moindre rencontre, si ce n’est celle de la poudreuse vierge du versant nord. Il faut abuser des bonnes choses, et on agrémentera donc le parcours d’un aller-retour opportuniste dans un couloir nord situé sous le rocher de Vallonda, bonne pioche avec là encore de la poudreuse d’hiver presqu’incongrue par les températures pré-estivales. La suite de la descente dans le beau et long vallon supérieur de Ponte Bernardo se fera, sans transition croûtée ou cartonnée, dans une bonne neige de printemps et sur une légère couche de pollenta, doucement cuite en surface par le cuistot qui brille déjà haut dans le ciel. Tellement haut et chaud que la dernière remontée au col de Stau et ses 600 m de dénivelée se feront dans une neige pourrie jusqu’au sol, pas mieux pour la descente versant nord dans la combe du Pilone, passée à creuser des tranchées aussitôt noyées dans un substrat déliquescent et collant !
Au final et malgré cette dernière descente trop tardive, un beau week-end de sauvagitude entre lacs d’altitude et aiguilles de gneiss dorées de lichens, couloirs rocheux et larges cirques ensoleillés, un coin encore confidentiel où la trace reste à faire après une semaine de beau temps, et où l’on croise effectivement plus de quadrupèdes à cornes que de bipèdes à skis !

L’exploration de ces terra presque incognita du ski de randonnée se poursuivra dans le magnifique cirque de Rabuons en février 2020, avec des conditions nivo-météorologiques rappelant plus une fin de printemps qu’un cœur d’hiver. On skiera donc de la moquette à poils plus ou moins longs, parfois en tee-shirt, au-dessus de lacs en début de débâcle, du ski de printemps avant l’heure, mais tant mieux car, sans que nous ne le sachions encore, un virus venu de Chine et des laissez-passer limités à un rayon de 1 km nous empêcheront bientôt de profiter de la fin de saison… Comme trois ans plus tôt, l’accès au refuge se fera depuis le versant italien, loin en voiture, long à skis, mais qui a le mérite de proposer un parcours continûment enneigé, bien plus que le raide adret français sec jusqu’à près de 2500 mètres. 
Le refuge d'hiver de Rabuons s'avèrera bien confortable dans une ambiance sauvage (seulement 2 autres randonneurs le premier soir), mais douce (merci le poêle) voire douillette (duvets superflus pour qui n’est pas trop frileux). C’est un refuge qui date de plus d’un siècle, bien confortable pour autant avec ses panneaux solaires et son éclairage, un port d’escale bucolique au bord du lac éponyme, panoramique et bien positionné entre Corborant et Ténibre.
Malgré un enneigement pauvre et vieux (datant pour la presque totalité de novembre...) et des versants nord où le vent a remplacé la neige par de la pierraille, on fera du bon ski au soleil, loin des crêtes déneigées, entre 10h et 14h d'est en ouest ; la moquette vient à point à qui sait attendre… On skiera notamment de très belles lignes inconnues des topos papier ou digitaux : deux couloirs presque parallèles situés en face sud-est de la Tête de Lusernier, repérés depuis le pas d’Ischiator et qui tiendront toutes leurs promesses : des traits de neige dans les parois de gneiss compact hérissées de gendarmes qui offrent une magnifique ambiance entre rocher coloré d’or, lacs gelés sous les crampons et mer de nuages au-dessus de la Méditerranée visible au loin. Des couloirs assez raides pour être dotés de la belle ambiance rocheuse qui fait leur intérêt, mais pas trop pour ne pas transformer votre belle godille de magazine en un disgracieux dérapage les jambes saturées d’acide lactique et la tête d’adrénaline.

Comme digressé en préambule, il est toujours temps d’utiliser les jambes, bras et muscles dont la nature vous a dotés ,et non pas seulement l’index de clic auquel la modernité nous réduit, mais nul besoin pour autant de grimacer de peur et de douleur dans l’effort physique dévoyé par la course à la performance !

croisière dorée dans le Mercantour, le blabla intégral
2 octobre 2025 4 02 /10 /octobre /2025 09:50
14 mars 2025 5 14 /03 /mars /2025 19:16

Un article sur les raids à skis autour des lacs de Rabuons et de Vens en Haute-Tinée, dans le numéro 60 de Ski Rando Magazine :

https://www.skirandomag.com/numero60/

 

croisière dorée dans le Mercantour, l'article
14 mars 2025 5 14 /03 /mars /2025 19:13

Ci-dessous le texte de l'article paru dans le numéro 59 de Ski Rando Magazine, sans les topos :

https://www.skirandomag.com/numero59/

Beaucoup ne connaissent du sport que les manifestations, compétitions, fédération, émulation, ostentation, fanions, chronomètration et dossardisation. A l’école, à la télévision, à la radio, dans la presse, au café du commerce, à la machine à café, il n’y a de place que pour ce sport institutionnalisé, marketé, une déclinaison transpirante du capitalisme et de la course autant contre les autres que pour soi. La montagne, tant hivernale qu’estivale, semble alors se transformer en un gigantesque terrain de sports plus ou moins aseptisé où cet hubris vient s’exprimer. Il est pourtant des sports, plus ludiques qu’olympiques, où la recherche de la beauté prime sur la course à la performance, et où l’activité physique constitue plus un moyen qu’une fin. Comment mieux définir le ski de randonnée, littéralement la pratique de la balade (avec 2 planches aux pieds) sur neige, une activité qui consiste plus à parcourir un milieu exigeant mais éminemment esthétique qu’à lutter contre le chronomètre ? La montagne enneigée n’est alors plus un stade où l’on vient explorer les limites de son corps, mais un lieu d’exploration et la destination par elle-même où notre corps va nous emmener.
Dur à faire aval(is)er cette conception à votre beau-frère, pour qui sport signifie forcément compétition : vous n’avez pas de Rolex au poignet à 50 ans, pas de Mercedes au garage, pas de Berluti aux pieds, et pas même un classement dans la dernière course de ski, un loser archétypique décidément ! Votre beauf n’oubliera d’ailleurs de mentionner que s’il ne risque qu’une contredanse pour ne pas avoir respecté les itinéraires imposés en voiture, vous risquez votre peau pour persister à divaguer à votre rythme loin des pylônes des stations ou des fanions des courses, à la merci des plaques à vent traîtreusement cachées. Et oui, vous n’avez d’autre objectif que de faire de belles courses sans faire la course, vous immerger dans la nature hivernale, sans les oripeaux de l’anthropisation, dans la solitude, le calme et le silence de la montagne enneigée, là où votre regard d’homo sapiens attiré par le mouvement peut enfin cesser de papillonner pour mieux se fondre dans Pachamama.
Dans ce cas, pourquoi ne pas viser les alentours du lac de Serre-Ponçon, son soleil du Sud et sa ceinture de sommets qui dominent le bras nord-est de ce grand lac de basse altitude, dont la topographie échancrée peut faire penser à un fjord norvégien ? 

Ce lac de barrage mis en eau en 1959 a noyé entre autres le village de Savines (reconstruit à l’identique à côté)… mais pas les sommets qui permettent de skier vue mer lac. C’est une mégabassine ou plutôt gigabassine (naturelle et non pas excavée) qui assure l’approvisionnement en eau du pays aval en saison sèche estivale - en tout cas tant que les glaciers des Ecrins existent et assurent un débit en l’absence d’épisode pluvieux – et le lissage des crues, comme récemment en mai 2018, décembre 2019 ou mars 2024. Ne voyez pas la main des lobbys productivistes agricoles derrière ma plume ou plutôt mon clavier, et inutile de venir installer votre tente 2 secondes dans le platane de mon jardin, cette analogie oiseuse a juste pour but de rappeler tout l’intérêt de ces lacs de retenue pour des régions au climat semi-aride telles que la Provence. 

En complément de ses fonctions hydrologiques et énergétiques, le lac constitue également l’un des épicentres du tourisme estival dans les Alpes du sud, avec sa petite mer intérieure tournée vers les montagnes, bordée de plages et parcourue d’une armada de voiliers, dériveurs, wing truc et foil machin, du tourisme balnéaire qui vient fort opportunément suppléer au vecteur touristique du ski hors saison des sports d’hiver. Son remplissage estival, au plus près possible de sa cote d’exploitation optimale, devient d’ailleurs un marronnier chaque printemps.

C’est dans cette zone que le ski de randonnée prit son essor en France, plus précisément sur les pentes du Mont Guillaume, où le lieutenant Widman a voulu prouver à la fin du dix-neuvième-siècle la supériorité du ski sur la raquette pour les déplacements des troupes de montagne. Sa démonstration s’est basée sur un test, lui-même constituant le cobaye, et il effectuera son aller-retour de la gare d’Embrun au sommet du Mont Guillaume en 5 heures de montée puis 1h30 de descente avec des skis commandés de Suède. Cette première descente du 12 février 1897, déjà conforme à l’esprit des déplacements bas carbone par la force des choses (!), marquera comme il l’espérait le début de l’introduction des skis dans l’arsenal des troupes de montagne françaises. Si vous voulez aujourd’hui gagner le sommet du Mont Guillaume et sa chapelle, en hommage ou non à l’importateur du ski de randonnée en France, vous pouvez utiliser votre arsenal modernisé, avec des skis en bois ou non, suédois ou pas, mais ne manquez pas d’invoquer l’argument du réchauffement climatique en près de 130 ans pour justifier votre départ d’une altitude supérieure à celle de la gare d’Embrun à 870 mètres !

Difficile de retenir une unité géographique ou administrative pour les itinéraires décrits dans cet article, à cheval entre Alpes Hautes ou de Haute-Provence, Ubaye et Ecrins, massifs et départements, le seul critère retenu étant donc… la vue sur le lac depuis les sommets !
Les courses seront décrites par leur position géographique autour du lac, dans le sens des aiguilles d’une montre, du Piolit au Pouzenc en passant par le Mont Guillaume ou le Petit Parpaillon, autant de pentes dans lesquelles vos spatules pointeront vers le Grand Bleu… ou plutôt Petit Bleu si l’on veut plus d’objectivité.

Dans un Champsaur déjà bien connu des skieurs de randonnée, le Piolit constitue peut-être la course la plus classique : la proximité de Gap, une orientation nord favorable dans les Alpes du soleil, une longueur et difficulté rendant la course accessible au plus grand nombre, un terrain varié de la piste de ski nordique aux combes sommitales en passant par la forêt, font que la voie normale en face nord au départ de la station d’Ancelle voit des processions de skieurs les week-ends de beau temps.
Il est pourtant un autre chemin, guère plus difficile ou long - mais certes plus vite déneigé sous l’anticyclone : celui de la face sud-est au-dessus de Chorges, où l’expérience intime se rapprochera plus de la retraite que du pèlerinage. Ici en adret - comme en ubac dans la voie normale - vous trouverez pistes, mélézins et grandes pentes sommitales, mais ici comme pas ailleurs vous évoluerez avec le lac dans le rétroviseur à la montée et le masque à la descente, sur un versant tourné tout exprès vers le fjord. C’est une course panoramique s’il en est, où vous risquerez autant la fracture de rétine que l’entorse du genou !

C’est au-dessus de Réallon - l’autre station de ski alpin à taille humaine de cette extrémité méridionale du Champsaur – que se trouvent les Aiguilles de Chabrières, un flambeau de calcaire perché à moins d’une dizaine de kilomètres à vol de chocard du lac. Ces grandes tours de calcaire accolées détonnent dans le doux relief du Champsaur, et leur silhouette dolomitique attirera tant les grimpeurs – vite échaudés par un rocher de qualité… perfectible - que les skieurs, dont le regard se portera sur les couloirs blottis entre les aiguilles, notamment le couloir nord-est ou celui de la brèche est. Mon premier permet de gagner la crête sommitale et son formidable belvédère sur le lac ; mon second donne accès au grand karst de l’Oucane, un lapiaz - rare dans les Alpes du Sud – qui pour les nordistes ne manquera pas d’évoquer le désert de Platé dans le Haut-Giffre.

Mais l’aiguille du sens horaire tourne, et il est maintenant l’heure de se pencher vers le berceau du ski de randonnée en France comme abordé en préambule : le Mont Saint-Guillaume, dont la première ascension à skis remonte donc au dix-neuvième siècle. Je décrirai ici l’itinéraire classique et historique, celui qui bénéficie du meilleur enneigement et de l’approche routière la plus commode : le versant nord-est au départ du Château de Caléyère puis par la chapelle des Séyères. Le passé n’est pas que militaire ici mais aussi religieux, et vous pourrez vous recueillir tout au long du chemin de croix de la montée dans ce lieu historique du ski de randonnée en France, d’abord à la chapelle des Séyères à demi-pénitence, puis à la chapelle sommitale et son point de vue mystique sur le lac qui s’étire vers l’ouest.
Si vous considérez ne pas avoir suffisamment flagellé vos mollets en regard des nombreux vices à expier, vous pourrez même aller rôtir dans le couloir sud de l’Arpion, une belle ligne peu connue à l’ambiance rocheuse marquée entre des falaises de calcaire déliquescent.

Place au sécularisme maintenant, vers le sommet du Parpaillon, où remontées mécaniques et tunnel traversant la montagne ramènent à une montagne où l’économie et le matérialisme priment sur la spiritualité. Ici comme pour les Aiguilles de Chabrières, l’approche pourra se faire à la force des mollets depuis le parking, ou à celle du portefeuille depuis le sommet des pistes de Crévoux. Petite préférence me concernant pour l’utilisation (sacrilège !) des téléskis, pas seulement par paresse et velléité d’échapper à la longue piste du Parpaillon, mais aussi par épicurisme et souhait de passer par l’esthétique crête nord du col de Girabeau. Vous profiterez dans les deux cas d’une grande descente versant nord du Petit Parpaillon : ce sera aussi bon en poudreuse que de manger du Nutella à la cuillère dans le pot… mais sans les remords !

Quelques heures de cadran plus tard, nous voilà maintenant sur le Pouzenc, la montagne-phare de l’Embrunais, dont la face nord aimante le regard des skieurs de retour des Ecrins ou du Queyras sur la nationale 94. Cette pyramide rocheuse à la position dominante peut s’atteindre par presque tous ses versants, le plus commodément sans doute par son versant sud puis son court mais raide et exposé couloir nord-est qui force la barre sommitale.  L’arête sommitale vous récompensera au-delà de toute attente, et l’endorphine supplantera vite l’acide lactique sur cette ligne alpine et suspendue entre neige et ciel, tendue vers le lac de Serre-Ponçon très loin sous les spatules. 

Voilà, l’aiguille a terminé sa révolution, et il est temps que ces verbiages se terminent enfin pour laisser la place à ce que vous avez toujours voulu savoir sans jamais oser le demander : les topos détaillés de ces courses aux allures norvégiennes, mais à moindre bilan carbone et meilleur bilan soleil ! 

31 janvier 2025 5 31 /01 /janvier /2025 17:54

Ci-dessous le texte de l'article paru dans le numéro 57 d'octobre 2024 de Ski Rando Magazine sur le ski de rando autour du Col de l'Izoard :

Vous cherchez désespérément les meilleures conditions de ski pour vos deux jours de liberté hebdomadaire ? La pluie s’est invitée jusqu’à 2200 mètres et le manteau neigeux – plus un maillot de corps qu’un pullover - commence à plus de 1800 mètres. La combe sud est interdite d’accès pour nidification du dahut, la combe nord a été déclarée zone de protection du condor ; avec la fonte du pergélisol le Rocher du Mikado commence à s’effondrer sur son couloir est, alors que les éleveurs d’alpagas en colère bloquent l’unique route d’accès au point de départ de la croupe ouest de Millevaches. Vous avez bien songé à la station élevée de Super Chamois-les-Alpes comme point de départ, mais la perspective de partir de l’usine à ski en barres de studios all inclusive a vite douché vos velléités.
L’équation paraît insoluble, mais ne vous torturez plus les méninges dans cette gymnastique intellectuelle rendue de plus en plus difficile par le réchauffement climatique, ne risquez plus un claquage de neurones avant la déchirure musculaire : visez l’ouest-Queyras autour du mythique col de l’Izoard ! Des combes et couloirs facilement accessibles depuis des points de départ à près de 2000 mètres, encore (partiellement) préservés des affres du réchauffement climatique, pas d’urbanisation façon Sarcelles-sur-Neige, et des altitudes suffisamment élevées pour éviter les redoux noirs et faire des globules rouges, sur du blanc garanti sans taches de vert ou de marron de décembre à début avril. 
L’ouest-Queyras s’enneige un peu par tous les flux, généreusement par ceux de sud/sud-ouest, moins par flux de nord-ouest avec la barrière des Ecrins, et très variablement par retour d’est suivant sa profondeur de pénétration depuis la frontière italienne à l’est, mais cette ouverture aux  influences climatiques tant méditerranéennes qu’atlantiques garantit généralement un enneigement correct quelles que soient la direction des vents dominants et l’origine des perturbations qu’ils apportent. Ici point d’enneigement famélique comme cela peut être le cas dans l’est-Queyras en l’absence de retour d’est, et rarement de neige ravagée par les redoux pluvieux comme cela est de plus en plus souvent le cas même en plein hiver dans les massifs préalpins à l’ouest. Vous ne serez pas à l’ouest en choisissant l’ouest-Queyras comme prochaine destination de ski de rando !

Même avec un ISO à haute altitude, on y profite du ski à la norme ISO 4807 : on part ici de villages pittoresques faits de maisons anciennes en bois et lauzes et d’églises classées, au-dessus mélézin et alpages façon carte postale, le tout sous un ciel bleu 400 jours par an comme le clament les brochures de l’office du tourisme. 

Dans l’imaginaire du montagnard, le Queyras est fait de sommets arrondis, dont les alpages accueillent vaches l’été et skieurs de randonnée l’hiver, les uns goûtant sa poudreuse, les autres broutant son herbe. Et pourtant ici, la carte ne montre que Pics, Ravins et Casses, bien loin des Monts escomptés, et de fait sur le terrain les sommets altiers ceinturés de falaises et les crêtes dentelées confirment une topographie bien alpine. Un terrain varié donc, de la balade du dimanche avec votre belle-mère à la course entre allumettes-collants-pipettes (du bas en haut), de la peau de phoque pour tous les goûts et les niveaux, skieurs de randonnée ou skieurs-alpinistes, skieurs de 5.x et skieurs de 2.y, pour des dénivelées plébéiennes ou élitistes. Comme la toponymie l’évoque, on évolue dans une grande diversité paysagère, des mélézins à écureuils aux alpages à vaches, des casses à marmottes aux falaises à aigles royaux, des pitons de cargneule aux crêtes calcaires, des longs vallons au pas alternatif aux couloirs à virages sautés, de quoi changer radicalement d’environnement en quelques fléchissements des genoux, la magie de l’étagement altitudinal. Et même si l’on sera rarement seul.e.s sur ces randonnées bien connues des locaux ou estrangers, leur fréquentation restera toujours incomparable à celles des classiques de Belledonne ou des Aravis : il n’est pas déraisonnable de croiser ici plus de quadrupèdes que de bipèdes !

Cet article va décrire une petite sélection de courses autour du Col de l’Izoard, autour de 3 points de départ différents. Versant sud, Arvieux et un peu en amont Brunissard, directement sous le col, et Souliers, dans la vallée située immédiatement à l’est, trois beaux villages authentiques en musée à ciel ouvert d’architecture queyrassine, ont été préservés par leur isolement au-dessus de la vallée du Guil longtemps enclavée, dont le seul accès en saison de ski passe par une route en corniche taillée dans la falaise rive gauche de la rivière. Versant nord, une route moins exposée amène depuis Briançon au hameau du Laus, lui aussi riche en chalets, cadrans solaires et fontaines. Les villages de Brunissard et du Laus ne sont distants que de 20 km par le col de l’Izoard - compter guère plus de 2 heures à skis – mais la fermeture de ce dernier en hiver impose le détour routier par la haute vallée de la Durance loin à l’ouest – compter 6 fois plus de kilomètres et presque autant de temps en voiture qu’à skis. Les nombreux hébergements disponibles au Laus (station de ski nordique) et à Brunissard et Arvieux (stations de ski nordique et alpin) autorisent toutefois de nombreuses combinaisons à skis entre ces deux points de départ éloignés sur 4 roues mais proches sur 2 peaux.

Au départ du Laus, les courses les plus courues ou à tout le moins skiées ont pour objectif la belle pyramide neigeuse de l’Arpelin et le col de Chaude Maison, dont une variante, à peine plus longue mais beaucoup moins fréquentée et plus esthétique, mérite une description dans cet article : c’est mieux de jouer au cabri du Queyras qu’au mouton de Panurge ! La pyramide de l’Arpelin s’atteint préférentiellement à la montée par la route du col de l’Izoard, qui devient une piste de ski de fond avec la neige, puis le bien mal-nommé Col Perdu - vite trouvé juste au-dessus du Refuge Napoléon - donne accès à la jolie arête sud de l’Arpelin. La descente se fera plutôt sur le versant est plus skiant : soit sous le sommet versant nord puis est, soit directement dans le versant est si la nivologie l’autorise, soit par des pentes moins raides sous le Col Perdu. La suite se passera dans tous les cas dans le Bois des Oules puis sur la piste de ski de fond, juste assez inclinée pour qu’elle reste plaisante à skier.

Les autres classiques se trouvent en face versant ouest : le col de Chaude Maison peut être rejoint par ce même itinéraire de ski nordique, qu’on quitte à gauche vers 2000 m pour le versant ouest de Turge de la Suffie. Une fois le col atteint, je conseillerais de prendre son courage à 2 gants et de poursuivre par la crête vers le sud : vos cuisses pourront toujours maudire l’auteur de cet article, mais la beauté et la sauvagerie de la descente par la Combe Obscure valent bien cette trentaine de mètres de dénivelée supplémentaire. Vous me bénirez peut-être entre les pénitents de cargneule en y traçant la poudreuse soyeuse dans les lumières douces d’une fin d’après-midi hivernale, plutôt que de skier en trafolée - en serrant les dents mais pas les skis - par la voie de montée au col de Chaude Maison.

Le sommet emblématique du coing – la pyramide rocheuse du Pic de Rochebrune, au profil aisément reconnaissable depuis une bonne partie des Alpes du Sud – dresse ses 3320 mètres loin au-dessus de tous ses voisins. Il peut s’atteindre à skis au départ du Laus par un itinéraire ni trop long ni trop raide, mais invisible du bas dans sa partie finale : un court couloir ouest, pas toujours suffisamment enneigé, qui mène à une brèche. De cette brèche une dernière pente exposée permet de gagner le sommet nord, le plus élevé de la pyramide ; en neige dure, où une chute pourrait avoir des conséquences bénéfiques pour les comptes de votre caisse de retraite, je recommanderais d’ailleurs l’emploi de crampons plus que de skis. C’est la voie normale de ce culmen du Briançonnais, autant à pieds qu’à skis, mais vu la qualité ou plutôt non-qualité du rocher local, rappelée périodiquement par de gros éboulements, il est normal de planifier la virée en hiver ou au printemps dans la poudreuse ou sur la moquette, et anormal de le faire en saison chaude dans les éboulis et casses où flotte une odeur de poudre. La fréquentation de cet itinéraire varié et esthétique, qui constitue désormais à skis le seul accès sûr à ce sommet majeur du Briançonnais, dont le couloir sommital blotti entre les falaises stratifiées offre une superbe ambiance dolomitique, n’est pas en rapport avec sa classe, tant mieux pour les skieur.s.e.s (?) qui choisiront de s’y lancer !

Un autre itinéraire recommandable au départ du Laus, rapide d’accès, court et peu fréquenté dans sa partie finale : le Petit Peygu par son couloir sud-est, une pente raide cachée sur l’adret qui succède à une approche en mélézin bien skiable, un condensé de Queyras juste au-dessus du parking, pour les feignant.e.s et/ou pressé.e.s.

De l’autre côté du col, on trouvera également des classiques souvent tracées au départ d’Arvieux et Brunissard, par exemple dans le vallon de Clapeyto. C’est une immense combe à vocation pastorale, ponctuée de nombreux chalets d’alpage dans sa partie basse, mais aussi un vallon suspendu protégé par un verrou rocheux se contournant par des pentes sud raides. Je recommande de viser les cols et sommets les plus orientaux afin de réduire les parties de ski de fond inhérentes à ces vallons peu inclinés, par exemple vers les Pics du Cros ou de la Rousse où l’on peut imaginer de belles combinaisons à la découverte entre autres de la combe sud du Col de la Rousse et ses superbes aiguilles de calcaire.

En parlant de flèches de caillou, je ne peux que recommander d’aller explorer la Casse Déserte et ses aiguilles de cargneule aussi esthétiques que ludiques, topo déjà paru dans le numéro 43 de SkiRando Magazine. L’hiver est la meilleure saison pour excursionner dans ce décor presque fantasmagorique de falaises compactes de cargneule jaunâtre et d’aiguilles de conglomérat dressées telles des pénitents, dont le gel atténue pour quelques mois la fragilité. Cerise sur le gâteau glacé, des couloirs dessinés pour le ski, invisibles du bas, s’insinuent entre ces aiguilles, en sortant sur d’étroites crêtes neigeuses, au milieu des forêts d’aiguilles coiffées de chapeaux de neige. On pense à du land art revisité par Gaudi, une Sagrada Familia de l’ouest-Queyras, une armée de pénitents gelés pour les hauts-alpins, ou à des hoodoos made in France pour les amateurs de l’Ouest américain. Ces couloirs jamais très raides peuvent s’enchaîner à loisir tant que la montre et les jambes le permettent, et il vous sera aussi difficile de vous résoudre à la dernière descente que de renoncer à votre doudou quelques décennies plus tôt.

Dernière vallée à explorer, celle de Souliers, hameau dépourvu de station de ski alpin ou de pistes de ski nordique, et donc encore plus authentique que les autres villages sus-nommés, et le meilleur point de départ pour la crête dentelée des Pics de Côte Belle, leurs vastes pentes à carving et leurs petits couloirs à sauting ([sic]), un magnifique terrain de jeux alpin sur et à travers la dolomie locale !

Même si cet article a vocation à vous suggérer certains itinéraires testés et approuvés par l’auteur, je vous invite également à explorer les cartes pour imaginer vos futures courses, indépendamment des topos papier ou digitaux accessibles par un simple coup d’oeil ou clic. Dessiner mentalement un itinéraire à skis sur une carte et imaginer un cheminement entre les courbes de niveaux sont des préliminaires importants pour votre rapport personnalisé avec la montagne… Concevoir votre propre course plutôt que suivre un topo est comme cuisiner suivant votre inspiration et vos préférences culinaires, plus exigeant mais aussi gratifiant que de choisir un plat prédéfini sur la carte d’un restaurant !
 

31 janvier 2025 5 31 /01 /janvier /2025 17:48

Dans le numéro 59 de Ski Rando Magazine de février 2025, une sélection d'itinéraires autour du lac de Serre-Ponçon, dissemblables mais offrant tous une vue fjord depuis leur sommet.

https://www.skirandomag.com/numero59/

Beaucoup ne connaissent du sport que les manifestations, compétitions, fédération, émulation, ostentation, fanions, chronos et dossards. A l’école, à la télévision, à la radio, dans la presse, au café du commerce, à la machine à café, il n’y a de place que pour ce sport institutionnalisé, marketé, une déclinaison transpirante du capitalisme et de la course autant contre les autres que pour soi. La montagne, tant hivernale qu’estivale, semble alors se transformer en un gigantesque terrain de sports plus ou moins aseptisé où cet hubris vient s’exprimer. Il est pourtant des sports, plus ludiques qu’olympiques, où la recherche de la beauté prime sur la course à la performance, et où l’activité physique constitue plus un moyen qu’une fin. Comment mieux définir le ski de randonnée, littéralement la pratique de la balade (avec 2 planches aux pieds) sur neige, une activité qui consiste plus à parcourir un milieu exigeant mais éminemment esthétique qu’à lutter contre le chronomètre ? La montagne enneigée n’est alors plus un stade où l’on vient explorer les limites de son corps, mais un lieu d’exploration et la destination par elle-même où notre corps va nous emmener.
Dur à faire aval(is)er cette conception à votre beau-frère, pour qui sport signifie forcément compétition : vous n’avez pas de Rolex au poignet à 50 ans, pas de Mercedes au garage, pas de Berluti aux pieds, et pas même un classement dans la dernière course de ski, un loser archétypique décidément ! 

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