AGORAMANIA : des grands espaces de Provence à la wilderness d'ailleurs
Des +6400 m de Bolivie aux -400 m de Jordanie, des monastères perchés des Météores aux églises troglodytes d'Abyssinie, des mosquées d'Ispahan aux dômes nervurés de Samarcande, du sable blanc du Nouveau-Mexique aux pitons gréseux du Hoggar...
Balade vespérale vers le vallon du Grand Vallat à l’ouest de Sausset-les-Pins, une des rares zones humides de la côte bleue. On y trouve une grande roselière dans et autour des mares d’eau stagnante, et la faune habituelle inféodée des lieux, libellelules, ragondins (déjà observés ici)… et tortues, malheureusement ce jour uniquement celle de Floride invasive et non pas la cistude d’Europe menacée notamment par cette cousine d’outre-Atlantique.
la zone humide, riche en dehors de sa roselière, et ses tortues (de Floride malheureusement !)
Retour vers la langouste déjà observée une semaine plus tôt, et au-dessus sur la voie « antifada » déjà parcourue en 2015. On grimpe 5 longueurs dans le 5c/6a nonobstant un début de L1 beaucoup plus difficile et un ou deux pas bloc en 6b dans chaque longueur - à mon sens coriaces dans L2 où de plus l’équipement les rend obligatoires – et par contre partout sur un beau calcaire blanc et sculpté.
Voie "l'oiseau des sables", 5 longueurs, équipé, 7a max
7a/6b+/6a+/6c/6a (cotation 6a+ obligé dans L1 entre les 2 toits)
Retour en escalade vespérale sur cette voie du secteur « pas de la chèvre » du Cap Canaille déjà parcourue il y a 8 ans, et absolument superbe par son cadre géologique. Après une première longueur bien athlétique à travers 2 toits successifs, la suite se grimpera presqu’exclusivement en libre à l’exclusion d’un passage en dalle trop coriace en L4, et réserve une belle escalade, particulièrement en L2 en dièdre fin puis traversée aérienne sur les bras, ou L5 en tube presque fermé de tuf et de cannelures à gravir en opposition.
Les lumières d’un début de soirée subliment la géologie détritique mais fantasmagorique des lieux ; ce ne sont partout que feuillets, gargouilles, toits, niches astucieusement utilisées comme relais… dans d’infinies nuances de blanc, ocre, gris… au point qu’un architecte à la Gaudi semble avoir sévi ici ! La cheminée circulaire presque fermée de L5 ajoute encore un peu de nouveauté à cet abécédaire géologique de Cap Canaille, encore une longueur exceptionnelle tant pour le rocher que pour l’escalade.
Le très bon équipement de cette voie la rend en plus accessible à des grimpeurs de 6a qui acceptent de tirer sur du métal, le crux se situant dans ce cas sans doute entre les 2 toits de L1 dans du raide sur rocher chipseux avec des plaquettes plus espacées que dans les toits dotés d’un point tous les mètres.
l'approche dans la géologie détritique mais fantasmagorique du Pas de la Chèvre
L1, dure et chipseuse
la magnifique L2, dièdre fin puis traversée gazeuse et athlétique
L3 et son passage en châtière
L4 et son relais de départ
la non moins L5 magnifique et son tube de tuf, concrétions et cannelures
Voie « le couchant », équipé, 5c max
A mon sens 4c/5c/5c+/5c/5b (sortie directe à droite par la vire)
Retour sur le Bec de Sormiou et sa falaise est qui permet de conjuguer plongée apnée à la fin de l’approche et escalade sur de nombreuses voies bien équipées. Toujours des conditions de plongée libre parfaites ce jour, mer douce, d’huile et sans méduse, visibilité désormais assez bonne, je pourrai d’ailleurs observer une langouste tapie dans son trou, dommage pour cet animal sans défense autre que sa carapace que ses antennes le trahissent si facilement !
On visera ensuite la voie du couloir Tanner à partir de la vire médiane, mais la jonction avec la voie du couchant depuis le second relais de cette dernière s’avérera un peu trop exposée à mon goût sur une vire peu marquée non protégée et improtégeable, donc poursuivra par la voie du couchant, décidément une classique indémodable (patine peu gênante) et une valeur sûre des grandes voies dans le 5 des calanques. On y profite d’une escalade variée en dalle, fissure, petit dévers, traversée… et d’un rocher magnifique dans L3 et L4, ambiance assurée ce jour sous les grondements du tonnerre en continu, avec le ciel noir des orages derrière les crêtes de Morgiou, avant une nouvelle rencontre naturaliste peu fréquente au retour sous la forme d’un grand capricorne - dont l’épithète n’est pas usurpée !
Retour en kayak dans la calanque de Morgiou pour profiter des excellentes conditions de navigation/plongée du moment : mer déjà bonne (21°C) et d’huile le matin, pas de méduses, visibilité sous l’eau correcte et en amélioration.
Impossible évidemment de ne pas boucler par la grotte bleue de Morgiou, ses eaux fluorescentes et ses rascasses, avant que la mer inhabituellement calme nous permette de caboter versant ouest du Cap Morgiou, jusqu’à la calanque du Cancéou et ses impressionnants dévers sous-marins intéressants en plongée apnée.
On profitera au retour côté Sugiton et Pierres Tombées d’un tombant couvert de centaines de nudibranches, de quoi finir par un bouquet final de couleurs cette belle journée de kayak et de plongée.
la grotte bleue de Morgiou, au-dessus de l'eau
la grotte bleue de Morgiou, sous l'eau : rascasse, holothurie, étoile de mer...
sous les falaises de la Triperie et de la Voile
aux Pierres Tombées, au départ de la traversée de la commune
Retour vers la grotte « découverte » en 2018 au large de Callelongue, cette fois dotés de tout l’attirail pour en finir l’exploration dans les puits encore jamais descendus : cordes, baudrier, perforateur... Heureusement la voûte mouillante d’entrée permet le passage du paddle chargé de la vingtaine de kilos de cette quincaillerie spéléologique !
Comme craint, la galerie inférieure aperçue mais encore jamais parcourue se termine rapidement sur un colmatage d’argile, et n’offre pas la variété et la densité de spéléothèmes de la galerie supérieure.
Quoi qu’il en soit, c’est vraiment une belle cavité mêlant eaux fluorescentes dans la galerie d’accès et concrétionnement riche et diversifié au-dessus, sans équivalent à ma connaissance en Méditerranée française, article rédigé par Philippe A. à venir !
On se consolera au retour dans deux autres belles grottes marines moins confidentielles mais également bien esthétiques.
Virée en kayak de mer entre le port de la Lave à l’Estaque et la calanque de Figuerolles de Niolon, une jolie côte sauvage sous le chemin de fer de la côte bleue, d’abord en conglomérat puis en calcaire, avec de nombreuses haltes intéressantes : grottes émergées ou semi-immergées reliées par des siphons, lac d’eau de mer, labyrinthe entre de gros blocs tombés dans la mer, et les belles criques de l’Establon (de plus en plus dégradée chaque année) et du Coucourdier… La température de la mer atteint désormais des températures agréables proches de 20°C ; la visibilité elle, franchement limitée dans une eau verte, pâtit du bloom planctonique du printemps !
la belle côte sauvage de Corbière à l'Establon, grottes et anses de calcaire et de conglomérat
le canyon sec de l'accès terrestre à la calanque de l'Establon
le "tombant" de la grotte de l'Establon, éponge et triptérygions
dans le labyrinthe de blocs des Pierres Tombées à l'est de Figuerolles
Séance de kayak de mer à La Mède, oui, la Mède, tout près donc de l’usine pétrochimique avec sa forêt de cheminées ! On trouve sinon devant La Mède et son petit port un pain de sucre de calcaire planté dans l’étang bien visible depuis l’autoroute littorale, un piton rocheux aussi beau que rare dans l’étang de Berre (et d’ailleurs la seule île de l’étang ?), qu’on peut rejoindre en kayak depuis l’extrémité sud de la plage du Jaï moyennant une vingtaine de minutes de pagayage (à défaut du port de la Mède complètement privatisé, et où les seules mises à l’eau possibles ont vu leur accès barré !). Dans ce décor post industriel au sud, l’île située de l’autre côté du canal de Marseille au Rhône (désaffecté depuis l’effondrement du tunnel du Rove en 1963) offre en fait une très belle plage tournée vers le nord, avec vue sur l’étang de Berre versant sauvage, la forêt de Caderaou et les pitons calcaires épars des 3 frères. Dommage que l’accès soit aussi difficile (traversée du canal désaffecté aux eaux stagnantes à la nage, ou itinéraire de « contournement » du port de la Mède via le Jaï en kayak), et que faute de zostère les fonds marins y soient aussi pauvres (un désert sous-marin à part quelques rapanes et leurs pontes).
On ira ensuite sur le cordon dunaire du Jaï plonger à la recherche d’une vie marine un peu plus riche… et de palourdes, mission entièrement réussie pour mon second mais partiellement pour mon premier !
Les photos de Laurent :
Voie "sables émouvants" à Cap Canaille, 6 longueurs, équipé, 6c+ max
6a+/6a+/6b/6b+/6c+/6b
Retour à Cap Canaille pour cette voie déjà parcourue en 2013, récemment rééquipée. Un bel itinéraire qui louvoie au plus facile dans le relief psychédélique des falaises soubeyrannes, entre dalles de calcaire, gargouilles de grès et patates de conglomérat, pour au final une escalade assez homogène dans le 6a/6a+ hormis de courtes sections bloc plus dures aux départs de L3 à L5. L’équipement refait à neuf et très bien pensé permet de passer ces sections en tire-clou s’il le faut, rendant la voie accessible sans frayeurs à des grimpeurs de 6a, les belles sections de grimpe dans L5 et L6 particulièrement, les passages particulièrement photogéniques au départ de L3 et L6, les relais tous confortables sur vires et/ou grottes en font une des belles voies « faciles » des soubeyrannes.
Bientôt dans les kiosques un article de Ski Rando Magazine, avec une sélection de courses autour du Cintu tirée entre autres du voyage de l'hiver 2023
Il est un paradis pour les cochons, une terre de liberté sans cages ou barrières dont le nom est chuchoté dans les soues et crié dans les batteries, un pays où les glands se multiplient à portée de groin, où les arbouses tendres et sucrées tombent des branches pour Noël, et où les truies se laissent facilement conter fleurette au bord des départementales. Il est un pays de cocagne pour les skieurs de randonnée, un mirage qui miroite au-delà de la mer depuis les sommets continentaux, une île de granite fauve coiffé de blanc fichée dans la Méditerranée et appelée « Corse ». C’est là que vos yeux cochons pourront reluquer des strings de neige tendus entre les parois de tafoni, là où vous pourrez vous dorer la couenne sur la plage après avoir fait le sanglier dans le maquis et couiné dans la poudreuse ou sur la moquette, là dont vous reviendrez plein les pattes, rôtis par le soleil (mais pas transformé.e.s en figatelli ou lonzu).
Et oui, la Corse n’est pas qu’un entrelac de plages où viennent bronzer les bipèdes et de routes où viennent poser les quadrupèdes (vaches, veaux, cochons…) devant les objectifs des pinzuti (touristes continentaux pour les insulaires), mais aussi une île plus riche en montagnes qu’en plaines.
[...]
Si les caractéristiques de ces courses peuvent diverger suivant les sources, tant pour les pentes (40° d’après IGN, 50° d’après facebook), difficultés (4.2 selon les topos, 4.9.3 selon Emmanuel Macron, 95D selon Dominique Strauss-Kahn, 5.2 à Marseille, 4.256 à Strasbourg, entre le 3.1 et le 5.2 en Normandie), dénivelées (1200 d’après les syndicats, 120 d’après la police) que conditions (5 cm de poudreuse d’après le bulletin d’estimation du risque d’avalanches, 50 cm d’après les réseaux sociaux), vous y trouverez toujours le bonheur évanescent et irréductible aux chiffres d’un claquage de conversion ou d’un rebond dans la poudreuse qui vole autour des skis.