8 février 2026 7 08 /02 /février /2026 21:57

Ci-dessous le texte (hors topos) de l'article sur le ski dans les Abruzzes paru dans le numéro 62 de décembre 2025 de Ski Rando Magazine :

https://www.skirandomag.com/les-couloirs-des-abruzzes/

Si l’on va en Italie, c’est pour y arpenter les montagnes au nord, petits ou Grands Paradis alpins, et les grandes villes d’art plus au sud, Florence, Sienne ou autres Rome... Et pourtant, tout près de la capitale impériale aux sept collines, au centre de la Botte italienne, il est des myriades de montagnes plus élevées et alpines, où les skieurs peuvent également venir en pèlerinage, vers des couloirs sertis dans le calcaire blanc offrant la vue merS, qu’elle soit Tyrrhénienne à l’ouest ou Adriatique à l’est.
La chaîne des Apennins, épine dorsale ou plutôt tibia de la Botte italienne, culmine en effet au Corno Grande dans le massif du Gran Sasso, un sommet calcaire élancé qui domine de près de 3000 mètres la mer Adriatique quelques dizaines de kilomètres à l'est, le tout à seulement 100 km à vol d’oiseau de Rome. Les Abruzzes se constituent autour de ce chaînon d'un ensemble de montagnes bien individualisées plantées entre les plaines agricoles et les villages médiévaux.

Ces zones sauvages protégées par plusieurs parcs nationaux depuis plus d’un siècle ont su protéger et conserver une faune souvent éteinte ailleurs en Europe occidentale, ours entre autres, et loups… qui d’ailleurs ont recolonisé le reste de l’Europe depuis ce massif où ils n’avaient jamais disparu. J’ai ainsi eu la chance d’observer la même journée aigle et loup à skis, puis un porc-épic sur la route quelques heures plus tard, en randonnée pédestre estivale une harde d’une centaine de biches, de belles croix sur un carnet de naturaliste d’Europe occidentale où de telles rencontrent relèvent plus de l’exceptionnel que de l’ordinaire… Si vous ne croiserez pas forcément d’ours au détour d’une combe, vous pourrez toujours faire ici le tour d’un village médiéval le soir, dans cette région patrimonialement très riche comme le reste du pays, mais à l’écart des plus gros flux touristiques, l’occasion d’admirer une église baroque entre primi et secondi piatti... Si vous venez en avion - ou en train pour les plus soucieux de leur bilan carbone, Rome devra évidemment figurer sur votre itinéraire et pas uniquement en tant qu’aéroport ou gare ; si vous arrivez en voiture votre trajet vous amènera près de Sienne et de ses sources chaudes qu’il serait criminel de ne pas explorer en maillot de bain.

Malgré la latitude méridionale l'enneigement de ce massif s’avère souvent généreux, au point d'y provoquer parfois de sérieuses crues avalancheuses, comme en janvier 2017 où le souffle d'une avalanche a rasé l'hôtel Rigopiano en tuant la majorité de sa cinquantaine d’occupant.e.s, la coulée de neige le plus meurtrière depuis au moins 10 ans en Europe. Le versant nord du Corno Grande comporte encore une relique glaciaire parfois considérée comme la plus méridionale d'Europe - si l’on exclut les Alpes albanaises : le Ghiacciaio del Calderone. Les tempêtes d'ouest fréquentes sur cette barrière montagneuse coincée entre deux mers plâtrent les falaises sommitales comme rarement dans les Alpes ; le skieur qui traîne ses spatules vers le Grand Sasso passera alors des allures arctiques de l'immense plateau du Campo Imperatore au givrage patagonien des faces ouest.

Cet article va donc vous présenter une sélection toute personnelle de courses dans les Abruzzes, classiques faciles ou couloirs plus confidentiels, avec deux topos à ma connaissance inédits pour des courses que j’aurai l’impudence de qualifier d’exceptionnelles : des itinérances dans des chaos dolomitiques de montagne à travers des forêts labyrinthiques d’aiguilles de calcaire, du ski aussi esthétique que ludique. Un crux de plaisir en guide de dolci après les forêts de bouleaux comme primi piatti puis les couloirs étroits serpentant sous du calcaire blanc en guise de secondi. Restera à sélectionner le bon restaurant et la bonne heure de descente pour déguster aussi bien les canelloni que les canali (couloir en italien) … al dente. Si vous cauchemardez en vous rappelant vos cubes de fromage marron sucré des îles Lofoten, la bière sous scellés de Tromso, les galettes de pomme de terre luisantes de graisse à 30 euros de l’Oberland, la bouteille d’eau à 10 euros du Mont Rose ou la Margherita au Ketchup à 20 euros de Chamonix, vous pourrez ici espérer des soirées véritablement gastronomiques, à vous remplir le ventre sans vider votre petit cochon.

Les itinéraires sont classés ci-dessous de l’ouest vers l’est, des montagnes dominant la plaine du Latium qui borde la Tyrrhénienne vers le far east du massif de la Majella, et ont été parcourus entre autres lors de deux semaines de ski, l’une au début du printemps 2018, l’autre à la fin de l’hiver 2025.

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8 février 2026 7 08 /02 /février /2026 21:54

Ci-dessous le texte (hors topos) de l’article sur le ski en Haute-Ubaye paru dans le numéro 62 de décembre 2025 de Ski Rando Magazine :

https://www.skirandomag.com/haute-ubaye-sur-les-3000-des-basses-alpes/

A vous qui préférez la poudre qu’on fait voler à la trafolée qui fait voler, la compagnie des chamois et autres quadrupèdes à celle des bipèdes en collectives de trente, à vous qui préférez partir de chalets en bois et lauzes plutôt que d’une barre de béton en studios all inclusive, à vous qui aimez le silence feutré du vent et de la neige, à vous qui aimez autant le ski carving dans les alpages que le ski sauting dans les couloirs, mettez le cap sur la Haute Ubaye, ce massif blotti dans un (re)coin des Alpes du Sud, à l’écart des grand flux touristiques et des stations de ski tentaculaires. Ici vous jouirez du (fatigant !) privilège de déflorer les cinquante cm du dernier retour d’est, loin des classiques des Aravis ou de Belledonne zébrées plus vite que ne tombent les flocons.
Ici, aux confins orientaux des Alpes de Haute-Provence, vous vous fondrez dans une montagne par endroits intemporelle, encore en séculaires hameaux de bois et de pierre, parmi patrimoine religieux, sous la forme d’églises classées du onzième siècle (celle de Maurin juste en aval de Maljasset par exemple), ou séculier sous la forme de forts ou batteries militaires du dix-neuvième, éparpillés à quelques kilomètres de la frontière italienne. Dans ces « Basses Alpes », ancienne appellation du département jusqu’en 1970, vous ne cocherez certes pas les ou plutôt LE (son antécime ouest a une prominence plutôt limitée…) 4000 du département voisin des « Hautes Alpes » juste au nord ; les glaciers se limiteront à des reliques (parmi les plus méridionales des Alpes tout de même) en versant nord des Aiguilles de Chambeyron, qui plus est en voie de transformation en glacier rocheux, mais vous profiterez d’une ambiance pré-méditerranéenne autour du culmen de la Haute-Provence : grandes pinèdes sous un ciel immuablement bleu par ces flux de nord-ouest qui enchaînent si souvent les skieurs savoyards sur leur canapé.

Cet article va donc décrire une sélection d’itinéraires à skis de la Haute Ubaye, au départ des trois principales vallées situées en amont de Saint-Paul-sur-Ubaye.
Ma première, celle du Riou Mounal, plus communément identifiable comme le versant sud du Col de Vars entre ce col ouvert et dégagé toute l’année et Saint-Paul-sur-Ubaye, offre des départs élevés associés à des orientations froides gages d’un enneigement tour à tour précoce puis tardif, des pentes modérées et des dénivelées modestes, qui ont d’ailleurs érigé le Vallon du Crachet en grande classique locale, l’une des rares courses de l’Ubaye où tracer est une exception plus que la règle… On y skie donc dans de grandes combes ouvertes de part et d’autre du sommet de… La Grande Combe, celle dite du Crachet concentrant les pratiquant.e.s, la fréquentation se réduisant dans celles situées plus au sud.
La seconde vallée, celle de la Haute Ubaye par elle-même, déroule sa départementale jusqu’au hameau de Maljasset, puis le bitume devient sentier le long de la rivière jusqu’à sa source à la frontière italienne, pour au total trente kilomètres (!) de rare wilderness de part et d’autre du fond de vallée. Des versants raides, rocheux au sud, par endroits glaciaires au nord sous les Aiguilles de Chambeyron, point culminant du massif à 3400 mètres et des brouettes (de cailloux branlants), comportent de nombreux vallons alternant avec les crêtes rocheuses, autant d’itinéraires à skis sinuant entre les parois de calcaire blanc, quartzite rouge ou marbre rose (et oui !).
Enfin, la vallée de Fouillouse, au-dessus du hameau éponyme, dessert le versant sud des Aiguilles de Chambeyron et leur Brec, flanqués du refuge éponyme, l’un des seuls du massif. On peut donc viser ici à la journée l’un des nombreux couloirs s’immisçant dans les grandes parois, ou envisager des raids de deux jours ou plus - pas forcément dans du raide.
Quoi qu’il en soit, profitez de ces morceaux d’Ubaye pour voyager dans le temps intemporel de ce bout d’Alpes du soleil resté à l’écart de l’industrialisation et de la touristification, à vous fabriquer des souvenirs qui résisteront mieux à l’oubli que la routine du temps domestique ou professionnel, votre madeleine de Proust à skis !

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3 février 2026 2 03 /02 /février /2026 18:56

Pas d'article(s) de mon cru dans le dernier numéro de Ski Rando Magazine numéro 63 du printemps 2026, pas de photo(s) de ski vue mer dans la Cordillère Cachée du Poudristan, mais un édito qui je l'espère ne me vaudra pas de taxe douanière :

https://www.skirandomag.com/numero63/

 

18 novembre 2025 2 18 /11 /novembre /2025 13:08

Un article sur le ski dans les Abruzzes paru dans le numéro 62 de décembre 2025 de Ski Rando Magazine, au menu canali sertis dans le calcaire blanc sous les skis la journée et cannellonni dans l’assiette dans les villages médiévaux le soir. En exclusivité à ma connaissance les topos des exceptionnelles courses dans les chaos dolomitiques des faces est du Prena et sud de l'Infornace, et en bonus la photo d’un éphèbe ([sic]) à moitié nu et dans une pose langoureuse en dernière page !
https://www.skirandomag.com/numero62/

https://www.skirandomag.com/les-couloirs-des-abruzzes/

les Abruzzes dans Ski Rando Magazine, canali et cannelloni
les Abruzzes dans Ski Rando Magazine, canali et cannelloni
les Abruzzes dans Ski Rando Magazine, canali et cannelloni
18 novembre 2025 2 18 /11 /novembre /2025 13:04

Ci-dessous le liminaire de l’article sur le ski en Haute-Ubaye paru dans le numéro 62 de décembre 2025 de Ski Rando Magazine :

https://www.skirandomag.com/numero62/

https://www.skirandomag.com/haute-ubaye-sur-les-3000-des-basses-alpes/

A vous qui préférez la poudre qu’on fait voler à la trafolée qui fait voler, la compagnie des chamois et autres quadrupèdes à celle des bipèdes en collectives de trente, à vous qui préférez partir de chalets en bois et lauzes plutôt que d’une barre de béton en studios all inclusive, à vous qui aimez le silence feutré du vent et de la neige, à vous qui aimez autant le ski carving dans les alpages que le ski sauting dans les couloirs, mettez le cap sur la Haute Ubaye, ce massif blotti dans un (re)coin des Alpes du Sud, à l’écart des grand flux touristiques et des stations de ski tentaculaires. Ici vous jouirez du (fatigant !) privilège de déflorer les cinquante cm du dernier retour d’est, loin des classiques des Aravis ou de Belledonne zébrées plus vite que ne tombent les flocons.
Ici, aux confins orientaux des Alpes de Haute-Provence, vous vous fondrez dans une montagne par endroits intemporelle, encore en séculaires hameaux de bois et de pierre, parmi patrimoine religieux, sous la forme d’églises classées du onzième siècle (celle de Maurin juste en aval de Maljasset par exemple), ou séculier sous la forme de forts ou batteries militaires du dix-neuvième, éparpillés à quelques kilomètres de la frontière italienne. Dans ces « Basses Alpes », ancienne appellation du département jusqu’en 1970, vous ne cocherez certes pas les ou plutôt LE (son antécime ouest a une prominence plutôt limitée…) 4000 du département voisin des « Hautes Alpes » juste au nord ; les glaciers se limiteront à des reliques (parmi les plus méridionales des Alpes tout de même) en versant nord des Aiguilles de Chambeyron, qui plus est en voie de transformation en glacier rocheux, mais vous profiterez d’une ambiance pré-méditerranéenne autour du culmen de la Haute-Provence : grandes pinèdes sous un ciel immuablement bleu par ces flux de nord-ouest qui enchaînent si souvent les skieurs savoyards sur leur canapé.
[…]

la Haute-Ubaye dans Ski Rando Magazine, sur les 3000 des Basses-Alpes
la Haute-Ubaye dans Ski Rando Magazine, sur les 3000 des Basses-Alpes
la Haute-Ubaye dans Ski Rando Magazine, sur les 3000 des Basses-Alpes
18 novembre 2025 2 18 /11 /novembre /2025 13:01

Parution aux Editions du Chemin des Crêtes de la troisième édition du guide des "plus belles falaises de France", avec une petite contribution photographique pour le Queyras et la voie "danse avec les loups", belle et atypique avec ses 300 mètres de dalle lisse et sa sortie sur une arête aérienne à plus de 3000 mètres.

https://www.chemindescretes.fr/escalade/89-escalade-en-france.html

 

escalade en France, les plus beaux sites, troisième édition
16 novembre 2025 7 16 /11 /novembre /2025 18:21

Ci-dessous le liminaire de l’article paru dans le numéro 61 de Ski Rando Magazine (donc sans les topos), un peu de prose ampoulée et pas drôle !

https://www.skirandomag.com/vercors-la-barriere-est-de-pas-en-pas/

Du Vercors on connaît son plateau, son relief karstique, ses grottes, aménagées pour le tourisme ou non, bref tous les attributs d’un massif calcaire de moyenne montagne qu’on imagine parcouru surtout de skieurs nordiques et de spéléologues. Et pourtant l’extrémité orientale de ce massif présente une barrière de falaises exposée vers le levant longue d’une… trentaine de kilomètres, et fendue d’innombrables couloirs qui débouchent sur des Pas au toponyme typiquement… vertacomicorien (vous voilà enrichi d’un nouveau mot en mesure de vous faire briller en société alpine !). Une ceinture de parois qui peut rappeler - dans une version XXL - celle de Chartreuse un peu plus au nord, mais ici sans les problématiques de terrain privé et d’interdictions d’accès promulguées par un marquis plus porté sur la chasse que sur le ski de randonnée…

On trouve donc à travers cette barrière est une concentration de couloirs skiables parmi la plus importante des Alpes, et ce à quelques dizaines de kilomètres tout au plus au sud de la métropole grenobloise. Entre les grands piliers de calcaire, qui se gravissent par des grandes voies d’escalade justement classiques, se nichent donc de nombreuses « couennes » en ski de rando, des couloirs généralement courts qui peuvent se parcourir à la demi-journée, tous différents par leur ampleur et leur inclinaison, mais semblables par leur orientation générale à l’est et leur faible altitude, qui réserve leur parcours à l’hiver. On ne sera donc pas surpris d’y croiser des ingénieurs de la tech grenobloise en goguette en after ou plutôt before work.

Plutôt le matin, car seuls les lève-tôt partis avant l’aurore profiteront dans ces versants est des couleurs de l’aube, des grandes parois sommitales qui rosissent, puis de l’éclairage qui descend peu à peu lécher les sapinières, s’immiscer entre les branches jusqu’à atteindre vos lunettes de soleil. Ces délicats jeux de lumière vous feront sans doute sacrifier vos velléités de battre votre record de vitesse verticale, mieux vaut garder de belles images sur le capteur et dans le cervelet que de l’acide lactique dans les mollets…

Toutes ces courses gardent la même typologie : départ sur des pistes à travers champs puis forêts ; dès la tree line franchie on profite de terrains plus ouverts sous la forme de grandes pentes puis de couloirs, la difficulté consistant donc à s’orienter sans visibilité dans la forêt, votre salut pouvant se trouver dans votre application de géolocalisation, les traces de vos prédécesseurs… ou votre bonne vieille boussole. Vous trouverez dans la partie supérieure des itinéraires un terrain de jeux plus alpin que l’altitude généralement inférieure à 2000 mètres pourrait le laisser penser, des couloirs souvent tortueux et étroits entre de hautes parois de rocher gris. Dans ce crescendo de pentes aux allures dolomitiques, de difficulté et de beauté, des champs et pistes forestières du bas aux étroits couloirs enserrés entre les parois calcaires du haut, « qui va piano va sano » : n’oubliez pas de garder du souffle en haut de la montée pour mieux l’avoir coupé par la beauté des couloirs !

Je vais donc décrire ici une sélection de couloirs fichés dans cette barrière est, parmi ceux que j’ai déjà eu la chance de parcourir, du sud vers le nord, des Rochers du Parquet aux Arêtes du Gerbier, une sélection très loin de l’exhaustivité vu la générosité est-vertacomicorienne en matière de couloirs. Cet échantillon se limite à des courses de niveau 4.X, des couloirs donc low cost, pas trop raides (jamais plus de 45°, et encore sur de courtes portions), pas trop longs, d’approche rapide, sans excès d’adrénaline et d’acide lactique, mais pas low quality, des couloirs tous « faciles » mais éminemment esthétiques. A savoir que certains des couloirs de la barrière est n’ont été skiés pour la première fois que fort récemment, que peut-être d’autres attendent encore de l’être, comme quoi la proximité de la capitale des Alpes n’interdit pas de laisser planer en ces lieux un petit parfum d’aventure.

2 octobre 2025 4 02 /10 /octobre /2025 09:55

Ci-dessous le texte (sans les topos...) de l'article "croisière dorée dans le Mercantour", ou les raids à ski de randonnée autour des lacs de Rabuons et de Vens en Haute-Tinée, paru dans le numéro 60 de Ski Rando Magazine :

Croisière dorée dans le Mercantour

Près de la Côte d’Azur et de sa faune fortunée et m’as-tu vu, des palais surdimensionnés de bord de mer, des V12 biturbo débridé jantes diamant, se trouvent une montagne restée à l’état sauvage, une faune plus farouche, de modestes abris blottis au bord des lacs d’altitude et le glissement des carres sur la neige en guide de crissements de pneus. Vous ne pouvez pas frimer en Ferrari (que vous n’avez pas encore) les cheveux au vent (que vous n’avez bientôt plus) sur les routes de la French Riviera, mais vous pouvez rejoindre ici en peaux une résidence secondaire au bord de l’eau, vue lac, puis, plus haut, votre Clapier, vue mer ! Plutôt que de dépenser son livret A en croisière sur la Côte, mieux vaut se dépenser à skis sur les côtes du nord du Mercantour, en croisière de lac en lac, en navigation la journée dans les combes et couloirs, en escale le soir dans les ports refuges de bord de lac, le tout sous le granite doré par le lichen caractéristique du massif.
Les cartes donnent à rêver dans ces montagnes de la Haute-Tinée d’innombrables vallons suspendus, cirques glaciaires et lacs d’altitude sertis de refuges, le tout sous des sommets titillant les 3000 mètres, loin des métropoles maralpines et de leurs stations de ski. Mais l’accès depuis la vallée de la Tinée s’avère bien ingrat de par des points de départ bas en fond de vallée et la remontée d’adrets raides et vite déneigés - s’ils daignent même s’enneiger, le tout garantissant un portage long et rendu encore plus pénible par le poids d’un sac de raid. Heureusement, votre salut de skieur et non pas de sherpa skis sur le dos se trouve de l’autre côté de la frontière italienne, là où de longs vallons exposés au nord permettent de profiter d’un enneigement plus conséquent et d’un portage restreint voire absent. Cet accès certes détourné mais commode permet de profiter d’une tranquillité seulement troublée par quelques inconscient.e.s qui ont osé braver la frontière, de vallons plus riches en quadrupèdes qu’en bipèdes, et de refuges … infiniment moins fréquentés qu’en été. Ceux de de Vens et de Rabuons, posés sur les rives des lacs éponymes, constituent autant de camps de base ou d’étapes facilitant la logistique pour des combinaisons à imaginer sur la carte, dont vous trouverez quelques échantillons en fin de cet article.

Dans un monde où l’effort physique devient plus l’exception que la règle, relier ces abris à la seule force de vos mollets permet de renouer avec son corps et de pleinement savourer cet effort choisi, consenti et même librement recherché, qui récompense tant les sens : la splendeur austère et virginale de la montagne hivernale, la glisse sur un substrat soyeux et pulvérulent et la paix fusionnelle ressentie dans cette nature pour une fois non anthropisée. En ville les trottinettes électriques vous épargnent la corvée de marche ;  en montagne les télé-bidules vous propulsent vous et vos skis en une poignée de minutes là où il en fallait auparavant plusieurs centaines ; au volant les boîtes automatiques et caméras de recul vous soulagent le bras droit et le cou ; à la maison les réseaux sociaux vous permettent de socialiser sans vous déplacer, et de vous rallier à un avis sans réfléchir ;  la domotique vous épargnera bientôt la lourde ([sic]) gestion de la maison, et bientôt l’Intelligence Artificielle pourra étendre au cerveau ce qui a déjà été mis en place pour nos muscles : du repos et du remplacement déshumanisant par la machine… Dommage pour le sentiment d’accomplissement qui va avec l’effort productif consenti mais pas le clic sur un clavier, mais il est encore temps de résister à ce nouveau monde déshumanisant façon « Wall-E » et à cette technologie envahissante façon dystopie : direction les chemins de traverse du ski de randonnée sur la rive gauche de la Haute-Tinée, où il vous faudra (encore) faire couler l’acide lactique dans vos jambes, faute de remontée mécanique ou de skis à propulsion électrique.
Vous pourrez ici jouer au ringard réactionnaire et vous retirer quelques jours hors de la civilisation, vous nourrir de soupes en poudre et de pâtes à cuisson rapide, mais surtout d'aubes et de crépuscules, de lacs aux rivages de neige fracturés de crevasses, de couloirs qui fendent les falaises de gneiss dorées de lichen, de bouquetins et chamois qui vous regardent de haut, de sommets qui flamboient au crépuscule pour laisser la scène à la voie lactée, au temps du skieur seulement rythmé par le soleil, la lumière et les températures.

C’est en avril 2017 que j’ai pu (enfin) poser mes skis sur ces sommets retirés de Haute-Tinée, après un guet nivo-météorologique de plusieurs saisons rendu nécessaire par la sécheresse de ce massif en l’absence de retour d’est. Durant cet hiver majoritairement anticyclonique et très sec sur la plupart des massifs alpins, c’est vers la frontière italienne qu’il faut (se re)tourner ses skis, et c’est donc tout naturellement que nous commençons la remontée du vallon de Forneris un samedi matin depuis le village de Primavera, situé à un peu plus de 1500 m une dizaine de kilomètres sous le col de Larche (appelé della Maddalena sitôt la frontière passée) côté italien. C’est une vallée peu inclinée et donc longue comme un jour sans pastas, mais qui permet avec des mollets d’Acier de rejoindre le Col du Fer, porte d’entrée frontalière et septentrionale vers les bassins supérieures des lacs de Vens, mais aussi de Ténibre ou de Rabuons… les citer tous ici vous donnerait la migraine ! Les Aiguilles de Tortisse permettent une belle escale avant la descente vers le refuge de Vens, avec leurs monolithes et arche de cargneule qui décorent l’alpage, des chicots de roche jaune et grise qu’il vaut mieux effleurer à skis que grimper à pieds. On peut ensuite rejoindre le refuge de Vens et, bardé de quelques kilos en moins - si l’envie s’en fait encore ressentir - partir léger mais un peu moins frais vers l’un des sommets ou des couloirs qui dominent le lac de Vens. Le couloir nord-ouest de la Cîme de Fourchas constitue l’un des objectifs envisageables à la demi-journée ou même au quart-de-journée : après seulement une petite heure de montée on se retrouve en haut d’une pente raide de 400 mètres de haut, dont la partie médiane encaissée entre des monolithes de gneiss couvert de lichens dorés offre une très belle ambiance. On retournera donc au refuge la tête pleine de belles images… et les tympans bientôt saturés d’accents chantants avec la surprise d’y trouver un groupe de … 25 ([sic]) skieurs du Club Alpin Italien !
Le lendemain, la foule du refuge sera oubliée sitôt sa porte fermée, et on retrouvera avec plaisir notre bulle solitaire de pensées dans la montée à la brèche Borgonio. Vu l’heure matinale, c’est une neige encore dure qui nous attend dans la descente vers les lacs de Ténibre, autres représentants de la constellation de lacs de haute altitude de la Haute Tinée. Le parcours en montagnes russes made in Italy se poursuivra dans la montée au Pas de la Lauze, toujours sans la moindre trace et la moindre rencontre, si ce n’est celle de la poudreuse vierge du versant nord. Il faut abuser des bonnes choses, et on agrémentera donc le parcours d’un aller-retour opportuniste dans un couloir nord situé sous le rocher de Vallonda, bonne pioche avec là encore de la poudreuse d’hiver presqu’incongrue par les températures pré-estivales. La suite de la descente dans le beau et long vallon supérieur de Ponte Bernardo se fera, sans transition croûtée ou cartonnée, dans une bonne neige de printemps et sur une légère couche de pollenta, doucement cuite en surface par le cuistot qui brille déjà haut dans le ciel. Tellement haut et chaud que la dernière remontée au col de Stau et ses 600 m de dénivelée se feront dans une neige pourrie jusqu’au sol, pas mieux pour la descente versant nord dans la combe du Pilone, passée à creuser des tranchées aussitôt noyées dans un substrat déliquescent et collant !
Au final et malgré cette dernière descente trop tardive, un beau week-end de sauvagitude entre lacs d’altitude et aiguilles de gneiss dorées de lichens, couloirs rocheux et larges cirques ensoleillés, un coin encore confidentiel où la trace reste à faire après une semaine de beau temps, et où l’on croise effectivement plus de quadrupèdes à cornes que de bipèdes à skis !

L’exploration de ces terra presque incognita du ski de randonnée se poursuivra dans le magnifique cirque de Rabuons en février 2020, avec des conditions nivo-météorologiques rappelant plus une fin de printemps qu’un cœur d’hiver. On skiera donc de la moquette à poils plus ou moins longs, parfois en tee-shirt, au-dessus de lacs en début de débâcle, du ski de printemps avant l’heure, mais tant mieux car, sans que nous ne le sachions encore, un virus venu de Chine et des laissez-passer limités à un rayon de 1 km nous empêcheront bientôt de profiter de la fin de saison… Comme trois ans plus tôt, l’accès au refuge se fera depuis le versant italien, loin en voiture, long à skis, mais qui a le mérite de proposer un parcours continûment enneigé, bien plus que le raide adret français sec jusqu’à près de 2500 mètres. 
Le refuge d'hiver de Rabuons s'avèrera bien confortable dans une ambiance sauvage (seulement 2 autres randonneurs le premier soir), mais douce (merci le poêle) voire douillette (duvets superflus pour qui n’est pas trop frileux). C’est un refuge qui date de plus d’un siècle, bien confortable pour autant avec ses panneaux solaires et son éclairage, un port d’escale bucolique au bord du lac éponyme, panoramique et bien positionné entre Corborant et Ténibre.
Malgré un enneigement pauvre et vieux (datant pour la presque totalité de novembre...) et des versants nord où le vent a remplacé la neige par de la pierraille, on fera du bon ski au soleil, loin des crêtes déneigées, entre 10h et 14h d'est en ouest ; la moquette vient à point à qui sait attendre… On skiera notamment de très belles lignes inconnues des topos papier ou digitaux : deux couloirs presque parallèles situés en face sud-est de la Tête de Lusernier, repérés depuis le pas d’Ischiator et qui tiendront toutes leurs promesses : des traits de neige dans les parois de gneiss compact hérissées de gendarmes qui offrent une magnifique ambiance entre rocher coloré d’or, lacs gelés sous les crampons et mer de nuages au-dessus de la Méditerranée visible au loin. Des couloirs assez raides pour être dotés de la belle ambiance rocheuse qui fait leur intérêt, mais pas trop pour ne pas transformer votre belle godille de magazine en un disgracieux dérapage les jambes saturées d’acide lactique et la tête d’adrénaline.

Comme digressé en préambule, il est toujours temps d’utiliser les jambes, bras et muscles dont la nature vous a dotés ,et non pas seulement l’index de clic auquel la modernité nous réduit, mais nul besoin pour autant de grimacer de peur et de douleur dans l’effort physique dévoyé par la course à la performance !

croisière dorée dans le Mercantour, le blabla intégral
2 octobre 2025 4 02 /10 /octobre /2025 09:50
14 mars 2025 5 14 /03 /mars /2025 19:16

Un article sur les raids à skis autour des lacs de Rabuons et de Vens en Haute-Tinée, dans le numéro 60 de Ski Rando Magazine :

https://www.skirandomag.com/numero60/

 

croisière dorée dans le Mercantour, l'article

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