AGORAMANIA : des grands espaces de Provence à la wilderness d'ailleurs







Des +6400 m de Bolivie aux -400 m de Jordanie, des monastères perchés des Météores aux églises troglodytes d'Abyssinie, des mosquées d'Ispahan aux dômes nervurés de Samarcande, du sable blanc du Nouveau-Mexique aux pitons gréseux du Hoggar...
Quel effarement à l’annonce de ton accident de montagne et de ton décès !
J'ai connu Alexandre il y a une dizaine d'années, peu avant une magnifique expédition commune d'alpinisme au Kurdistan, que j’avais imaginée mais qu’il avait menée en tant que leader unique. Alex évoque foule d’autres bons souvenirs, une voie bédouine de 12 heures de crapahutage exposé dans le Wadi Rum avant le Kurdistan, les couloirs des Ala Dag Turcs à skis un an plus tard, une virée au fast-food à 23h, couverts de boue après 10 heures d’exploration de la grotte du Draïoun …, et plus récemment, après quelques années où l’on se sera presque perdus de vue, un Angouire partagé en mai 2021.
Alex était un modèle d'éclectisme : des études parmi les plus élitistes à une formidable polyvalence sportive, le tout avec un enthousiasme et une curiosité intellectuelle insatiables. Un touche-à-tout brillant dans tout ce qu’il entreprenait, boulimique de grands espaces… et d'espaces confinés sous terre, plus motivé par l’esthétisme et la curiosité que par la performance, toujours simple et facile à vivre, tout ce qui rendait si plaisant le temps passé avec lui.
Une vie beaucoup trop courte, mais quelle vie !
Le 22 octobre 2022
Courte virée avant la route du retour vers Alghero sur Cala Goloritze, la couleur caribéenne de ses eaux, son aiguille (encore non grimpée cette fois) et son arche marine parcourue par contre en masque et tuba, l’occasion d’admirer une étoile de mer pourpre encore jamais observée en snorkeling.
Le 21 octobre 2022
Après les itinéraires majeurs découverts les jours précédents en kayak de mer et escalade, place encore à un itinéraire de grande classe, la grotte de Su Palu qui se trouve dans le gigantesque système karstique de la Codula di Luna. On y trouve un réseau spéléologique de plusieurs dizaines de kilomètres de long, des galeries parfois gigantesques, des rivières et lacs souterrains dont la grotte de Su Palu offre un bon aperçu.
On la découvrira en aller-retour jusqu’au grand lac et au bivouac voisin appelé « El Alamein », guidés par Vittorio, un spéléologue sarde passionné qui a justement longuement exploré les réseaux du Supramonte. La grotte s’avérera plutôt commode et très bien balisée/équipée, des mains courantes en bon état et de nombreux catadioptres de couleur différente suivant le sens de trajet, partout où nécessaires. C’est bien la première descente en rappels sur plan incliné à étroitures et la voûte mouillante qui lui fait suite (5 mètres à ramper dans un ruisseau sous plafond bas, bouche dans l’eau mais pas le nez) - attention aux nez bouchés, sinon « Su Palo » [sic] - qui marqueront les esprits et les combinaisons spéléo, les cordes fixes, rappels puis remontées sur corde du contournement de la cascade ne présentant aucune difficulté particulière. Les galeries souvent fossiles deviennent plus actives lorsqu’on se rapproche puis atteint la rivière souterraine que l’on suit jusqu’au lac. Les concrétionnements se font donc de plus en plus riches jusqu’à la superbe section juste en amont du lac avec son festival de spéléothèmes, où l’on suit le ruisseau tout en se faufilant entre draperies, méduses et stala.x.tites, excentriques dans les recoins.
Merci à Vittorio, qui a à cœur de faire découvrir ses grottes avec enthousiasme, gentillesse, pédagogie et désintéressement !
le principal obstacle : la voûte mouillante peu après les rappels d'entrée et ses 5 mètres de ramping dans le ruisseau avec seulement le haut du visage en dehors de l'eau
Le 20 octobre 2022
Voie « Marinaio di Foresta » sur l’aiguille de Pedra Longa, 7 longueurs, équipé, 6b max
A mon sens 5c/5c/6a(1pas)/5a/6a+/5c+/5c
Suite de la découverte du golfe d’Orosei, après le kayak et avant la spéléologie, parcours de la grande voie la plus classique du coin, « Marinaio di Foresta » sur la belle aiguille décollée de Pedra Longa. Pedra Longuette plutôt ce jour, car sur cet itinéraire à juste titre réputé pour son cadre et son rocher, sans doute parmi les plus faciles et mieux équipés du massif du Supramonte, les cordées se succèdent sans interruption, pas forcément dans le niveau ad hoc, si bien que nous attendrons aujourd’hui près de 2 heures, au départ ou aux relais, avant de pouvoir sortir la voie ! Quoi qu’il en soit, c’est effectivement une très belle ligne qui tourne autour de l’aiguille détachée – un petit air de « sur les traces de Gaston » à l’Eissadon – sur un magnifique calcaire à gouttes d’eau abrasives (pas plus que sur beaucoup de voies des calanques) et au-dessus d’une mer aux couleurs chatoyantes, le tout dans des cotations homogènes dans le 5+, à l’exception de quelques mètres bien coriaces au départ de L5. Un incontournable de la grimpe dans le coin donc, dommage seulement qu’on ne puisse pas contourner les cordées qui bouchonnent !
Le 19 octobre 2022
Depuis le camp de base à Cala Gonone, exploration en kayak de mer de la côte du golfe d’Orosei jusqu’au sud de Cala Luna, en passant par la grotte littorale aménagée de Bue Marino. C’est superbe dès Cala Fuili dépassée, une succession ininterrompue de grottes marines concrétionnées - comme nulle part ailleurs en Méditerranée à ma connaissance - et de criques de sable fin, le tout avec des conditions idéales ce jour : mer d’huile et chaude (23°C), températures de l’air également encore chaudes mais sous le doux soleil d’octobre, fréquentation limitée dans une zone notoirement bondée de bateaux en saison estivale. On évolue donc d’arches marines en tunnels ornés de stalactites, des eaux bleu fluo des grottes marines aux eaux bleu turquoise des plages de sable blanc, encore un cadre et une destination de rêve pour du kayak de mer, reste à revenir en bateau à bras pour prolonger le cabotage d’une trentaine de kilomètres au sud jusqu’à Pedra Longa – d’ailleurs territoire d’élection de la grande voie du lendemain !
cabotage dans les nombreuses grottes et arches marines, leurs eaux luminescentes sur fond sableux de faible profondeur
Le 18 octobre 2022
Voie “the sound of silence, équipé, 5 longueurs, 5c max
5c/5c/5c/5b/5a (arrêt après L3)
Découverte du fameux calcaire de Surtana dans le massif du Supramonte au-dessus de la côte est de la Sardaigne. La voie « the sound of silence » permet de goûter à ce beau caillou sculpté comme rarement - avec par endroits une sorte de crépi aussi adhérent qu’abrasif - à moindres frais puisque la cotation ne dépasse pas 5c, certes souvent soutenu. Sans être exceptionnelle, la grimpe est jolie et variée, le cadre sauvage dans ce vallon encaissé uniquement ouvert sur des montagnes vierges de constructions, dommage seulement que nous ayons du faire demi-tour au sommet de L3 vu l’heure tardive !
Le 18 octobre 2022
Courte virée sur la plage de la Licciola située sur la côte nord face à la Corse, encore une nième plage de sable fin et d’eaux turquoise, avec en guise de nouveauté la rencontre d’une belle couleuvre verte et jaune qui s’adonne à l’activité préférentielle de ce milieu balnéaire : le farniente au soleil !
Le 17 octobre 2022
Excursion d’une journée sur les îles de la Maddalena et de Caprera (reliée à la première par un pont routier) au départ du port de Palau, un mini archipel connu pour ses plages caribéennes disséminées entre les blocs de granite, et ses eaux à la couleur azuréenne assurée par le sable granitique blanc. Mention spéciale pour la plage Testa Del Polpo, mais surtout pour l’île de Caprera, beaucoup plus sauvage que la Maddalena, ave sa côte est protégée par une réserve intégrale. La plage de Coticcio y représente l’archétype de la plage paradisiaque avec ses eaux couleurs En Vau dans une petite baie presque complètement fermée par des falaises de granite à tafonis, l’heure de marche d’approche la préservant (partiellement) de la sur-fréquentation.
Le 16 octobre 2022
Découverte de la presqu’île de Capo Testa à l’extrémité nord-ouest de la Sardaigne, une dizaine de kilomètres au sud de la Corse dont les falaises littorales blanches de Bonifacio sont bien visibles. Ces chaos de blocs de granite blanc en bord de mer composent un site d’autant plus superbe qu’il est resté sauvage, sans la moindre construction si ce n’est quelques cahutes de hippies cachés entre les rochers, une préservation que la rencontre impromptue d’une tortue d’Hermann ne fera d’ailleurs que confirmer !
Le caillou est rarement esthétique, tout en creux et en rondeurs, avec quelques monolithes plus biscornus comme le doigt penché de 10 mètres proche de Cala Francese - une invitation dure à refuser pour des grimpeurs – le tout au-dessus et autour de criques de sable blanc, un petit air de Seychelles à moindre bilan carbone !
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