AGORAMANIA : des grands espaces de Provence à la wilderness d'ailleurs
Des +6400 m de Bolivie aux -400 m de Jordanie, des monastères perchés des Météores aux églises troglodytes d'Abyssinie, des mosquées d'Ispahan aux dômes nervurés de Samarcande, du sable blanc du Nouveau-Mexique aux pitons gréseux du Hoggar...
Itinéraire : Saint-Blaise - la Mérindole en aller-retour par le GR 2013 longeant le canal des Martigues
Après le lac vert de la veille, place aux lacs rouges, ceux de Lavalduc et d’Engrenier (situé à 10 mètres sous le niveau de la mer), dont la couleur vient des crustacés artemia salina qui prolifèrent dans la saumure injectée depuis Manosque. Le canal des Martigues (plutôt les canaux car souvent à deux niveaux différents, autre appellation ancien canal de Martigues) relie le site archéologique de Saint-Blaise à la mer Méditerranée à l’est du golfe de Fos, et des sentiers ou même des pistes le longent tout du long. La roulabilité est évidemment excellente sur ces chemins en terre plats, et on a tout loisir de lever la tête du guidon pour profiter du terrain varié des lieux : lacs rouges en contrebas bien sûr, mais aussi falaises de molasse sculptées par l’érosion, portion de garrigue fleurie par les genêts suite à l’incendie de 2020, forêts denses de figuiers et de pins noyées sous le lierre, prairies de chardons et coquelicots, sans oublier les nombreux petits ouvrages d’art du canal encore bien préservés même si peu ou mal entretenus.
Une classique méritée du VTT ou même gravel sur ces kilomètres de monotraces parfaitement plats !
la flore du jour : coquelicots, genêt et chardons
le long de l'étang de Lavaladuc, au bord du canal des Martigues (complètement sec)
entre falaises de molasse et étang (rouge) d'Engrenier
à l'extrémité sud du canal sous la Mérindole, plus de 4 km de monotrace ou de piste plat.e au-dessus des étangs rouges !
Itinéraire : le Grand Laoucien - les Molières - vallon de Bouquières - point coté 584 - Jas d'Emilien - col de la Barraque - dolmen de l'Amarron (pas trouvé...) - col de la Barraque - les Eygras - Engarden - Jas d'Emilien - point coté 584 - Trois Fontaines - pas de la Nible - source des Orris - vallon des Orris - les Ferrages - le Grand Laoucien
Retour en vélo vers la montagne de la Loube découverte à pieds en décembre 2014, dument appréciée pour la beauté de son relief dolomitique.
Le parcours ci-dessus permet de sillonner cette partie de la Provence verte sur des sentiers qui s’apparentent le plus souvent (sauf pour la première montée sur piste raide et caillouteuse, difficile de rester sur les pédales en permanence) à des monotraces parfaits, des sentiers étroits et généralement en terre qui louvoient dans la riche forêt varoise, le tout dans de longs vallons sauvages blottis sous les escarpements de dolomie du versant oriental de la Loube. Les rus s’avèreront tous secs en cette année de sécheresse extrême, mais après le curieux lac de doline du Grand Laoucien on reverra l’eau à la source des Orris, un petite oasis de fraîcheur et d’humidité avec son eau qui sourd du bas de la falaise concrétionnée de dolomie, ses bassins et ruisseaux et ses ruines d’habitat semi-troglodyte.
Au final un itinéraire incontournable en VTT provençal, tant pour l’intérêt sportif (des kilomètres de singles) que patrimonial ou paysager !
le lac du Grand Laoucuen, bien loin d'une ancienne carrière, un des rares (seuls ?) lacs permanents de doline de Provence
sur les beaux monotraces sous le chaos dolomitique versant est de la Montagne de la Loube
flore au col de la Barraque, du beau, du bon (asperge), et les 2 (bouquet de thym) !
sous les bitards de dolomie
en haut du vallon des Orris
la source des Orris (qui coule encore malgré la sécheresse historique)
Notre tentative sur la petite face nord de la Grande Casse début avril 2023 a mis en évidence une partie haute exposée entre des barres rocheuses, ce qui n'apparaissait pas dans les topos de cette course pourtant classique de la pente raide en Vanoise.
C'est que le recul glaciaire a fait récemment apparaître des bandes de rochers en haut de la partie occidentale de la face nord de la Grande Casse – celle dite de la « petite face nord », une évolution récente sans doute amplifiée par l’été 2022 et son bilan de masse glaciaire négatif record à l’échelle de toutes les Alpes. Le glacier a tout simplement intégralement fondu en haut de la petite face nord, laissant la place aux rochers… Une évolution encore plus inquiétante sachant que ce recul n’est pas celui de la zone d’ablation à cause d’une accumulation moindre dans la zone d'accumulation, mais le recul de la partie la plus haute de la zone d’accumulation par elle-même, en versant froid et raide à plus de 3500 mètres, là où la fonte estivale excède donc de facto l’accumulation du reste de l’année depuis de longues années (alors que cette zone devrait servir de « réservoir » de neige pour la partie basse du glacier…)
Les photos de la face nord prises depuis une cinquantaine d'années (merci encore à ceux qui me les ont envoyées), avec des angles proches et des recadrages visant à faciliter leur comparaison, montre le changement complet de physionomie de la face nord dans cet intervalle, le glacier s’étant aminci considérablement là où il n' a pas fondu, et ayant perdu tous ses séracs à l’exception du sommital (de gauche à droite et de haut en bas 1976 1990 2006 2010 2017 2022 - pour mémoire la face est haute de 700 à 800 m de dénivelée)
Après les photos de face, les photos à la verticale disponibles sur le site geoportail, en haut 1960 environ, en bas 2022, qui confirment la fonte du glacier côté ouest (petite face nord) et la disparition du sérac du bas.
Si par endroits le recul glaciaire rend possibles des descentes à skis qui ne l’étaient pas avant (glacier des Bœufs Rouges, glacier du Casset), il peut ailleurs les rendre plus difficiles voire impossibles… Dans le cas de la petite face nord de la Grande Casse, la barre exposée de début avril 2023 semble être presque recouverte fin avril, une descente à prévoir donc uniquement par ces conditions de fort enneigement en fin de saison...
La descente à skis du glacier ouest de Péclet à 7 ans d'intervalle (avril 2016 et avril 2023, avec des enneigements comparables corrects à assez bons à haute altitude en Vanoise) a permis de constater à quel point sa fonte avait été rapide, amplifiée par la saison 2022 catastrophique entre toutes pour les bilans glaciaires avec sa conjonction d'un hiver marqué par une sécheresse record et d'un été marqué par une canicule proche des records. Un glacier sans doute condamné à court terme (2030 ?) vu son exposition ouest et son altitude modérée (bassin d'accumulation à moins de 3500 m).
Les comparaisons de photos prises à (seulement) 7 ans d'intervalle semblent en effet mettre en évidence des pertes d’épaisseur de l’ordre de 20 à 30 mètres (par exemple au niveau des rochers mis à nu par le recul glaciaire), soit des pertes annuelles d’en moyenne 3 à 4 mètres, compatibles avec les bilans de masse établis sur le glacier de Gébroulaz voisin (mais mieux exposé au nord et plus protégé des vents en termes d’accumulations…) : https://www.vanoise-parcnational.fr/fr/actualites/evolution-du-glacier-de-gebroulaz-2022-annee-de-tous-les-records#:~:text=De%201995%20%C3%A0%202022%2C%20la,le%20graphe%20ci%2Dapr%C3%A8s).
vue d'ensemble : en haut le glacier en avril 2016, en bas en avril 2023
vue depuis le bas du glacier avec des perspectives très proches plus facilement comparables : en haut 2016, en bas 2023. On note l'amincissement du glacier, à la fois sur les séracs de gauche et au milieu/droite avec les rochers qui ont émergé en bas de la pente de neige et pointent de plus en plus en haut de celle-ci
de façon plus précise grâce aux photographies aériennes consultables sur geoportail, en haut 1960 environ, en bas sans doute 2022...
c'est pas mieux pour le glacier de Gébroulaz vu depuis le sommet de l'aiguille de Péclet, à gauche 2016 à droite 2023, avec ici encore une fonte marquée bien visible au niveau de l'éperon rocheux en haut
Itinéraire : lac du Borgne - col du Borgne - Plan des Mains
Sommet : 3050 m au col du Borgne
Dénivelée : 500 m à la montée (2550-3050-2150)
Difficulté : 2.2
Après avoir pu observer un renard sous le télésiège (et de nombreuses marmottes au cours de la semaine), retour sur le vallon, glacier et col du Borgne, pour y profiter sur leurs pentes douces de la poudreuse tombée la veille, ailleurs parfois soufflée et plaquée par le vent de sud-ouest modéré (avec même une petite avalanche sur piste ouverte ce jour). Jackpot dans 20 à 40 cm de poudreuse légère et protégée du vent, à traçer presqu’intégralement à la montée mais aussi à la descente, la sous-couche n’étant pas perceptible dans la première partie de la descente passée à rebondir…
Peut-être la dernière occasion en cette saison 2023 meilleure sur sa fin qu’en son cœur – mais finalement plutôt faste avec une trentaine de sorties dans souvent de bonnes à très bonnes conditions - de calligraskier le manteau de ses zébrures à la montée et sinusoïdes à la descente !
première descente en hors-piste versant ouest du Mont du Vallon
seconde descente en hors-piste versant ouest du Mont du Vallon
troisième (!) descente en hors-piste versant ouest du Mont du Vallon
montée en peaux au col du Borgne, 500 mètres en 55 mn avec un traçage physique dans 20 à 40 cm de poudreuse heureusement légère
calligraskie, descente magnifique dans une grande combe nord vierge et de la poudreuse souvent sans fond
avalanche sur piste ouverte ("Tête Ronde" sous le funitel de Péclet) ce jour : un cas d'école avec une petite plaque à vent sur un talus formée et déclenchée naturellement en versant nord-est avec le vent modéré de sud-ouest du jour. La chute de neige de la nuit de 15 à 20 cm à cette altitude a créé une plaque d'épaisseur 30 à 40 cm partie naturellement, épaisseur au dépôt sur la piste ouverte parfois supérieure à 1m60 (les pisteurs ont sondé)
le 22 avril : mais au-delà des avalanches, le ski de piste en avril ce sont aussi des pistes désertes au-dessus des beaux contrastes du printremps. Plutôt de bonnes conditions de ski cette semaine par rapport à l'année dernière, avec un isotherme 0°C évoluant vers 2500 m contre 3500 m un an plus tôt, et une belle chute de neige le jeudi, en contrepartie un ciel globalement plus mitigé
Itinéraire : sommet du télécabine "moraine" - col de Thorens - glacier de Chavière - aiguille de Péclet par son arête sud-est - glacier de Péclet face ouest - Val Thorens
Sommet : 3550 m à l'aiguille de Péclet
Dénivelée : 700 m de montée (2850-3550-2300)
Difficulté : 3.3
7 ans après un premier parcours en 2016, retour sur ce bel itinéraire glaciaire que l’on peut effectuer en boucle depuis le haut du télécabine « moraine » de Val Thorens, à la montée par le glacier de Chavière puis la face sud-est, à la descente par le glacier ouest et ses pentes soutenues entre les séracs. La boucle est restée superbe, variée et panoramique avec les points de vue du sommet de l’aiguille de Péclet, plongeants sur les crevasses du glacier de Gébroulaz et panoramiques sur l’arc alpin du Mont-Blanc aux Ecrins. Par contre l’environnement a bien changé en un septennat, environnement mécanique avec le télésiège du glacier de Péclet désormais fermé et même démantelé (la station de Val Thorens arguant du recul du glacier de Chavière et de la fonte du permafrost) – ce qui rajoute 300 mètres de montée aux randonnées à skis du coing - mais surtout environnement glaciaire avec une fonte marquée du glacier ouest de Péclet sur cet intervalle : http://deprovenceetdailleurs.net/2023/04/le-glacier-de-peclet-sa-fonte.html
montée sur le glacier de Chavière, un groupe vers les couloirs de l'Aiguille des Saint-Pères
au sommet (après une heure de montée hors pause cramponnage) et sa vue panoramique sur le glacier de Gébroulaz en contrebas, le Mont-Blanc ou les Ecrins
descente du glacier face ouest, méconnaissable et bien réduit seulement 7 ans après ma première descente
Itinéraire : lac du Borgne - col du Borgne - Plan des Mains
Sommet : 3050 m au col du Borgne
Dénivelée : 500 m à la montée (2550-3050-2150)
Difficulté : 2.2
Première montée au glacier du Borgne sous les éclaircies matinales, une classique du ski de randonnée au départ des remontées mécaniques de Méribel, dans une neige poudreuse parfois un poil croûtée qui sera bien meilleure 3 jours plus tard !
le 17 avril : hors-piste versant sud-ouest du Mont Vallon
le 18 avril : le col du Borgne par le glacier éponyme en aller-retour, montée des 500 m en 45 mn
A mi-route à destination de la Vanoise, pause balade dans le défilé de la Souloise au niveau de l’entrée nord du Dévoluy. On y parcourra une partie du canal de Pellafol, taillé dans la falaise à la fin du dix-neuvième siècle mais vite abandonné. Il en reste des sections en corniche dans la falaise et un long tunnel médian sous l’éboulis, le tout se prêtant parfaitement à une courte randonnée aérienne - malgré une section éboulée sur quelques mètres qui se franchit aisément.
Un itinéraire patrimonial insolite et esthétique donc, la corde n’étant pas nécessaire au contraire du casque, frontale (tunnel bas de plafond et long de plusieurs centaines de mètres) et d’une paire de bottes (sol couvert d’eau sur une hauteur de 5 à 20 cm dans le tunnel, guère surprenant pour un ancien canal) !
le canal creusé dans la falaise stratifiée du défilé de la Souloise
dans la partie amont à l'air libre, au début de la levada dévoluarde
le tunnel de 350 mètres et son début de concrétionnement
Voies "fallait pa_c que ça arrive", couenne, équipé, 6a
"nevermind", couenne, 5c
"pa_c in sun", couenne, 6a
"tous pa_csés", couenne, 5c
"palindrome vertical", 2 longueurs, équipé, 5b/5c
Découverte d’un secteur d’escalade, plutôt orienté couennes mais proposant également une courte grande voie de 2 longueurs, « le haut des walkyries ». 45 minutes de marche permettent de rejoindre cette falaise d’une trentaine de mètres de haut située en face sud en haut du cirque des walkyries, bien protégée du mistral et une superbe dans ce micro-Gavarnie des calanques avec ses strates de falaises en arc-de-cercle, au-dessus de la mer et dans une ambiance sauvage garantie par l’éloignement et la confidentialité de ces poignées de voies évoluant entre le 5c et le 6b. On ne verra pas d’ailleurs pas d’autre cordée de la journée !
Si le cadre est beau, la grimpe ne l’est pas moins sur des lignes bien équipées et soutenues dans leurs cotations, mention spéciale pour les voies "fallait pa_c que ça arrive" avec sa magnifique dalle blanche ciselée au-dessus du pas bloc ingrat du départ et la fissure technique en aragonite de "tous pa_csés".
le secteur et son cirque bien protégé du mistral, magnifique par son cadre et son rocher neuf et sculpté
asphodèle et iris sauvages
averse au large
dans ""nevermind", joli 5c soutenu
dans "pa_c in sun", très beau 6a varié et soutenu en dalle, traversée et écaille à Dulfer
dans "tous pa_csés", un 5c très soutenu toujours aussi beau, 30 mètres de fissures d'aragonite à ramonage, écarts et Dulfer...
Retour en Provence, son herbe déjà jaunie sous la pinède mais aussi ses asperges sauvages encore nombreuses malgré la sécheresse extrême de ce début d’année (avec un cumul de précipitations de l’ordre de 20 mm en trois mois et demi), de quoi rendre l’omelette plus goûteuse après la chasse aux œufs !