AGORAMANIA : des grands espaces de Provence à la wilderness d'ailleurs







Des +6400 m de Bolivie aux -400 m de Jordanie, des monastères perchés des Météores aux églises troglodytes d'Abyssinie, des mosquées d'Ispahan aux dômes nervurés de Samarcande, du sable blanc du Nouveau-Mexique aux pitons gréseux du Hoggar...
Le 17 décembre 2023
Itinéraire : la Chalp - le Coin - cabane de la Gardère - lac du Lauzon - col du Lauzon - col de Combe Laboye - ravin de Clapouse - le Coin - la Chalp
Sommet : 2600 m au col du Lauzon
Dénivelée : 1300 m (1700-1600-2600-2350-2550-1600-1700)
Difficulté : 2.3
Seconde journée de ce week-end avec camp de base à Arvieux autour du Pic du Jaillon. La montée par le vallon du torrent de Combe Bonne donne accès, une fois le verrou du Lac du Lauzon passé, à un très beau cirque de pentes douces sous une couronne de raides pentes neigeuses ou rocheuses. Le col de Combe Laboye constitue l’un des rares points de faiblesse et permet de rejoindre le ravin de Clapouse puis le valon de Furfande, pour au final encore une belle boucle panoramique et souvent en bonne neige, froide ou en cours de transformation. A noter autour du torrent de Champ Maison les nombreux stigmates des crues de début décembre.
Le 16 décembre 2023
Itinéraire : la Draye - ravin de l'Izoard - col d'Izoard - col Perdu - haut du Bois des Oules - Casse des Oules - col des Portes - Casse des Clausins - bergerie de Souliers - Pré Soubeyran - le Camp Catinat - la Chalp
Sommet : 2900 m au col des Portes
Dénivelée : 1600 m (1800-2350-2300-2500-2250-2900-1900-2100-1700)
Difficulté : 3.1
Retour dans les Alpes pour se venger d'un dimanche de croûte vitrifiée et profiter des dernières chutes de neige, peu abondantes (5 à 20 cm max) mais suffisantes pour cacher aux yeux des spatules la sous-couche dure. Le tour de Côte Belle au programme du jour permet un beau voyage dans la wilderness de ce coin sauvage en hiver en période de fermeture de la route du col d’Izoard, des tours de cargneule de la Casse Déserte aux vallonnements des Casses des Oules ou des Clausins, du ravin face sud du col d’Izoard au mélézin, en passant par les tours rocheuses aux allures dolomitiques de la crête sommitale de Côte Belle. On profitera d’une bonne neige froide à la descente du Col Perdu et de neiges plus variables ayant pris le vent et le soleil versant sud de Rochebrune, pour au final un long tour dans une solitude absolue dès le Col des Portes atteint, nonobstant les nombreux chamois croisés !
Le 10 décembre 2023
la "petite grande voie de la côte bleue", 3 longueurs, équipé, 6a max
5b/5a/6a
Toujours un plaisir de faire découvrir ce bel itinéraire et de le (re)parcourir... avant que les spits rouillés ne cassent !
Les photos de Guillaume à venir sur son site :
Le 10 décembre 2023
Itinéraire : Bois Méan aux Orres - le Tourreil - cabane du Lac - Montagne de l'Alpe de Verdun versant ouest - combe ouest de la Montagne de l'Alpe de Verdun - piste Grand Cabane - départ du télésiège de Pré Bois - Bois Méan
Sommet : 2700 m
Dénivelée : 1050 m (1650 - 2700 - 1650)
Difficulté : 2.3
Première sortie de ski de randonnée de la saison, dans l’un des nombreux vallons accessibles depuis la piste forestière de Bois Méan aux Orres. La poudreuse espérée ne sera malheureusement pas (directement) au rendez-vous, vu l’épisode (normalement incongru en plein hiver météorologique, mais fréquent depuis quelques années) de pluie de la nuit jusqu’à plus de 2500 mètres. Elle sera bien présente, mais sous une croûte créée par le regel de la couche humidifiée de surface, une croûte épaisse de plusieurs centimètres, à la consistance proche de la glace et très difficile à tracer aussi bien à la montée qu’à la descente. Il faudra donc creuser dans la partie basse du versant une tranchée dans la neige inconsistante recouverte de glace, les skis passant sous la couche vitrifiée, une bataille acharnée pour ressortir les skis à chaque pas….
Dommage car le beau temps doux, la combe ouest de la Montagne de l'Alpe de Verdun vierge de traces, le lièvre variable aperçu à quelques mètres et les belles lumières du soleil rasant du solstice joint aux mélèzes encore partiellement roux auraient sinon donné une très belle journée de ski inaugurale !
brise glace et tranchées à travers la croûte de glace versant ouest de la Montagne de l'Alpe de Verdun
Le 9 décembre 2023
Balade vers le Rocher du Moulon par le vallon du Pérussier, à la découverte de ce dôme de conglomérat isolé sur une côte calcaire blanche ou rouge. Le côté nord offre un pan déversant de 30 mètres de haut, remarquable pour ses lignes de deep water solo au-dessus de l’eau et ses forêts de gorgones de faible profondeur au-dessous, et le côté ouest moins incliné comprend un curieux petit bras de mer presque fermé, dominé par le poudingue découpé en anfractuosités et riche en fossiles. Décidément un beau coing de la côte bleue, à parcourir tant en randonnée qu’en plongée ou escalade…
Le 3 décembre 2023
Voies "l'Engouleven" et "la vie devant soi" sur la grande face du Monte Grosso au-dessus de Peillon
Voie "l'Engouleven", 4 longueurs, équipé, 6a+ max
5c/5c+/5c+/6a (1 pas)
Voie "la vie devant soi", 4 longueurs, équipé, 6a+ max
5c+/6a+/5a/5c
Découverte du site d’escalade du Monte Grosso, au-dessus du village perché de Peillon, un long ruban de falaises d’environ 80 mètres de hauteur. Une ampleur donc limitée, mais un calcaire rare par sa compacité, ses micro-reliefs : crépi, gouttes d’eau, mini cannelures, réglette, trous à doigts ou à mains, ses colonnes (!), un rocher abrasif mais aussi très adhérent.
L’approche se fait par un vallon sauvage et un antique sentier muletier, dans les couleurs d’automne qui commencent seulement à apparaître, face aux premiers rayons qui viennent illuminer ce calcaire aux teintes grises et orangées.
L’escalade est aussi belle que le caillou : des 2 voies parcourues «l’Engouleven » marquera le plus les mémoires avec notamment une troisième longueur exceptionnelle par son rocher et sa gestuelle, avec vue sur le beau village médiéval de Peillon perché sur son piton rocheux, alors que « la vie devant soi » pêche par une fin de voie décousue et une troisième longueur de transition végétale et ingrate.
Un retour s’impose donc sur ce calcaire d’anthologie, qui plus est très bien équipé !
Le 2 décembre 2023
Combinaison des voies "pour qui sonne le glas", "Super Malet", "Malet classique", sortie par vire aux oeufs
10 longueurs, équipement à compléter, 6a+ max
6a+/5c+/6a/5c/6a+/5c/5c+/4/5b/4a
Découverte du Baou de Saint-Jeannet, ce promontoire de calcaire qui domine la Côte d’Azur de ses 800 mètres, au-dessus du village médiéval éponyme, le plus vieux et principal site d’escalade maralpin. Sa face sud-ouest offre près de 250 mètres d’escalade sur une falaise certes coupée de vires et de végétation (souvent agréablement odorante comme souvent en Provence), mais dotée de belles sections comme les curieuses dalles stratifiées de la fin du premier tiers. La combinaison de voies du jour donne un itinéraire homogène dans le 5c/6a, parfois soutenu et engagé, un petit jeu de friends s’avérant à mon sens nécessaire. Le rocher demande souvent de l’attention, particulièrement au départ avec de gros blocs mal enchassés dans la terre humide, ou sur la bien-nommée vire aux œufs, ses gros blocs posés et ses arbres morts, attention à ce sur quoi l’on tire ! Je ferai d’ailleurs malencontreusement tomber un gros bloc à mi-voie, un itinéraire sans doute à éviter à plusieurs cordées…
Au final et contre toute attente de mon côté une belle journée d’escalade avec en bouquet final un magnifique panorama sommital pile au crépuscule !
Ci-dessous le texte - sans les topos - de l'article paru en septembre 2023 sur le ski de rando autour de Pralognan-la-Vanoise :
https://www.skirandomag.com/numero53
Tu es un.e junkie du ski mécanisé ? Un.e boulimique des télé-bidules qui te propulsent en quelques minutes en haut de la piste rouge des chamois de Super-Truc-les-Alpes pour la descendre à la chaîne ? Avec la fermeture des stations de ski, hauts lieux de transmission du covid dans leurs espaces plus fermés et bondés que les grandes surfaces, le funeste mois de mars 2020 t’a brutalement sevré. Tu cherches un moyen de ne pas reproduire ta crise de manque, si jamais les agents pathogènes venaient encore infester les barres de télésiège et perches de téléskis ?
Il est du ski envisageable sans pylône, le ski dit de randonnée, le meilleur traitement de substitution pour traiter ton addiction ! Par contre je ne vais pas te jeter directement en pâture aux ours blancs, panthères des neiges et autres gendarmes qui verbalisent à plus d’un kilomètre du domicile, mais te proposer plutôt un sevrage en douceur à… Pralognan-en-Vanoise, une station qui t’offrira encore une poignée de remontées mécaniques et des restes de civilisation : restaurants, bars… mais sans l’option dance floor à ciel ouvert sur plancher chauffant. Car au-delà des domaines skiables tentaculaires, Espace Killy et autres Paradiski qui ont fait fleurir les télésièges sur bon nombre d’alpages de Haute-Tarentaise, on trouve encore ici, dans cette frange ouest du parc national de la Vanoise, plus d’épicéas que de pylônes. Tu pourras commencer ta cure de désintoxication par le petit bip rassérénant du forfait en bas de la remontée, avant de coller tes scalps de pinnipède sous les skis pour partir dans la terra incognita hivernale, son silence pesant et sa solitude.
Trêve d’œcuménisme, Pralognan est situé au cœur de la Vanoise, au bout de la vallée des Doron, contre le versant ouest des Dômes de la Vanoise - dotés de ce qui reste toujours le plus gros appareil glaciaire du massif éponyme – et de la Grande Casse, point culminant du massif. Lorsqu’on pense Vanoise, on imagine des marmottes qui s’ébrouent sur une prairie du Parc National ou des skieurs qui s’ébattent sur une piste d’une station de Tarentaise, et Pralognan – Pralo pour les initié.e.s – réalise la synthèse de ces deux images mentales dissemblables, façon « en même temps » macronien.
Qu’on en juge : près géographiquement mais loin paysagèrement des usines à ski voisines et de leur urbanisme façon Sarcelles-sur-Neige, on y trouve encore un village à taille humaine sans barres de studios all inclusive, volontairement plus tourné vers les sports doux – randonnée à pieds ou à skis – que vers le ski mécanisé. C’est donc un petit Chamonix made in Vanoise (sans la foule cosmopolite ou les pizzas à 30 euros) où l’on cultive plus un entre-soi montagnard que le m’as-tu vu censitaire de Courchevel ou le tourisme hivernal de masse.
Deux versants dissemblables se font face : un versant est vierge de remontée et plus généralement d’aménagement, un versant ouest équipé de télésièges sur sa partie basse, en forêt principalement, sans que cela nuise à la wilderness du haut de ce versant. Ils offrent tout l’éventail de paysages et de terrains de ski de la montagne à ses différents étages : forêt, alpages et glaciers sur le roof top, ce dernier étage comprenant d’ailleurs des glaciers suspendus, de calottes, de cirque, de cône d’avalanche (rares)… une anthologie des glaciers alpins qui n’attend que vos skis avant de fondre complètement.
Un terrain varié donc, doté d’une grande variété d’exposition et de difficulté, de la balade du dimanche avec votre belle-mère à la course entre allumettes-collants-pipettes (du bas en haut), les remontées mécaniques qui vous propulsent à 2000 m sans la moindre crampe ou goutte de sueur permettant d’ailleurs d’accéder aux plus hauts sommets dans la journée avec une dénivelée plébéienne.
On a pu découvrir ce beau terrain de jeux en ce début de printemps 2023, lorsqu’après des semaines de sécheresse la montagne a enfin repris un aspect plus hivernal. Après une montée progressive en latitude depuis le Sud, et des escales en Ubaye, Piémont et Maurienne, nous arrivons plein de mélanine et d’acide lactique un mardi soir un peu glauque sur Pralognan, sous un plafond de brouillard qui ne laisse pas repérer la suite du programme de cette semaine de ski de rando.
Le mercredi matin, le soleil a retrouvé le chemin du ciel, et la montagne scintille avec son revêtement refait à neuf, de quoi nous faire frétiller les spatules sur le télésiège qui nous emmène comme beaucoup d’autres à l’altitude 2000 m. En cette première journée on a prévu de monter sur la calotte glaciaire des Dômes de la Vanoise puis de revenir par les cirques ouest, un programme de grande ampleur qui justifie une entorse à l’éthique du montagnard avec l’usage des remontées mécaniques. La station de Pralognan a d’ailleurs cette particularité qu’on y croise à certains horaires plus de randonneurs à skis que de skieurs de piste, le sac à dos permettant de ségréger les deux catégories ; nombreux sont celles et ceux qui font preuve comme nous de pragmatisme dans leur usage des télésièges en regard de celui de leurs peaux autocollantes…
Quoi qu’il en soit, les températures froides du jour (avec un isotherme 0 coincé tout en bas dans la vallée) rendent inconfortables la moindre pause, et c’est donc encore frais mais bien refroidis par les -15°C ambiants que nous rejoignons le plateau glaciaire de la Réchasse. Tu parles d’un réchauffement climatique, encore un complot des chinois et des fabricants de voitures électriques !
Les Dômes de la Vanoise s’apparentent plutôt ici à un immense plateau suspendu où le glacier a gommé la moindre aspérité et le moindre escarpement, un inlandsis made in Vanoise - d’ailleurs le seul des Alpes françaises. Les températures polaires des lieux s’accordent bien avec ces paysages, mais nos thermorécepteurs n’ont que faire de ce que nos mollets, cœurs et yeux réclament, et nous poursuivons, sans nous arrêter mais en frissonnant, vers le Dôme des Sonnailles, malgré les premiers cumulus qui commencent à se multiplier vers l’ouest. Une petite heure plus tard, les gentils nuages décoratifs se sont transformés en un tsunami de volutes grises qui nous engloutit au sommet, juste avant d’aborder la descente complexe de son versant ouest coupé de barres rocheuses... Plus de détour par les cirques ouest au programme mais plutôt une descente directe vers la vallée dans le jour blanc, heureusement des traces récentes feront office de fil d’Ariane, et Iphigénie de viatique. On parviendra sans encombre à rejoindre le Doron de Pralognan, bien entamés par une descente gâchée par le brouillard en haut et la croûte non portante en bas, des aléas de ne pas adapter les plans de course à l’évolution des conditions météorologiques. Quoi qu’il en soit, un grand bol d’air froid mais pur, avant de retrouver dans le chalet de location l’odeur de reblochon oublié au soleil des chaussons de ski…
Après la descente de la veille dans les nuages, on tire les leçons du but météo et vise ce jeudi une course moins longue au-dessus du lac de la Patinoire, vu l’instabilité convective encore prévue dans l’après-midi. Le cirque du glacier éponyme offre tout un éventail d’orientations, du sud-ouest à l’est, de quoi optimiser sur place le choix de la course en fonction du niveau de cuisson de la neige, de « sortant du congélateur» à « bien trop cuite » !
Arrivés au lac de la Patinoire et son beau mur de glace stratifiée au niveau du front aval (un glacier de cône d’avalanches rare dans les Alpes !), on constate que la neige a été oubliée dans le four (solaire) en adrets - ou que les « grasses matinées » se paient en neige « grasse » au printemps - et prend donc le cap du versant est de la Pointe du Creux Noir. Cette pente est tourne progressivement nord-est, si bien que la neige lourde du bas se transforme en une belle poudreuse légère. On s’en réjouit et rêve déjà de gerbes de neige qui passeront dans la postérité photographique, sans remarquer que le vent a travaillé le manteau, doté de plus de cohésion et parfois croûté en surface. Alors que je m’applique à zébrer de conversions la base du couloir nord conduisant au sommet, c’est la montagne qui me rappellera mon manque de vigilance lorsque je verrai la pente devant moi se fissurer et me sentirai glisser avec la plaque qui vient de céder sous mes skis… L’adrénaline sera comme souvent ma meilleure conseillère, et sans que j’aie le temps de réagir, mes jambes décident de filer en traversée vers le bas, tout schuss sur mes peaux et les talons libres… Un style disgracieux en télémark sur skis qui collent, et qui se conclut d’ailleurs par une chute tête la première dans la neige dès qu’un petit regard en arrière me prouve que j’ai pu échapper à la coulée. En cohérence avec le risque 2 du bulletin d’estimation des risques d’avalanches, la plaque de dimension modeste (entre 10 et 20 cm à la rupture, une vingtaine de mètres de largeur et cinquantaine de longueur) n’a conduit qu’à un petit dépôt épais de moins d’un mètre, sans doute pas suffisant pour ensevelir un skieur, mais une petite piqure de rappel sur le bras qui vaut mieux qu'un impact de pointe de sonde sur la face !
Skieur échaudé craint la neige froide, et on se redirige donc vers le col du Vallonnet, dont la rive gauche raide et cornichée offre par contre l’immense avantage d’avoir déjà transformé en neige « chaude ». On murmurera tout de même quelques « pas bouger » à la vague figée de neige qui nous domine ; nos incantations nous permettront de rejoindre sans histoire et surtout sans avalanche le col.
La descente s’avèrera meilleure que la veille, meilleure par la visibilité mais aussi les conditions de neige, de la poudreuse parfois un peu croûtée, qui perdra d’abord en qualité sur l’adret du Glacier de la Patinoire, puis en quantité sous le Chalet des Gardes, dans une pente sud raide déjà déplumée par le vent et le soleil. On rejoint ensuite le (télésiège du) génépi et les bières de son bar de piste, à se demander si le nez couleur fraise des bois des randonneurs à skis vient de leurs coups de soleil ou de leurs coups à boire ([sic])…
Après une pause (télétravail !) imposée par une journée de neige et de brouillard, on retourne ce samedi dans notre dure routine quotidienne à base de télésièges, pas alternatif puis sinusoïdes à la périodicité qui constitue une signature en soi ! On vise cette fois une autre classique au départ de Pralognan, le col de la Glière par son glacier éponyme (ah le manque d’imagination des topographes !), avec des orientations sud mais une nouvelle couche de fraîche pas encore gâchée par un soleil d’avril. Comme deux jours plus tôt, la neige devient vite profonde et légère sur le glacier dès qu’on passe d’un versant sud à un versant ouest, au point que les relais de traçage se font de plus en plus fréquents… Le col de la Glière s’atteint skis sur les épaules par une vingtaine de mètres raides, les skis une fois remis dans leur position naturelle sous les pieds nous assurent une bonne portance dans cette poudreuse sans fond. Comme promis à la montée, le ski sera d’anthologie à la descente dans une neige vierge mis à part les zébrures de la trace de montée, épaisse et légère comme rarement. Les photos témoigneront a posteriori d’un enfoncement jusqu’à la taille, les bâtons et jambes complètement enfouis dans une matière blanche pulvérulente, sans qu’on ait ressenti cet enfoncement comme un frein à la descente. Parvenus au replat sous le glacier, au diable la paresse et la fatigue, on choisit de remonter au collu à l’ouest pour remplacer la descente d’un versant sud en neige déjà alourdie par le soleil d’avril par une autre pente ouest en neige d’hiver. Pari réussi, puisqu’on y profitera encore d’une neige de cinéma, par contre alourdie dès que la pente se tourne vers le sud – sans la moindre cohésion, tant mieux pour les risques d’avalanche et le plaisir du ski. Une journée d’avril qui fera oublier pas mal de journées de janvier…
Le beau temps persistant et annoncé plus stable, joint à la fréquentation d’un dimanche de Pâques, nous laisse espérer du renfort pour tracer la petite face nord de la Grande Casse et ses 600 mètres de pente entre 40 et 50°. Pas de messe de Pâques pour nous ce jour, mais pour clôturer ce séjour un pèlerinage vers la pente raide iconique de la Vanoise, la face nord de de son point culminant, le long de séracs pas encore trop rabougris par le réchauffement climatique.
L’ambiance haute montagne de cette course ne se limite d’ailleurs pas à la pente finale, mais prévaut dès que l’on atteint le glacier de la Grande Casse et son cirque presque fermé de grandes faces dont le col éponyme constitue la seule échappatoire. L’austérité de l’environnement s’accentue encore dès que l’on prend pieds... euh crampons ou skis sur la face nord et son immense et raide pan suspendu de neige et de glace, à l’ombre jusqu’à la mi-mars puis au soleil rasant plus tard en saison.
Le traçeur doit alors façonner le millier de marches de l’escalier qui sera emprunté par les poursuivants, une tâche qui peut s’avérer ingrate au point d’invoquer une crampe pour passer son tour de traçage. Quoi qu’il en soit, on découvrira ce jour à notre grande surprise une partie haute exposée au-dessus de barres rocheuses, ce qui n'apparaissait pas dans les topos de cette course pourtant classique.
C'est que le recul glaciaire a fait récemment apparaître des bandes de rochers en haut de la partie occidentale de la face nord de la Grande Casse – celle dite de la « petite face nord », une évolution récente sans doute amplifiée par l’été 2022 et son bilan de masse glaciaire négatif record à l’échelle de toutes les Alpes. Le glacier a tout simplement intégralement fondu en haut de la petite face nord, laissant la place aux rochers… Une évolution encore plus inquiétante sachant que ce recul n’est pas celui de la zone d’ablation à cause d’une accumulation moindre dans la zone éponyme, mais le recul de la partie la plus haute de la zone d’accumulation par elle-même, en versant froid et raide à plus de 3500 mètres, là où la fonte estivale excède donc de facto l’accumulation du reste de l’année depuis de longues années (alors que cette zone devrait servir de « réservoir » de neige et de glace pour la partie basse du glacier…)
Les photos prises depuis une cinquantaine d'années montrent le changement complet de physionomie de la face nord dans cet intervalle, le glacier s’étant aminci considérablement là où il n'a pas fondu, et ayant perdu tous ses séracs à l’exception du sommital (pour mémoire la face est haute de 700 à 800 m de dénivelée). La fonte semble d’ailleurs s’être singulièrement accélérée depuis 2017, les cinq dernières années ayant suffi à assécher complètement le haut de la petite face nord.
Insérer image
Après les photos de face, les photos à la verticale disponibles sur le site www.geoportail.fr, qui confirment la fonte du glacier côté ouest (petite face nord) et la disparition du sérac du bas entre 1960 environ et 2022.
Reste à espérer que Ie gros sérac restant ne s'effondre pas tout d'un bloc, à l'instar de celui de la Marmolada dans les Dolomites italiennes durant l'été 2022.
Si par endroits le recul glaciaire rend possibles des descentes à skis qui ne l’étaient pas avant (glacier des Bœufs Rouges, glacier du Casset), il peut ailleurs, comme ici par exemple, les rendre plus difficiles voire impossibles… Dans le cas de la petite face nord de la Grande Casse, la barre exposée de début avril 2023 semblait être recouverte plus tard dans ce printemps humide. C’est donc une descente à prévoir plutôt par des conditions de fort enneigement si l’on ne veut pas s’exposer plus qu’agréé a priori avec sa conscience et son trouillomètre ; il semble sinon opportun de viser la face nord centrale quelques centaines de mètres plus à l’est, à peine plus raide sur le haut mais moins exposée, en tout cas tant que la configuration du sérac sommital le permet…
Quoi qu’il en soit, la descente en poudreuse, déjà parfois légèrement croûtée par le vent, de cette petite face nord conclura en beauté (glaciaire) et en pente (raide) cette virée en Vanoise à la rencontre des meilleures conditions de l’hiver… en avril !
Voilà donc également une suggestion de programme pour ton stage intensif de désintoxication aux télébidules évoqué en introduction, suggestion seulement parce que c’est justement cette liberté à la fois encadrée et absolue qui caractérise le ski de randonnée. Absolue, car on peut porter ses skis partout où porte son regard, sans avoir à suivre le fil d’un sentier de randonnée pédestre, le tracé des spits d’une voie d’escalade équipée, les lignes de faiblesse des fissures ou des becquets en escalade « trad »… Encadrée, car cette neige qui peut nous porter a ses propres règles qui apportent des limites à la liberté du skieur, stabilité, qualité… autant d’inconnues qu’on aura à cœur et surtout à cerveau de déchiffrer et d’évaluer.
Dans une nature d’attestations, de quotas, de forfaits, de pass, de permis et de QR codes, c’est cette liberté même bridée qui devrait finir de te convertir à la conversion et au ski de montagne !
EN PRATIQUE
Quand y aller
La meilleure période s’étend généralement de décembre à avril, sachant que les remontées mécaniques fonctionnent en général du début des vacances de Noël à la mi-avril. Avant ou après, les courses situées versant ouest se feront moyennant une dénivelée supplémentaire de 350 à 600 mètres, suivant l’ouverture ou non de la route menant aux Fontanettes, exigeant un départ très matinal au printemps si l’on veut profiter d’une neige cuite à point à la descente. En 2023, le prix du forfait randonneur était de 12 euros pour la montée séquentielle sur les deux télésièges de l’Edelweiss et du Génépi, départ de toutes les courses mentionnées dans cet article à l’exception de la brèche Portetta.
A savoir tout de même que des courses telles que la Grande Casse ou les Dômes de la Vanoise peuvent parfois s’envisager jusqu’à début juin avec des ratios portage/ski acceptables…
Conditions nivo-météorologiques
La Vanoise, bien exposée aux flux de nord et d’ouest, (partiellement) protégée des redoux pluvieux par les Préalpes, bénéficie généralement d’un bon enneigement dès la moyenne montagne. On peut s’en assurer sur la page ad hoc de Meteo France https://meteofrance.com/meteo-montagne/alpes-du-nord/enneigement et appuyer son analyse sur des vues satellite récentes. Le site https://apps.sentinel-hub.com/sentinel-playground permet justement d’estimer la limite d’enneigement grâce aux vues satellites prises périodiquement (généralement tous les 2 ou 3 jours) de l’ensemble de la surface terrestre, en comparant une vue satellite récente (par ciel dégagé) de la montagne visée avec les courbes de niveau d’une carte (par exemple Open TopoMap qui couvre le monde entier, ou plus simplement et précisément IGN pour la Vanoise). Un moyen universel (affranchi de l’existence de stations de ski et/ou bulletins nivologiques) et permanent pour déterminer en temps réel ou presque la présence de neige ou non sur toutes les montagnes du globe !
Sinon les webcams disposées dans la station permet de se faire une idée… ou plutôt une vue de l’enneigement du moment : https://www.pralognan.com/webcams/, l’une à Tignes donnant sur la face nord de la Grande Casse https://tignes.roundshot.com/grande-motte/#/ et ses conditions à vérifier (présence de glace vive ou non…).
Les bulletins d’estimation du risque d’avalanches sont ceux publiés par Meteo France tous les jours en saison https://meteofrance.com/meteo-montagne/alpes-du-nord/risques-avalanche
Concernant les prévisions météorologiques, on peut comme partout surfer sur www.meteoblue.com, qui compare les sorties de nombreux modèles différents et permet d’évaluer la fiabilité des prévisions au travers de leur dispersion.
Comment y aller
En voiture au bout de la D915 (attention aux tristement célèbres bouchons de la Tarentaise lors des départs et retours du ski des vacances scolaires de Noël et d’hiver, d’autant plus que Pralognan se trouve en amont des trois vallées).
Les départs de randonnée se trouvant tous ou presque dans la station et donc tout près des hébergements, l’utilisation des transports en commun est recommandée : on peut rejoindre en train la gare de Moûtiers Salins située à 27 km, puis gagner Pralognan en bus grâce à une ligne régulière :
https://www.pralognan.com/reservez-votre-sejour/transports/
Où dormir en vallée
Pralognan est une petite station de ski bien différente des grosses stations voisines aux domaines tentaculaires, beaucoup moins fréquentée et coûteuse. Hôtels, résidences de tourisme
https://www.pralognan.com/reservez-votre-sejour/hebergements/ et hébergements locatifs du type airbnb pourront vous accueillir en saison de ski entre décembre et avril, avec certainement des tarifs plus bas après la fermeture des remontées mécaniques mi-avril.
Ci-dessous le texte - sans les topos - de l'article paru en septembre 2023 sur le ski de rando autour du Cintu :
https://www.skirandomag.com/numero53
Il est un paradis pour les cochons, une terre de liberté sans cages ou barrières dont le nom est chuchoté dans les soues et crié dans les batteries, un pays où les glands se multiplient à portée de groin, où les arbouses tendres et sucrées tombent des branches pour Noël, et où les truies se laissent facilement conter fleurette au bord des départementales. Il est un pays de cocagne pour les skieurs de randonnée, un mirage qui miroite au-delà de la mer depuis les sommets continentaux, une île de granite fauve coiffé de blanc fichée dans la Méditerranée et appelée « Corse ». C’est là que vos yeux cochons pourront reluquer des strings de neige tendus entre les parois de taffoni, là où vous pourrez vous dorer la couenne sur la plage après avoir fait le sanglier dans le maquis et couiné dans la poudreuse ou sur la moquette, là dont vous reviendrez plein les pattes rôtis par le soleil (mais pas transformé.e.s en figatelli ou lonzu).
Et oui, la Corse n’est pas qu’un entrelac de plages où viennent bronzer les bipèdes et de routes où viennent poser les quadrupèdes (vaches, veaux, cochons…) devant les objectifs des pinzuti (touristes continentaux pour les insulaires), mais aussi une île plus riche en montagnes qu’en plaines. C’est une montagne dans la mer rarement esthétique pour les skieurs de randonnée, chaque étage disposant de son petit trésor : la forêt avec ses pins noirs laricios endémiques aux formes torturées, la zone alpine avec ses rocher au granite sculpté en taffoni, et les sommets avec leurs vues panoramiques où l’île d’Elbe, la Sardaigne et/ou le Mercantour peuvent se distinguer derrière la Méditerranée omniprésente. Dans ces contrées insulaires aux toponymes Bocca et Capu chantants, avec des bêtes (semi)sauvages en liberté qui divaguent le long des routes, on profite d’exotisme à moindre bilan carbone, l’occasion de skier vue mer (… et ce parfois de tous les côtés) sous le soleil méditerranéen et non la pluie norvégienne, en dégustant des figatelli plutôt que des cubes de fromage sucré marron et des tubes d’œufs de poissons !
Les montagnes corses profitent d’un enneigement régulièrement satisfaisant à excellent, parfois même supérieur à celui des Alpes ou des Pyrénées - comme notamment durant l’hiver 2023. Les situations météorologiques dites de retour d’est peuvent y déposer des mètres de neige, au point que la seconde avalanche la plus meurtrière recensée en France durant les 200 dernières années a touché le village d’Ortiporio en Castagniccia en 1934 (37 victimes décédées dans un hameau situé à moins de 700 mètres d’altitude - contre 39 morts pour l’avalanche de l’UCPA à Val d’Isère en 1970), ou qu’un derby de ski (sur neige et pas nautique !) est parfois organisé versant nord du Cintu en… juin ou juillet.
Si vous êtes prêt à « prendre le maquis » (ou de préférence la pinède de laricios, qui offre une skiabilité autrement meilleure que les murs impénétrables d’épineux du maquis…), à vous le « hold up » à la Corse ! Inutile d’enfiler votre cagoule et de prendre la pose en brandissant un piolet l’air méchant devant le miroir de la salle de bains, votre rictus effrayant ne sera pas visible sous votre torchon noir mal percé au niveau des yeux, et la lame de votre piolet est moins affûtée que l’épée en plastique de votre fils. Il est plus sage pour votre braquage de simplement prévoir une virée à skis dans la poudreuse des montagnes corses, ce qui pourrait tout de même vous valoir des millions de like enamourés de vos milliers de followers !
Trêve de poncifs à réseaux sociaux, cet article vous présente donc des courses réalisables à la journée au départ des routes dégagées en hiver, excluant de fait les parcours au départ de la vallée de la Restonica, dont la route reste officiellement fermée jusqu’à mai. C’est une sélection toute personnelle d’itinéraires choisis pour leur esthétisme mais aussi variété, du maquis de basse altitude aux taffoni des couloirs dans le granite en passant par les forêts de pins laricios, des itinéraires envisageables pour certains dès les premières neiges de la fin de l’automne et pour d’autres jusqu’aux derniers névés des premiers jours de l’été.
Si les caractéristiques de ces courses peuvent diverger suivant les sources, tant pour les pentes (40° d’après IGN, 50° d’après facebook), difficultés (4.2 selon les topos, 4.9.3 selon Emmanuel Macron, 95D selon Dominique Strauss-Kahn, 5.2 à Marseille, 4.256 à Strasbourg, entre le 3.1 et le 5.2 en Normandie), dénivelées (1200 d’après les syndicats, 120 d’après la police) que conditions (5 cm de poudreuse d’après le bulletin d’estimation du risque d’avalanches, 50 cm d’après les réseaux sociaux), vous y trouverez toujours le bonheur évanescent et irréductible aux chiffres d’un claquage de conversion ou d’un rebond dans la poudreuse qui vole autour des skis.
Cima a i Mori
Un itinéraire déjà peu classique en randonnée pédestre mais sans doute rarement skié vu l'altitude basse du départ (700 mètres !) et le caractère peu skiant des 600 premiers mètres de dénivelée, à réserver donc pour le plein hiver avec un enneigement débutant à (très) basse altitude.
On peut y goûter à skis la substantifique moelle de la montagne Corse : départ littéralement à travers un beau village Corse perché autour de son église, remontée d’un sentier muletier dans le maquis sous la forêt d’aiguilles de granite de Popolasca et Rundinaia, avant un vallon glaciaire enserré entre les aiguilles creusées de taffoni et d'arches (un petit air de Bavella en Haute-Corse), puis une large combe est plus ouverte et panoramique sur la mer et l’île d’Elbe loin à l’est. De la longueur en montée, descente ou traversée, du dénivelée, du bartassage sur du sentier qui se perd vite dans le maquis, une combe suspendue cachée des regards des « pinzuti », voilà de quoi décrocher votre brevet de randonneur Corse !
Forêt de Carrozica
Encore un itinéraire de cœur d’hiver (la partie basse de la montée au Cintu par Bocca Borba) adapté aux situations nivo-météorologiques difficiles, sur des pentes modérées en forêt permettant de progresser sans trop pâtir des visibilités réduites et/ou des risques d’avalanches.
Bien abrité.e.s dans la forêt de bouleaux et de pins noirs, vous profiterez malgré tout d’une superbe ambiance entre laricios enfouis sous la neige et canyons dominés de cascades de glace… et d’une belle descente directe sur la route d’Asco, skiante si tant est que vos traces passent par les clairières, car c’est un boulot délicat que de se frayer un passage à travers les bouleaux !
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Pointe de Cricche, antécime sud-est
C’est une course classique au départ du col de Vergio, où vous croiserez probablement plus de bipèdes en une journée que durant toute une saison sur les deux autres itinéraires évoqués ci-dessus ! Un itinéraire court par ailleurs, et donc adapté aux créneaux d’une demi-journée par exemple. La pointe de Cricche – ou plutôt son antécime sud-est, le sommet principal étant rocheux - s’atteint par un itinéraire court et direct depuis le col de Vergio, seulement 500 mètres de dénivelée, mais on peut rallonger la balade par une descente versant sud-ouest vers les bergeries de Casterica. On trouvera de très beaux taffoni sur la croupe est dominant le col de Vergio vers la cote 1650, une géojolie qu’il conviendra de décorer à la descente de vos plus belles traces de calligraskie !
Punta Minuta
Place maintenant aux grands sommets corses, avec la Punta Minuta pour commencer, dont la voie normale à skis se déroule sur son versant sud, au départ de Calasima. C’est un beau et long vallon que celui des bergeries de Ballone, sous le versant est de la bien-nommée Grande Barrière, avec comme souvent en Corse de magnifiques exemplaires de pins laricio en haut de la forêt. La montée se fait ensuite plus directe sur une écharpe sud à la pente soutenue, un peu exposée sur le haut sur des pentes convexes au-dessus de barres rocheuses. Une fois parvenus à Bocca Rossa, la course… se corse encore, et on finit en crampons jusqu’au sommet de la Punta Minuta sur des pentes suspendues. De la croix sommitale on peut distinguer à la fois les sommets sardes au sud… et alpins au nord, la citadelle de Calvi étant quant à elle bien visible au nord-ouest sous les spatules, de quoi donner tout son sens au mot panorama !
Paglia Orba
Un autre grand sommet que la Paglia Orba, montagne emblématique pour sa position – le sommet Corse de plus de 2500 mètres le plus proche de la mer, et sa géologie insolite - un plateau suspendu entouré de falaises de conglomérat sur toutes ses faces, devant le grand rocher de granite troué du Capu Tafunatu.
La cheminée d’hiver qui mène à ce plateau suspendu s’atteint au départ du col de Vergio par le long vallon du Golo, et passe en crampons par enneigement suffisant, moins couramment à skis à cause de l’étroitesse de ladite cheminée. Plus haut c’est l’enchantement du plateau suspendu avec ses vues plongeantes sur la Méditerranée dorée au sud-ouest, plus sombre à l’ouest vers le Capu Rossu, et la frange blanche des sommets du Mercantour au nord-est. Mais lâchez vos appareils photos, la cheminée d’hiver exposée plein sud n’attendra pas la fin de vos mitraillages pour (mal) tourner en neige trop réchauffée !
Couloir ouest de l’antécime nord de la Punta Minuta
Une course magnifique au départ de la station de ski d’Asco, mais qui ne débouche sur aucun sommet majeur, individualisé ou même nommé sur IGN. A quoi bon alors perdre des tonnes de sueur et des hectares de peau des pieds, pour ne même pas pouvoir ajouter une croix significative dans votre carnet de courses ? C’est que ces couloirs offrent aux skieurs une ambiance exceptionnelle, dans leurs lignes encaissées et tournantes, face à la mer et au Mercantour, au-dessus des abîmes du Cirque de la Solitude (désormais évité par le GR20). Comme souvent en Corse, au-delà de leur cargaison de poudreuse, les tempêtes hivernales plâtrent de neige et glace les parois sommitales, de quoi transformer cette montagne en un petit Cerro Minuta aux allures patagoniennes, avec vue panoramique sur les mers australes euh… la mer Méditerranée !
Les sorties post méridiennes dans ce couloir exposé à l’ouest se verront agrémentées de nombreuses chutes de glace accrétée détachée par le soleil, casque (encore plus) de rigueur pour les intrépides skieurs. Avec les parois au-dessus qui tiendront donc lieu de machine à glaçons, il suffira d’emmener une bouteille de grappa pour célébrer dignement la beauté du ski corse, la mer sous les spatules assurant l’ambiance d’un bar de plage ! Le trait de côte s’avère heureusement ici assez lointain pour que les bulldozers préfectoraux ne viennent pas détruire votre paillote de plage installée sur un domaine public maritime…
Bocca Pampanosa
Depuis la station de ski d’Asco le cirque nord de Trimbolacciu attire le regard des skieurs et alpinistes avec ses grands couloirs nord enserrés entre les tours rocheuses, celui de Bocca Pampanosa étant le plus évident entre les Capu Larghia et Rossu. Au-delà d’une grande ambiance alpine sur ses 600 mètres de dénivelée, il offre un enneigement exceptionnellement abondant et tardif de par son altitude et encaissement au nord sous d’immenses parois de granite, et conserve souvent de grands névés jusqu’au cœur de l’été, de quoi être en mesure d’enchaîner virages à skis le matin et ploufs dans une mer à la température estivale l’après-midi !
EN PRATIQUE
Période
La meilleure période du ski corse ne diffère pas beaucoup de celle des Alpes du Sud ou des Pyrénées, et s’étend généralement de décembre à avril, à mon sens pas plus tard que la mi-avril pour garantir un ratio ski/portage raisonnable sur ces montagnes d’altitude moyenne (pas plus de 2700 mètres), méridionales et aux départs jamais très hauts (pas plus de 1400 m).
A savoir tout de même que des courses telles que la Bocca Pampanosa par son couloir nord peuvent généralement se pratiquer au début de l’été avec seulement une petite heure de portage !
Estimation et prévision des conditions nivo-météorologiques
Comme expliqué en introduction, l’enneigement des montagnes corses est souvent généreux, mais il présente une grande variabilité temporelle et spatiale. Il importe donc de vérifier si la neige est assez présente avant de traverser la Méditerranée : on peut s’assurer de l’enneigement sur la page ad hoc de Meteo France https://meteofrance.com/meteo-montagne/corse/enneigement
On peut également appuyer son analyse sur des vues satellite récentes. Le site https://apps.sentinel-hub.com/sentinel-playground permet justement d’estimer la limite d’enneigement grâce aux vues satellites prises périodiquement (généralement tous les 2 ou 3 jours) de l’ensemble de la surface terrestre, en comparant une vue satellite récente (par ciel dégagé) de la montagne visée avec les courbes de niveau d’une carte (par exemple Open TopoMap qui couvre le monde entier, ou plus simplement et précisément IGN pour la Corse). Un moyen universel (affranchi de l’existence de stations de ski et/ou bulletins nivologiques) et permanent pour déterminer en temps réel ou presque la présence de neige ou non sur toutes les montagnes du globe !
Sinon les webcams disposées dans les stations de ski (par exemple celles d’Asco, Ghisoni ou Val d’Ese) ou les cols de montagne (Vizzavona) permettent de se faire une idée… ou plutôt une vue de l’enneigement du moment : http://actu-meteo-corse.fr/webcams-de-corse
Les bulletins d’estimation du risque d’avalanches sont ceux publiés par Meteo France tous les jours en saison https://meteofrance.com/meteo-montagne/corse/risques-avalanche
Concernant les prévisions météorologiques, on peut comme partout surfer sur www.meteoblue.com, qui compare les sorties de nombreux modèles différents et permet d’évaluer la fiabilité des prévisions au travers de leur dispersion.
Comment y aller
L’insularité impose soit l’avion - Ajaccio, Calvi ou Bastia sont les aéroports Corses les plus commodes vis-à-vis des courses présentées dans cet article, soit le ferry – sur le continent au départ de Marseille, Toulon ou Nice et à destination d’Ajaccio, l’Ile-Rousse ou Bastia. La comparaison des tarifs attachés à ces moyens de transport doit évidemment prendre en compte la location de voiture si l’on choisit l’avion.
Se déplacer
Il semble difficile de se passer de (location de) voiture, les points de départ des randonnées présentées dans cet article n’étant en général pas ou mal desservis par les transports en commun.
Budget/hébergement
La Corse est une destination peu courue et plutôt bon marché entre décembre et avril en saison de ski, qui a le bon goût de ne pas recouper la haute saison balnéaire de mai à septembre, en hiver heureusement moins de Celsius et de gus !
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la carte interactive d'ailleurs
la carte interactive de Provence


le Coucourdier en planche à pagaie
le Bec de l'Aigle en long, en large et en travers
sur les terres noires de Sisteron en VTT
camomilles et palourdes de Figuerolles
le Mourre Nègre, pile et face en VTT
en canyon dans la Montagne de Lure
la Melette par ses fissures nord
couloir ouest des Saints-Pères
le lac du Lou en ski hors-piste et ski nautique
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Ski de rando en Amérique du Nord
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