AGORAMANIA : des grands espaces de Provence à la wilderness d'ailleurs
Des +6400 m de Bolivie aux -400 m de Jordanie, des monastères perchés des Météores aux églises troglodytes d'Abyssinie, des mosquées d'Ispahan aux dômes nervurés de Samarcande, du sable blanc du Nouveau-Mexique aux pitons gréseux du Hoggar...
Notre tentative sur la petite face nord de la Grande Casse début avril 2023 a mis en évidence une partie haute exposée entre des barres rocheuses, ce qui n'apparaissait pas dans les topos de cette course pourtant classique de la pente raide en Vanoise.
C'est que le recul glaciaire a fait récemment apparaître des bandes de rochers en haut de la partie occidentale de la face nord de la Grande Casse – celle dite de la « petite face nord », une évolution récente sans doute amplifiée par l’été 2022 et son bilan de masse glaciaire négatif record à l’échelle de toutes les Alpes. Le glacier a tout simplement intégralement fondu en haut de la petite face nord, laissant la place aux rochers… Une évolution encore plus inquiétante sachant que ce recul n’est pas celui de la zone d’ablation à cause d’une accumulation moindre dans la zone d'accumulation, mais le recul de la partie la plus haute de la zone d’accumulation par elle-même, en versant froid et raide à plus de 3500 mètres, là où la fonte estivale excède donc de facto l’accumulation du reste de l’année depuis de longues années (alors que cette zone devrait servir de « réservoir » de neige pour la partie basse du glacier…)
Les photos de la face nord prises depuis une cinquantaine d'années (merci encore à ceux qui me les ont envoyées), avec des angles proches et des recadrages visant à faciliter leur comparaison, montre le changement complet de physionomie de la face nord dans cet intervalle, le glacier s’étant aminci considérablement là où il n' a pas fondu, et ayant perdu tous ses séracs à l’exception du sommital (de gauche à droite et de haut en bas 1976 1990 2006 2010 2017 2022 - pour mémoire la face est haute de 700 à 800 m de dénivelée)
Après les photos de face, les photos à la verticale disponibles sur le site geoportail, en haut 1960 environ, en bas 2022, qui confirment la fonte du glacier côté ouest (petite face nord) et la disparition du sérac du bas.
Si par endroits le recul glaciaire rend possibles des descentes à skis qui ne l’étaient pas avant (glacier des Bœufs Rouges, glacier du Casset), il peut ailleurs les rendre plus difficiles voire impossibles… Dans le cas de la petite face nord de la Grande Casse, la barre exposée de début avril 2023 semble être presque recouverte fin avril, une descente à prévoir donc uniquement par ces conditions de fort enneigement en fin de saison...
La descente à skis du glacier ouest de Péclet à 7 ans d'intervalle (avril 2016 et avril 2023, avec des enneigements comparables corrects à assez bons à haute altitude en Vanoise) a permis de constater à quel point sa fonte avait été rapide, amplifiée par la saison 2022 catastrophique entre toutes pour les bilans glaciaires avec sa conjonction d'un hiver marqué par une sécheresse record et d'un été marqué par une canicule proche des records. Un glacier sans doute condamné à court terme (2030 ?) vu son exposition ouest et son altitude modérée (bassin d'accumulation à moins de 3500 m).
Les comparaisons de photos prises à (seulement) 7 ans d'intervalle semblent en effet mettre en évidence des pertes d’épaisseur de l’ordre de 20 à 30 mètres (par exemple au niveau des rochers mis à nu par le recul glaciaire), soit des pertes annuelles d’en moyenne 3 à 4 mètres, compatibles avec les bilans de masse établis sur le glacier de Gébroulaz voisin (mais mieux exposé au nord et plus protégé des vents en termes d’accumulations…) : https://www.vanoise-parcnational.fr/fr/actualites/evolution-du-glacier-de-gebroulaz-2022-annee-de-tous-les-records#:~:text=De%201995%20%C3%A0%202022%2C%20la,le%20graphe%20ci%2Dapr%C3%A8s).
vue d'ensemble : en haut le glacier en avril 2016, en bas en avril 2023
vue depuis le bas du glacier avec des perspectives très proches plus facilement comparables : en haut 2016, en bas 2023. On note l'amincissement du glacier, à la fois sur les séracs de gauche et au milieu/droite avec les rochers qui ont émergé en bas de la pente de neige et pointent de plus en plus en haut de celle-ci
de façon plus précise grâce aux photographies aériennes consultables sur geoportail, en haut 1960 environ, en bas sans doute 2022...
c'est pas mieux pour le glacier de Gébroulaz vu depuis le sommet de l'aiguille de Péclet, à gauche 2016 à droite 2023, avec ici encore une fonte marquée bien visible au niveau de l'éperon rocheux en haut
Itinéraire : lac du Borgne - col du Borgne - Plan des Mains
Sommet : 3050 m au col du Borgne
Dénivelée : 500 m à la montée (2550-3050-2150)
Difficulté : 2.2
Après avoir pu observer un renard sous le télésiège (et de nombreuses marmottes au cours de la semaine), retour sur le vallon, glacier et col du Borgne, pour y profiter sur leurs pentes douces de la poudreuse tombée la veille, ailleurs parfois soufflée et plaquée par le vent de sud-ouest modéré (avec même une petite avalanche sur piste ouverte ce jour). Jackpot dans 20 à 40 cm de poudreuse légère et protégée du vent, à traçer presqu’intégralement à la montée mais aussi à la descente, la sous-couche n’étant pas perceptible dans la première partie de la descente passée à rebondir…
Peut-être la dernière occasion en cette saison 2023 meilleure sur sa fin qu’en son cœur – mais finalement plutôt faste avec une trentaine de sorties dans souvent de bonnes à très bonnes conditions - de calligraskier le manteau de ses zébrures à la montée et sinusoïdes à la descente !
première descente en hors-piste versant ouest du Mont du Vallon
seconde descente en hors-piste versant ouest du Mont du Vallon
troisième (!) descente en hors-piste versant ouest du Mont du Vallon
montée en peaux au col du Borgne, 500 mètres en 55 mn avec un traçage physique dans 20 à 40 cm de poudreuse heureusement légère
calligraskie, descente magnifique dans une grande combe nord vierge et de la poudreuse souvent sans fond
avalanche sur piste ouverte ("Tête Ronde" sous le funitel de Péclet) ce jour : un cas d'école avec une petite plaque à vent sur un talus formée et déclenchée naturellement en versant nord-est avec le vent modéré de sud-ouest du jour. La chute de neige de la nuit de 15 à 20 cm à cette altitude a créé une plaque d'épaisseur 30 à 40 cm partie naturellement, épaisseur au dépôt sur la piste ouverte parfois supérieure à 1m60 (les pisteurs ont sondé)
le 22 avril : mais au-delà des avalanches, le ski de piste en avril ce sont aussi des pistes désertes au-dessus des beaux contrastes du printremps. Plutôt de bonnes conditions de ski cette semaine par rapport à l'année dernière, avec un isotherme 0°C évoluant vers 2500 m contre 3500 m un an plus tôt, et une belle chute de neige le jeudi, en contrepartie un ciel globalement plus mitigé
Itinéraire : sommet du télécabine "moraine" - col de Thorens - glacier de Chavière - aiguille de Péclet par son arête sud-est - glacier de Péclet face ouest - Val Thorens
Sommet : 3550 m à l'aiguille de Péclet
Dénivelée : 700 m de montée (2850-3550-2300)
Difficulté : 3.3
7 ans après un premier parcours en 2016, retour sur ce bel itinéraire glaciaire que l’on peut effectuer en boucle depuis le haut du télécabine « moraine » de Val Thorens, à la montée par le glacier de Chavière puis la face sud-est, à la descente par le glacier ouest et ses pentes soutenues entre les séracs. La boucle est restée superbe, variée et panoramique avec les points de vue du sommet de l’aiguille de Péclet, plongeants sur les crevasses du glacier de Gébroulaz et panoramiques sur l’arc alpin du Mont-Blanc aux Ecrins. Par contre l’environnement a bien changé en un septennat, environnement mécanique avec le télésiège du glacier de Péclet désormais fermé et même démantelé (la station de Val Thorens arguant du recul du glacier de Chavière et de la fonte du permafrost) – ce qui rajoute 300 mètres de montée aux randonnées à skis du coing - mais surtout environnement glaciaire avec une fonte marquée du glacier ouest de Péclet sur cet intervalle : http://deprovenceetdailleurs.net/2023/04/le-glacier-de-peclet-sa-fonte.html
montée sur le glacier de Chavière, un groupe vers les couloirs de l'Aiguille des Saint-Pères
au sommet (après une heure de montée hors pause cramponnage) et sa vue panoramique sur le glacier de Gébroulaz en contrebas, le Mont-Blanc ou les Ecrins
descente du glacier face ouest, méconnaissable et bien réduit seulement 7 ans après ma première descente
Itinéraire : lac du Borgne - col du Borgne - Plan des Mains
Sommet : 3050 m au col du Borgne
Dénivelée : 500 m à la montée (2550-3050-2150)
Difficulté : 2.2
Première montée au glacier du Borgne sous les éclaircies matinales, une classique du ski de randonnée au départ des remontées mécaniques de Méribel, dans une neige poudreuse parfois un poil croûtée qui sera bien meilleure 3 jours plus tard !
le 17 avril : hors-piste versant sud-ouest du Mont Vallon
le 18 avril : le col du Borgne par le glacier éponyme en aller-retour, montée des 500 m en 45 mn
A mi-route à destination de la Vanoise, pause balade dans le défilé de la Souloise au niveau de l’entrée nord du Dévoluy. On y parcourra une partie du canal de Pellafol, taillé dans la falaise à la fin du dix-neuvième siècle mais vite abandonné. Il en reste des sections en corniche dans la falaise et un long tunnel médian sous l’éboulis, le tout se prêtant parfaitement à une courte randonnée aérienne - malgré une section éboulée sur quelques mètres qui se franchit aisément.
Un itinéraire patrimonial insolite et esthétique donc, la corde n’étant pas nécessaire au contraire du casque, frontale (tunnel bas de plafond et long de plusieurs centaines de mètres) et d’une paire de bottes (sol couvert d’eau sur une hauteur de 5 à 20 cm dans le tunnel, guère surprenant pour un ancien canal) !
le canal creusé dans la falaise stratifiée du défilé de la Souloise
dans la partie amont à l'air libre, au début de la levada dévoluarde
le tunnel de 350 mètres et son début de concrétionnement
Voies "fallait pa_c que ça arrive", couenne, équipé, 6a
"nevermind", couenne, 5c
"pa_c in sun", couenne, 6a
"tous pa_csés", couenne, 5c
"palindrome vertical", 2 longueurs, équipé, 5b/5c
Découverte d’un secteur d’escalade, plutôt orienté couennes mais proposant également une courte grande voie de 2 longueurs, « le haut des walkyries ». 45 minutes de marche permettent de rejoindre cette falaise d’une trentaine de mètres de haut située en face sud en haut du cirque des walkyries, bien protégée du mistral et une superbe dans ce micro-Gavarnie des calanques avec ses strates de falaises en arc-de-cercle, au-dessus de la mer et dans une ambiance sauvage garantie par l’éloignement et la confidentialité de ces poignées de voies évoluant entre le 5c et le 6b. On ne verra pas d’ailleurs pas d’autre cordée de la journée !
Si le cadre est beau, la grimpe ne l’est pas moins sur des lignes bien équipées et soutenues dans leurs cotations, mention spéciale pour les voies "fallait pa_c que ça arrive" avec sa magnifique dalle blanche ciselée au-dessus du pas bloc ingrat du départ et la fissure technique en aragonite de "tous pa_csés".
le secteur et son cirque bien protégé du mistral, magnifique par son cadre et son rocher neuf et sculpté
asphodèle et iris sauvages
averse au large
dans ""nevermind", joli 5c soutenu
dans "pa_c in sun", très beau 6a varié et soutenu en dalle, traversée et écaille à Dulfer
dans "tous pa_csés", un 5c très soutenu toujours aussi beau, 30 mètres de fissures d'aragonite à ramonage, écarts et Dulfer...
Retour en Provence, son herbe déjà jaunie sous la pinède mais aussi ses asperges sauvages encore nombreuses malgré la sécheresse extrême de ce début d’année (avec un cumul de précipitations de l’ordre de 20 mm en trois mois et demi), de quoi rendre l’omelette plus goûteuse après la chasse aux œufs !
Itinéraire : sommet du télésiège du Génépi - chalets de la Glière - lac des Vaches - col de la Grande Casse - petite face nord jusqu'à la cote 3600 m (le haut de la face étant exposé suite au recul glaciaire) en aller-retour
Sommet : 3600 m
Difficulté : 4.3/5.1 pour les 500 m de face parcourue, départ à 45° sur 200 mètres puis 40° pour le bas
Dénivelée : 1600 m à la montée (2000-3600-1400)
Pour finir cette semaine de ski de randonnée on s’oriente vers l’une des courses-phares de la Vanoise, la Grande Casse – sommet du massif – par sa face nord, connue pour son pan glaciaire de 800 mètres de haut avec ses séracs suspendus. L’approche par le col de la Grande casse et son très beau vallon occidental encaissé entre la face nord-ouest de la Grande Casse et les aiguilles et pointes de la Glière et de l’Epena y donne accès en 2 heures de montée depuis le haut des remontées mécaniques de Pralognan-la-Vanoise.
L’ambiance change alors radicalement dans cette face haute de 800 mètres et large de plusieurs centaines de mètres, encore décorée de gros séracs. La partie dite de la « petite » face nord se situe à droite en montant et sort sur l’arête ouest de la Grande Casse, avec une ampleur et une raideur moindres que la partie orientale de la face.
La minute glaciologique
Le recul glaciaire a fait apparaître des rochers dans la partie haute de la face, rendant le début de la descente exposée au-dessus de barres rocheuses, une évolution récente sans doute amplifiée par l’été 2022 et son bilan de masse négatif record à l’échelle de tous les glaciers des Alpes. Il suffit par exemple de comparer des photos de l’été 2020 (avec donc un glacier en bien meilleur état que 3 ans plus tard) : https://www.vanoise-parcnational.fr/fr/actualites/le-glacier-suspendu-de-la-face-nord-de-la-grande-casse-sous-haute-surveillance (troisième photo)
avec de plus anciennes (sans doute vers 2005) : https://skitour.fr/topos/667 (première photo)
pour constater que le glacier a intégralement fondu en haut de la petite face nord, laissant la place aux rochers… Une évolution encore plus inquiétante sachant que ce recul n’est pas celui d’une zone d’ablation à cause d’une accumulation moindre dans la zone éponyme, mais le recul de la partie la plus haute de la zone d’accumulation, en versant froid et raide à plus de 3500 mètres, en théorie loin au-dessus de la ligne d'équilibre du glacier, là où pourtant la fonte estivale excède maintenant l’accumulation du reste de l’année depuis de longues années…
Une photo d’il y a presque 40 ans montre d’ailleurs le changement complet de physionomie de la face nord dans cet intervalle, le glacier s’étant aminci considérablement et ayant perdu tous ses séracs à l’exception du sommital : https://renardf.piwigo.com/picture?/4595/category/765-chasseforet_1984
Si par endroits le recul glaciaire rend possibles des descentes à skis qui ne l’étaient pas avant (glacier des Bœufs Rouges, glacier du Casset), il peut ailleurs les rendre plus difficiles voire impossibles…
Fin de l'aparté
On renoncera donc au début de descente à plus de 45° à louvoyer entre les barres rocheuses, pour chausser les skis à 3600 m, 100 mètres sous la crête sommitale. Comme souvent durant les jours précédents, la descente se fera en poudreuse, mais moins profonde que la veille et parfois légèrement croûtée par le vent, clôturant en tout cas cette belle semaine de grand ski, des conditions tardives d’hiver rarement rencontrées plus tôt dans cette même saison !
arrivée au col de la Grande Casse
en crampons sur l'escalier de 1500 marches
en skis dans la poudreuse près du glacier suspendu avec ses séracs
sous le col de la Grande Casse
sur la moraine latérale du Glacier de la Grande Casse, face à l'aiguille de la Vanoise
Itinéraire : sommet du télésiège du Génépi - chalets de la Glière - chalet des gardes - le Vallonnet - la Séchette - glacier sud de la Glière - col de la Glière - bas du glacier sud de la Glière - col inférieur du Tougne - le Vallonnet - chalet des gardes - chalets de la Glière - Pralognan-la-Vanoise
Sommet : 3150 m au col de la Glière
Difficulté : 3.3 pour le versant ouest du col inférieur du Tougne
Dénivelée : 1400 m (2000-2600-2550-3150-2850-3050-1400), mais physique en traçage dans 20 à 60 cm de poudreuse
Retour sur les versants sud au nord du col de la Vanoise, après une journée de pause imposée par les conditions météo du vendredi. Au final encore une sortie mémorable dans les paysages doux et immaculés d'un lendemain de chute de neige, avec des conditions de ski idéales au-dessus de 2800 m, de la poudreuse sans fond qui vole et brille à chaque rebond. On optimisera le parcours en revenant par le col inférieur du Tougne, ce qui permet d'échapper à la neige réchauffée plein sud du bas de la voie normale du col de la Glière. Les 200 mètres de remontée supplémentaire en peaux puis à pieds offriront un supplément de descente en poudreuse d'hiver versant ouest, là encore sur plus de 50 cm d’épaisseur, de quoi se noyer dans les volutes blanches face au lac de la Patinoire… Plus bas, lorsque la combe se tourne vers le sud-ouest, la neige se fera plus lourde, mais après 2 descentes vierges majeures par la qualité de leur neige et de leur cadre !
au replat du Vallonnet
sous le verrou du glacier sud de la Glière
traçage physique sur le glacier sud de la Glière jusqu'au col éponyme
poudreuse sans fond sur le glacier sud de la Glière
remontée versant est du col inférieur du Tougne
toujours de la grosse poudreuse versant ouest du col inférieur du Tougne
dans le canyon du ruisseau du Vallonnet sous le chalet des gardes