AGORAMANIA : des grands espaces de Provence à la wilderness d'ailleurs
Des +6400 m de Bolivie aux -400 m de Jordanie, des monastères perchés des Météores aux églises troglodytes d'Abyssinie, des mosquées d'Ispahan aux dômes nervurés de Samarcande, du sable blanc du Nouveau-Mexique aux pitons gréseux du Hoggar...
voie "voyage au centre de la Terre", 4 longueurs, équipé, 6a max
A mon sens 5b/6a(1 pas)/5b/5c et A0
Première journée des vacances estivales, avec pause sur la montagne de Céüse sur la route de l’Oisans, déjà skiée en 2019 mais encore jamais grimpée, les grandes voies y étant beaucoup moins nombreuses que les couennes. Bien mal m’en a pris, puisque le cadre panoramique et le calcaire superbe, compact, coloré, à trous ou à cannelures valent l’heure de marche d’approche comme peuvent en témoigner les dizaines de cordées croisées ce jour.
La voie « voyage au centre de la Terre » n’est pas inoubliable mais offre une belle ambiance presque spéléologique dans cette cheminée presque fermée bien visible de la vallée, et une belle longueur, la troisième, aussi aérienne sur sa fin que peu difficile.
La descente se fait commodément en 2 rappels, avec au second relais un point de vue à quelques mètres sur une dizaine de nids avec oisillons et séances de nourrissage en direct par les parents !
approche dans la lavande et les plis géologiques
dans le dièdre de L2 puis fin de L2 sous bloc
L3, sa belle ambiance de cheminée spéléo et sa sortie aérienne sur bacs
Le 28 juillet 2023Voie « le bal des favouilles », 10 longueurs, équipé, 6a+max
A mon sens 5b/6a+/3a/6a/4a/5c/6a+/4a/3a/marche/rappel/5b
Découverte de cette voie récente du secteur « Draïoun » du Cap Canaille, proche de la non-moins récente « stratégie du crabe » et d’ailleurs dans des cotations et styles peu différents : itinéraire louvoyant souvent en traversées à la recherche des lignes de faiblesses de la paroi, variété de rochers (calcaire, grès poudingue…) comme toujours au Draïoun, courts passages dans le 5c/6a (notamment dans les belles L4, L6 et L7, le départ de L2 étant le crux de la voie à mon sens) et plus inhabituellement une certaine ampleur (10 longueurs et un rappel). A noter que tous les relais se situent sur des vires confortables, de quoi plaisamment assurer son second et admirer la géologie baroque des lieux.
L2
la vire canaillesque et photogénique de L3, un sacrilège que de grimper à Canaille le matin à l'ombre !
au départ puis à la fin de L4, relais dans une niche comme presque tous dans cette voie !
la traversée facile et peu aérienne de L5
la traversée moins facile et carrément aérienne de L6
Retour sur l’îlot de la Grande Mona, en face de la calanque des eaux salées, atteint en une vingtaine de minutes de pagayage depuis la plage de la Dugue. On y trouvera quelques bateaux, encore plus de paddles et kayaks... et même des pêcheurs aux hameçons vides - alors que la mer y regorge de vie. La chasse photographique s’avérera en effet beaucoup plus fructueuse, avec notamment une belle et grande (mais sans filaments urticants !) méduse bien nommée « chou-fleur », et une rascasse décolorée posée sur le fond, impavide devant le mitraillage des paparazzis !
coralligène, anémones encroûtantes et éponge dans les anfractuosités
méduse rhizostome (ou chou-fleur), belle et non urticante
Première journée d’un (présumé !) week-end canyon dans le Mercantour version rouge, au fond des encaissements de pélite sous le Dôme de Barrot, dans le vallon situé juste au sud du la clue du Raton descendue en 2019.
Le canyon de Cianavelle amont (l’aval peut également se descendre, mais est- incompatible d’un départ de Marseille le jour même) s’atteint au bout d’une longue marche d’approche depuis le hameau du Rubi, un sentier à flanc de vallon perché au-dessus du canyon qui rejoint la passerelle de Tiechero marquant l’extrémité aval du canyon… amont ! Déjà 2 heures de randonnée principalement au soleil, sur un sentier peu marqué à travers de nombreuses ronces, et des regrets de n’avoir pris qu’un litre et demi d’eau par personne ; heureusement que l’énorme mûrier de la bergerie de Tiechero permet une pause gourmande même si pas assez hydratante !
Encore une grosse demi-heure de marche et on atteint (enfin) le départ du canyon dans la lavande et les nuages de papillons qui nous accompagneront tout au long des 3 heures de descente dans un encaissement parfois marqué mais peu continu. C’est un canyon typé montagne par son équipement sur amarrages mono point voire naturels (arbre pour la dernière cascade), ses désescalades obligatoires parfois délicates, et sa riche vie animale, papillons sur les combinaisons et truites près des chaussons ! On y trouve de très beaux passages dans des vasques suspendues creusées dans la pélite rouge, des méandres esthétiques décorés du vert des mousses et fougères, par contre pas le moindre jeu aquatique (aucune vasque suffisamment profonde…) dans ce parcours sauvage s’il en est. La marche retour permettra d’apprécier encore plus la wilderness des lieux avec un sanglier et une biche croisé.e.s, avant un retour express et prématuré… à Marseille pour au final une bien longue journée !
au bout de 2 heures de marche d'approche... l'extrémité aval du canyon...
heureusement des pauses gourmandes (énorme mûrier à Tiechero) et odorantes (lavande), et déjà une riche faune (une biche et un sanglier croisé.e.s)
dans le canyon de pélite (très glissante), du rouge et du vert dans une ambiance montagne marquée : équipement souvent succinct sur amarrages mono point voire naturels (arbre pour la dernière cascade), désescalades obligatoires pas si aisées, riche vie animale (nuéés de papillons, truites...)....
Comme la veille, encore et toujours des conditions de plongée idéales : pas la moindre méduse et des eaux chaudes (déjà 26°C avant l’épisode caniculaire à venir, inquiétant comme en 2022 pour la santé des écosystèmes marins…) et calmes. L’occasion de retourner de nuit dans la grotte marine pour passer plus d’une heure dans l’eau en maillot de bain sans la moindre sensation de froid ! Ce sera encore une session riche en observations naturalistes par profondeur partout inférieure à 2 mètres et sur quelques mètres carrés de parois, plancton luminescent, crabes avec toute leur variété d’espèces nocturnes, crevettes, nudibranches, motelle, rascasses… parfois aux camouflages impayables et incroyables ! Décidément quel plaisir que la plongée apnée, où un masque et un tuba suffisent pour découvrir le monde enchanteur du silence (finalement pas si silencieux) en toute autonomie et observer une faune marine parfois insoupçonnable, de nouvelles espèces à (presque) chaque sortie !
rascasse
Bernard-l'hermites ou pagures
limace berthelline orange
grandes crevette roses
cherchez la bébête, araignées de mer ridées
cherchez la bébête (qui s'est recouverte d'une éponge), crabe dromie
cherchez la bébête (qui s'est recouverte d'anémones encroûtantes), crabe dromie
Encore des conditions idéales ce jour en mer, pas de méduse malgré le vent de sud récent et des eaux chaudes et peu agitées à 25°C. Retour vers le Rocher du Moulon pour le triptyque nautique habituel dans ces lieux : kayak de mer, plongée et apnée et psicobloc, de quoi travailler les bras en pagayage et escalade sur dévers de conglomérat, ou le souffle dans le magnifique tombant de coralligène et gorgones sous les dévers.
pause à la grotte de Méjean
la faune des tombants : étoile de mer glaciaire, spirographe rétracté, gorgone jaune, anémones encroûtantes et éponge...
anémone et crabe des anémones bien camouflé à gauche !
Itinéraire : la Foux d'Allos - cabane de l'Auriac par le sentier de découverte (désormais en fait fermé) - Baisse de l'Auriac - plateau du Ceï en aller-retour
Après les Eaux Tortes un an plus tôt, retour en randonnée bivouac sur les flancs de l’Estrop, cette fois en adret vers le Ceï au-dessus du refuge de l’Estrop. On y trouve un grand plateau de tourbières fiché dans les dalles de grès d’Annot qui descendent versant sud-ouest depuis le sommet de la Tête de l’Auriac, avec donc une zone marécageuse luxuriante et esthétique où les méandres des rus serpentent sur le plateau suspendu luxuriant au-milieu de versants semi-rocheux. Ces paysages évoquent les pozzines corses, même si, en cette mi-juillet avec les derniers névés qui achèvent de fondre versant sud de l’Estrop, cette zone humide est en train de s’assécher.
On peut y accéder rapidement et efficacement depuis la Foux d’Allos et la Baisse de l’Auriac (à préférer à la Baisse de l’Aiguille enlaidie par les remontées mécaniques) - ce qui évite la remontée longue et fastidieuse du haut vallon de la Bléone versant Prads - au milieu des… troupeaux et patous (attention sentier de découverte sous les Plaines désormais privatisé par un éleveur) puis de la flore toujours luxuriante en ce début d’été sur les prairies alpines au-dessus.
Le feu de camp puis les tentes seront les bienvenu.e.s pour nous protéger des moustiques qui pullulent sur la tourbière, avant que la nuit qui tombe sans lune n’invite à sortir de la tente pour admirer la voie lactée bien visible au sud malgré un peu de pollution lumineuse.
J1 : flore versant ouest de la Baisse de l'Auriac
J1 : le bivouac du plateau à pozzines du Ceï (en cours d'assèchement en cette mi-juillet)
J1 : traces dans les pozzines asséchées
J1 : crépuscule sur le Mourre Gros et le sommet du Caduc
Après la grimpe et traversée de névés de la veille sur les arêtes du Mercantour, retour dans la Grande Bleue ou plutôt la petite grotte marine de la côte bleue, aussi belle avec ses eaux bleu fluorescentes que ludique avec son deep water solo (première traversée à 180° réussie en juin jusqu’à rupture de prise au plafond) et riche en faune. Un lieu tout indiqué donc pour un pique-nique vespéral et de belles observations ce soir par moins de 1 mètre de profondeur, notamment une motelle ayant élu domicile à quelques mètres d’une… mostelle, et une petite poignée de méduses. A noter une eau sans doute proche des 25°C, 3 jours après une baignade à l’Erevine dans une mer à 18 ou 19°C, merci au vent de sud du week-end qui a ramené des eaux chaudes... avec leurs cnidaires.
motelle peu farouche près d'une... mostelle farouche !
Itinéraire : parking du col de Salèse – col de Salèse – lac Nègre (bivouac) – Pas du Préfouns - Caïre du Préfouns par son arête est et ses 8 aiguilles – brèche Margiole – la Margiole – lac Nègre - col de Salèse - parking du col de Salèse
Sommet : 2850 m au Caïre du Préfouns
Dénivelée :
J1 :700 m (1700-2050-2000-2350)
J2 : 550 m (2350-2850-2000-2050-1700)
Difficulté : officiellement D-, plutôt AD/AD+ dans le ressenti, assez longue arête où 8 aiguilles et brèches se succèdent avec des dénivelées entre chaque n’excédant pas trente mètres. Les passages d’escalade nombreux n’excèdent pas le IV+ - 5b en cotation moderne – et se déroulent sur du granite de bonne qualité et dans une ambiance généralement peu aérienne sauf pour le jumeau est et la cîme est du Préfouns. Equipement très succinct (quelques pitons dans les passages de IV), rappels évidemment équipés sur sangles avec maillon rapide
Retour dans le Mercantour pour une course d’arêtes au-dessus du col de Salèse et du lac Nègre, un coing du massif qui m’était encore inconnue tant en randonnée pédestre qu’à skis ou en alpinisme. Le bivouac au bord du Lac Nègre permet d’envisager sereinement cet itinéraire long où l’approche et le retour se font en plus de 3 heures de marche chacun.e. On trouve autour de ce lac de nombreuses prairies planes… et presqu’autant de tentes installées, randonneurs, pêcheurs et notre seule cordée d’alpinistes. Sources, lac aux eaux calmes et poissonneuses sous la surveillance des crêtes dentelées à parcourir le lendemain, prairies fleuries couvertes de rhododendrons en fleurs font des alentours du lac un lieu de bivouac idyllique malgré sa forte fréquentation un samedi soir d’été. La nuit à près de 2400 mètres se fera sous le duvet et pas dans le duvet, avec des températures nocturnes sans doute proches de 15°C, à quelques dizaines de mètres des derniers névés qui finissent de fondre…
On retrouvera le soleil le lendemain dès le Pas du Préfouns, ainsi qu’un comité d’accueil constitué d’étagnes et de cabris particulièrement peu farouches. L’arête du jour et ses 8 aiguilles réserve de la belle escalade, notamment sur les 2 jumeaux (quatrième et cinquième aiguille) et la cîme est du Préfouns (ou septième aiguille), sur un beau et bon granite sculpté et compact, dommage que l’arête ne soit généralement pas très aérienne avec de nombreuses échappatoires tant côté français au sud qu’italien au nord. Une belle ambiance malgré tout sur un fil souvent peu marqué (sauf avant la cîme est du Préfouns), et de l’escalade jamais difficile, bien protégée de pitons ou bien protégeable avec sangles et friends petits ou moyens (l’itinéraire peut d’ailleurs se faire sans frayeurs intégralement en chaussures d’approche voire de trail). Comme toujours, la course n’est pas finie une fois le sommet atteint, avec de la désescalade encore délicate dans la face sud-ouest puis un long éboulis chaotique avant le sentier retour un peu ingrat en bord de route sous le col de Salèse, au final encore une journée de 12 heures du début de la marche d’approche au retour voiture !
le 8 juillet : le Lac Nègre, ses parterres de rhododendrons en fleurs, ses myosotis et ses lumières vespérales
le 9 juillet : simili pozzine entre le Lac Nègre et le Pas du Préfouns
au Pas du Préfouns : une frontière franco-italienne bien gardée
la seconde aiguille
la quatrième aiguille ou jumeau est : le pas de IV+ et le rappel (optionnel)
la cinquième aiguille ou jumeau ouest
la sixième aiguille sur ce granite toujours bien découpé
vers la cîme est du Préfouns
couleurs sur l'arête : pensées des Alpes...
arrivée à la cîme est du Préfouns
les gendarmes du haut de la Cresta Savoia sur fond d'Argentera
vue des arêtes parcourues depuis la combe de la Margiole et le Lac Nègre
bouquetin parmi les rhododendrons au-dessus du Lac Nègre
Bientôt dans Speleo Magazine (numéro 122 de juin 2023) un article de Philippe A. sur la grotte aux méduses « découverte » en 2018, et dont l’exploration s’est (vite !) achevée en mai 2023, une des plus belles grottes marines concrétionnées de la côte méditerranéenne française.