AGORAMANIA : des grands espaces de Provence à la wilderness d'ailleurs
Des +6400 m de Bolivie aux -400 m de Jordanie, des monastères perchés des Météores aux églises troglodytes d'Abyssinie, des mosquées d'Ispahan aux dômes nervurés de Samarcande, du sable blanc du Nouveau-Mexique aux pitons gréseux du Hoggar...
Pas d'article(s) de mon cru dans le dernier numéro de Ski Rando Magazine numéro 63 du printemps 2026, pas de photo(s) de ski vue mer dans la Cordillère Cachée du Poudristan, mais un édito qui je l'espère ne me vaudra pas de taxe douanière :
Itinéraire : Chasse - les Sagnes - Mourre de Simance par son arête est - combe est à la cote 2150 - crête de Vachière - combe est - Chasse
Sommet : 2500 m
Dénivelée :1400 m (1400-1500-1450-2100-2050-2500-2150-2350-1400)
Difficulté : 3.1
Dernière journée de cette virée dans le Haut-Verdon, cette fois sur un sommet plus élevé et raide, le Mourre de Simance, qui s’atteint par une randonnée assez longue mais variée et panoramique : depuis le joli hameau de montagne de Chasse se succèdent piste forestière, mélézin rarement enneigé, longue arête peu inclinée prémunissant des risques de plaques, puis croupe sommitale. On rejoint ainsi le sommet et sa vue panoramique du Ventoux à l’Argentera en passant par la Méditerranée jaunie par le soleil bien visible au sud sous les entrées maritimes.
La descente se fera sur de la poudreuse assez délectable pour qu’on en réclame une double portion et décide de remonter sur la crête de Vachière, une neige qui s’alourdira un peu sous le soleil et le redoux relatif du jour sous 2000 m au sud et 1500 m au nord. On en viendra à titiller prudemment des pentes au-delà du seuil fatidique à 30 degrés des avalanches, sans rencontrer le moindre signe d’instabilité, une absence de fissuration et de bruit suspect qui peut laisser penser à un début de stabilisation du manteau, en tout cas en versant est.
Une belle journée de montagne malheureusement rare en ce début 2026 et sa succession presqu’ininterrompue de flux perturbés de sud, vivement le retour durable de l’anticyclone pour profiter d’un enneigement pas vu depuis longtemps sur les Préalpes dignoises.
départ de Chasse
dans le mélézin au-dessus des Sagnes
sur l'arête est
du sommet, vues vers la Sainte-Baume
vers les ravins face ouest de Chanabaja
vers la pyramide de la Frema
vers la Méditerranée qui brille au sud
descente versant sud-est
remontée versant est
descente versant est de la crête de Vachière
dans la forêt parfois dense, arrivée au hameau de Chasse
Itinéraire : refuge de la Cantonnière - cabanes de Sanguinière - Col de la Roche Trouée (demi-tour à la cote 2550)
Sommet : 2550 m
Dénivelée : 650 m (1900-2550-1900)
Difficulté : 1.3
Découverte du versant sud du Col de la Cayolle, avec une randonnée vers le Col de la Roche Trouée finalement non atteint, demi-tour étant fait une cinquantaine de mètres sous le col, sur suspicion de plaques. Sous une météo ensoleillée inespérée le matin, on profitera plus que du ski d’une ambiance hivernale malheureusement de plus en plus rare : mélézin repeint de blanc jusque sur les troncs verticaux, scintillant sous le soleil filtrant à travers les branches ployant sous la fraîche, micro-reliefs, souches, rochers… métamorphosés en douces rondeurs par les 60 à 80 cm de poudreuse déposée quelques jours avant et préservée par le froid, torrents encore non enfouis déroulant leur sinuosité, un paysage virginal qui fera oublier une descente finalement presqu’aussi longue que la montée où les bâtons serviront plus… à pousser qu’à tourner !
les Aiguilles de Pélens et le Cayras
montée dans la forêt enchantée au-dessus des cabanes de Sanguinière
la crête dolomitique autour du Col de la Roche Trouée
à la descente (peu skiante, encore moins eu égard à la poudreuse épaisse du jour)
Itinéraire : Peyresq - Courradour -descente versant nord jusqu'à 1950 - Courradour - descente versant ouest jusqu'à 1900 - Courradour - Peyresq
Sommet : 2150 m
Dénivelée : 1000 m (1500-2150-1950-2150-1900-2150-1500)
Difficulté : 2.1
Première journée d’une virée en ski de randonnée dans le Val d’Allos, bien servi par les dernières chutes de neige, sauvage et à l’écart des gros flux routiers de retour du week-end, ce qui permet d’échapper aux traditionnels bouchons de la vallée de la Durance du dimanche soir…
On commencera par cette classique du versant ouest du Courradour au départ de Peyresq, une randonnée courte dans une forêt de plus en plus clairsemée, des pentes douces et panoramiques bien adaptées au fort risque d’avalanches du jour. La neige déjà croûtée par le soleil se fera meilleure sur la partie finale du versant ouest, mais le versant nord offrira encore de la neige froide… et épaisse, avec par endroits près de 80 cm de poudreuse en début de tassement, dans l’ambiance féérique de la forêt blanche où les rayons du soleil viennent illuminer les troncs et branches plâtrés de fraîche.
La dernière descente sur la croûte en cours de regel du bas du versant ouest s’avérera moins plaisante sur les skis mais beaucoup plus pour les yeux sous les lumières pré-crépusculaires !
en bas du versant ouest
première descente versant nord
remontée versant nord
vues du sommet vers les sommets et mélèzes du massif du Grand Coyer
Parcours d’une grande voie située sur un secteur oublié des topos, juste au nord des grandes dalles lisses de Rumpe Cuou beaucoup plus spitées. La voie, dont le départ s’atteint par 4 rappels, tire profit au mieux d’une falaise discontinue coupée de nombreuses et grandes vires, mais offre de beaux passages d’escalade sur un rocher varié et coloré, du calcaire blanc et rond de la première longueur à la dalle cristallisée colorée de filons d’aragonite rouge de L4. Un beau cadre, face au Riou dans un secteur parmi les plus sauvages des calanques, une belle géologie donc avec également une aiguille décollée insolite au départ de L2, un équipement irréprochable serré dans le « dur », une escalade peu soutenue et facile variée en dièdre, dalle, petit dévers, traversée… des relais tous grand confort sur de larges vires voire terrasses, et ce jour un soleil et une douceur particulièrement apprécié.e.s dans cet hiver gris et humide, du bonheur de grimper en tee-shirt et de se réchauffer « le cuou » dans une séquence de mauvais temps particulièrement longue en ce mois de janvier !
dans les avant-dernier et dernier rappels
L1, superbe sur rocher blanc et plaquages d'aragonitevrouge au-dessus du bleu
Couennes au mur sud-est de Baume Canouille à Vitrolles
Voies sans nom, 5a
"vertigineuse ruse", 5b+
"fissure en 6a"
Courte session de couennes à Vitrolles avant la pluie et les courses à Baume Canouille, cette fois sur le secteur du mur sud-est, juste à l’est de celui du Banc déjà découvert. Rien d’exceptionnel cette fois dans ces quelques lignes d’une quinzaine de mètres de hauteur au plus et sur un calcaire peu adhérent qui n’a pas la beauté concrétionnée de celui du Banc, mais une occasion de se dégourdir un peu les bras avant la pluie quotidienne de cet hiver plus breton que provençal…
Voies "bienvenue à l'Oule", 3 longueurs, terrain d'aventures, 5c max
5a/5c/5a
"la Poco", 2 longueurs, terrain d'aventures, 6a max
5c dans la variante faite/6a (soutenu et athlétique)
Journée de petites grandes voies en terrain d’aventures, d’abord dans la calanque de l’Oule puis au-dessus de celle d’En Vau. La première « bienvenue à l’Oule » remonte une ligne parallèle à celle de « jet lag » 3 ans plus tôt, et offre une ambiance et un style d’escalade proches : une cheminée profonde voire presque spéléo suspendue au-dessus de la mer, au calcaire blanc et ocre coloré de filons d’aragonite, et de l’escalade - à protéger intégralement sur friends et sangles - en oppositions et ramonage pour les sections finales les plus étroites. Une très belle voie quoiqu’un peu courte, et un échauffement judicieux avant la voie beaucoup plus délicate de « la poco » sur la route de retour à la Gardiole.
Ses deux longueurs remontent un bastion rocheux bien visible à l’est du chemin d’accès à En Vau – « la paroi marron », et la seconde offre une escalade très soutenue, raide et aérienne dans une belle cheminée parfois en aragonite fragile, des sections lisses imposant même des oppositions délicates. Bref encore une belle voie, avec en seconde longueur un 6a mémorable par sa continuité et son ambiance gazeuse malgré la faible hauteur, avant un rappel de descente récemment installé qui dépose pile au départ de la voie avec deux brins de 50 mètres (et pas moins…). Au final, comme toujours dans le secteur, une journée éclectique entre VTT, randonnée à pieds, rappels… et cheminées profondes à remonter sur coinceurs !
à l'approche, vue sur les falaises de l'Oule et de Castelvieil
L1 sur rocher cristallisé et coloré
L2 en cheminée à écarts puis renfougne
le traçé de "la Poco" et son rappel direct de descente
L1 de la Poco, ne pas traverser trop à droite (rocher fragile et tirage) mais plutôt remonter droit
la superbe cheminée raide, soutenue et délicate (aragonite fragile) de L2
Voies "dièdre jaune", 2 longueurs, équipé, 6a+ max
6a+/6a
"les tours", 2 longueurs, équipé, 6a max
6a ( 1 pas)/5c+
Demi-journée passée sur les grandes couennes ou petites grandes voies du socle de la Candelle, en face sud de l’aiguille éponyme. Le mistral s’avèrera tout de même sensible sur cette face ouverte vers le large, surtout sur la voie du dièdre jaune située sur un éperon, une voie qui plus est soutenue dans sa première longueur en 6a+. La seconde longueur plus commode offre une très belle escalade en dièdre à crépi (pas spécialement jaune !) avant un pas de traversée aérienne esthétique puis un final plus facile.
La voie des tours, non prolongée ce jour en L3 par « nid d’aigle » - avec notamment des contraintes horaires – rappelle quant à elle beaucoup à l’Oule ou au Cancéou avec ses cheminées profondes sculptées dans un calcaire chipseux tout en rondeurs, une escalade à la fois athlétique et à placements bien plaisante comparée aux gouttes d’eau douloureuses pour les pieds et les orteils… La seconde longueur moins athlétique n’est pas forcément plus facile pour la cotation dans une cheminée malcommode et patinée qui exige de bons placements pour valoriser les rares prises. Au final une courte mais très jolie voie atypique, de l’ambiance Oule à moindre marche d’approche et difficulté, mais une ligne soutenue à l’équipement espacé qui demandera malgré tout de la marge dans le niveau.
Une année un peu plus locale que la précédente, et d'ailleurs exclusivement européenne en ce qui concerne les voyages personnels, avec notamment, après un mémorable pont de poudreuse début février en Ubaye
une virée vers les neiges froides et les sources chaudes de la botte italienne en mars
puis une saison chaude dominée comme toujours par les sports d'eau, avec des plongées apnée, du kayak de mer et de nombreux canyons, en Provence, Catalogne (avec au passage un superbe dôme de sel) et Grèce autour du Golfe du Péloponnèse
l'occasion de retrouver les copings des lieux, communs ou plus rares, des seiches aux salamandres ou araignées de mer
avant de nombreux voyages automnaux, "professionnello-personnels" : des baleines... et gélinotte du Québec aux cerfs des Abruzzes
ou personnels vers les falaises maritimes, canyons souterrains et grottes marines de Sardaigne
puis une toute fin d'année passée dans les canyons secs, sources chaudes et près des cratères de Sicile et des Eoliennes, en guise de feux de la Saint-Sylvestre !
Une semaine après le baroque sicilien des églises du centre historique de Palerme, changement de style avec les cathédrales arabo-normandes de Palerme mais aussi de Monreale. Celle de Palerme présente un superbe exemple de métissage entre les styles normand, arabe et byzantin et les époques baroque, gothique, néo-classique, alors que celle de Monreale vaut surtout pour son impressionnante collection de mosaïques du douzième siècle, une véritable bande dessinée dorée d’inspiration biblique. Une belle conclusion à ce quatrième voyage en Sicile, cette fois autant patrimonial que sportif.
la cathédrale de Palerme et son style arabo-normand métissé
les splendides mosaïques du douxième siècle de l'intérieur de la cathédrale de Monreale, la chapelle baroque